Ce qui est à signaler surtout dans cette séquence de l’entretien, ce sont ces propos de Wade au journaliste suisse ; des propos qui valent leur pesant… électoral, par les temps qui courent : « Un Président qui doit partir ne doit pas le dire. Vous savez pourquoi ? Parce qu’il y a des gens frileux. Ils commencent à regarder (hésitation et éclat de rires : Ndlr) dans d’autres directions. C’est une affaire qui est arrivée à Abdou Diouf qui avait annoncé en toute sincérité qu’il allait partir après les élections, mais il a été laminé complètement. » Wade signifiera à son interlocuteur que, pour lui, « ce n’est pas le cas », car, dit-il, lui est « en très bonne santé ». Et d’ajouter : « C’est peut-être à moyen terme que je partirai ; pour l’instant, je me prépare aux élections et j’achève surtout les grands travaux que j’ai déjà commencés. »
Justement à propos des grands travaux, le Président Wade abordera la question liée aux difficultés de fourniture de l’électricité, soulevées par le journaliste suisse, après que ce dernier lui a fait remarquer que « la situation ne s’est pas du tout améliorée, au contraire, elle s’est péjorée ». Alors, entre autres réponses, le locataire du Palais Léopold Sédar Senghor lui répond ceci : « Celui qui voit son courant interrompu ne regarde pas comment c’est arrivé ; ça ne l’intéresse pas. Il n’a pas de courant et il veut en avoir. »
« Les Sénégalais sont devenus plus riches » « Puis, Wade s’engage dans des explications en faisant remarquer qu’après dix ans, « la population a augmenté », que « les gens sont devenus plus riches au Sénégal, puisque le niveau de vie est passé de 500 dollars à 1 350 dollars. » Le Président dit avoir « développé le secteur privé, inexistant à l’époque ». Wade soutient que « maintenant il y a beaucoup de gens qui sont riches par suite des innovations et avec des activités économiques » qu’il a développées dans l’agriculture, la transformation et le commerce. « Donc, les Sénégalais ont davantage de points lumineux. Ceux qui avaient un étage en ont deux ou trois », affirme-t-il. Selon Me Wade, « avec le temps, la consommation d’électricité augmente de façon très rapide », mais pas de manière « exponentielle ». Pour lui, « dans ces conditions-là, il faut avoir la capacité d’emmener des usines pour produire la capacité d’alimentation des nouveaux besoins ; ça n’a pas été fait, parce que ça coûte beaucoup d’argent ». Le président de la République soutient que « maintenant nous avons atteint la capacité nécessaire pour emmener l’électricité même dans le monde rural ». Seulement, fait-il remarquer à Arnaud Robert, le journaliste suisse, « c’est à ce moment » qu’ils se sont « aperçus que le réseau de distribution était obsolète ». « Voilà, dit-il, un réseau qui est là depuis 40 ou 50 ans. Regardez dans les rues, les fils suspendus à des rues ou à des maisons ! » Tentant de se justifier par rapport à la remarque du journaliste, selon laquelle, « la situation ne s’est pas améliorée ; elle s’est péjorée », le Président Wade lui dira : « La nouvelle capacité d’électricité ne peut pas être transportée par le réseau » qui est en train d’être changé, notamment avec l’accord signé avec la France, notamment Edf qui a envoyé des ingénieurs ; ces derniers ont fait le diagnostic. Il annonce, dans la foulée, « la construction d’un réseau de manière différentielle » ; « un nouveau réseau qui, dit-il, ne peut pas être achevé avant 5 ans ». (Sic !)
Y’en a marre, c’est de la blague Quand le journaliste aborde avec lui la question relative à la jeunesse qui l’avait soutenu, mais qui est aujourd’hui lassée par sa Présidence, Me Wade s’emporte quelque peu et lui lance ceci : « Vous êtes en train d’inventer ! Vous voulez que je vous fasse rencontrer les jeunes ? Je vous donne une expérience : que moi je sorte avec vous. On va dans les quartiers populaires et vous verrez comment les jeunes se comportent vis-à-vis de moi. Cela n’est pas vrai ce que vous dîtes et les élections le prouveront. » C’est encore totalement l’enragement quand le journaliste demande à Wade s’il a « l’impression que des mouvements du genre Y’en a marre, c’est très anecdotique ». Alors là, le Président sénégalais lui sert ceci : « C’est de la blague ! Vous savez, les rappeurs, qu’est-ce que ça signifie dans un pays ? Mais, les Français disent : ‘’une hirondelle ne fait pas le printemps’.’ Parce que vous avez deux ou trois gens qui ont trouvé une formule à réciter dans les radios ou à ameuter une partie de la population, ce n’est pas ça qui fait un pays ! Dans vos pays, il y a bien des gens comme ça, des chanteurs, des rappeurs qui racontent du n’importe quoi. Est-ce qu’on va juger une politique d’après ces gens-là ? Allez demander à l’intérieur du Sénégal, aux paysans, aux ruraux ? C’est ça un pays ! Ils (les Y’en a marristes), ce sont des artistes qui racontent ce qu’ils veulent. » Mais, lorsque le journaliste suisse lui fait remarquer que ce sont ces rappeurs qui l’avaient soutenu en 2000, le Président Wade répond que « c’est possible ; dans un mouvement politique, il y a du tout ». Et d’interroger celui qui est chargé de l’interroger, ainsi : « Vous croyez qu’il n’y a pas de rappeurs qui me soutiennent ? Vous les avez rencontrés ? Je vais demander qu’on vous les fasse rencontrer. Il y a des rappeurs qui me soutiennent encore aujourd’hui. »
D’autres questions seront abordées comme le chômage des jeunes. Là, Wade parlera encore des bourses que le gouvernement offre à tous les étudiants, le taux de 40% du budget destiné à former les jeunes, des cadres sénégalais à l’extérieur qui reviennent au pays, des 180 000 bacheliers par an qui arrivent sur le marché de l’emploi. Avant d’avouer au passage être dans l’incapacité d’offrir à tous un emploi. Puis, la fin de l’entretien sera consacrée au « Printemps arabe », à la situation en Libye, entre autres.
( Le quotidien )
