Présentez-vous à nos lecteurs ?
Je suis le secrétaire national chargé de la communication et porte-parole adjoint du parti socialiste. Premier adjoint à Me Aïssata Tall Sall. Je suis également secrétaire général de la coordination Ps de Kaffrine/Malem et 2e adjoint au secrétariat général de l’union régionale Ps de Kaolack.
Depuis quand faites-vous de la politique ?
Je peux dire que c’est une affaire de famille. Je tiens mon engagement politique de ma famille. C’est une sorte d’héritage. Ma famille a toujours été impliquée en politique. Déjà, à l’école primaire, en cours de lecture, je m’amusais à imiter Senghor. Et mes maîtres m’encourageaient. Et comme Kaffrine était une ville passionnément politique, j’ai très tôt flirté avec les réunions de comités. J’accompagnais ma mère ou mon père dans ces rencontres.
En dehors de la politique, exercez-vous une profession ? Je suis diplômé de l’Institut supérieur d’hôtellerie et de tourisme de Sidi Dhrif. Un institut qui est situé à Sidi Bou Saïd, dans la banlieue Nord de Tunis vers Carthage. Présentement, je n’exerce pas à temps plein dans ce domaine. Pour la bonne et simple raison que la politique m’accapare et occupe tout mon temps (social humain). Mais il arrive de temps à autre, que des professionnels du tourisme me contactent pour une étude ou une consultance. Ce qui me fait gagner un peu d’argent. Ici au Sénégal ou ailleurs.
Mais concrètement, comment vous en sortez-vous financièrement ?
Je suis un employé municipal. Cela ne me permet pas de donner le meilleur de moi-même dans mon domaine. En même temps, je vis de soutiens d’amis et de membres de ma famille. J’ai des amis au Sénégal, et en dehors, qui voulant encourager les valeurs que je véhicule dans mon combat politique, dans ma fidélité à mes options idéologiques, me viennent en aide. C’est un signe de solidarité que des amis du Sénégal, et de l’extérieur, me manifestent pour me permettre d’assumer pleinement ma dignité d’homme et de chef de famille.
A vous entendre, vous donnez l’impression de quelqu’un qui vit aux crochets des autres, comme un parasite quoi
Non, du tout ! J’ai un métier. J’ai des aptitudes, des connaissances et des compétences que mon militantisme ne me permet pas d’assumer à temps plein. Mais, il arrive des moments où je peux gagner quelque chose qui me permet de faire face à mes besoins pendant plus d’un an. Car, il y a des gens qui vivent de la consultance. Mais, je ne peux pas avoir une entreprise qui prospère au Sénégal, vu la situation actuelle des choses et compte tenu de la nature du système. Ici, ce n’est pas le mérite qui dicte les promotions. Il n’y a que des passe-droits ou des pratiques de ce genre. Je n’ai pas l’âme d’un homme d’affaires. Encore moins celle d’un entrepreneur. Je suis profondément au service de ma société, de mon pays et de ma collectivité. Donc, je ne peux pas être un administrateur.
Ne vous arrive-t-il pas, parfois, de vous dire : pour une fois, je vais être égoïste et penser un peu plus à moi ?
Penser à moi-même signifie penser aux autres. L’altruisme n’est pas un phénomène de mode pour moi. Je m’épanouis dans ce que je fais. Je suis en extase quand je rends service.
Abdoulaye Wilane est dépeint comme un homme très correct. On dit même que vous imitez, côté habillement, Ousmane Tanor Dieng…
Si, comme le dit l’adage, « qui se ressemble s’assemble », peut-être, oui. Mais, je dois avouer que je tiens cela de mes parents.J’avais une mère Hal Puular qui aimait le raffinement. Mon père aussi savait s’y prendre dans la bonne mise. De plus, j’ai fait l’école des missionnaires et là on vous apprend à être correct. Je me rasais toutes les 2 semaines et j’étais obligé de ne pas porter des habits sales. Pourtant, dans mon enfance, j’ai été talibé pendant 6 ans. Et là, il m’arrivait de porter un habit pendant un an et je me lavais une fois par an. Ce passage au Daara m’a fait du bien car j’ai appris à être tolérant, endurant et humble. Bref, à être un homme. Raison pour laquelle, aujourd’hui, je me considère comme un rescapé, un homme chanceux. J’ai tendu la main pour manger et vivre. Cela ne m’a pas empêché d’avoir le goût de l’initiative et de l’entreprise.
Etes-vous marié ?
Oui, je suis marié, polygame dans l’âme et dans ma vie. J’ai deux femmes, l’une vit à Dakar et l’autre à Kaffrine.
Combien d’enfants ?
Trois. Deux vivent à Dakar et l’autre est à Kaffrine
Mais on ne vous entend pas souvent parler de vos femmes ?
Si, si, j’en parle souvent à la radio ou à la télévision. La toute dernière fois, ce fut pendant l’émission « Balcon » d’Aziz Samb, j’ai suffisamment parlé de mes épouses. Tant et si bien que j’ai reçu un appel anonyme d’une jeune fille me traitant de « sale c…Vous ne trouvez rien de plus intéressant à dire que de parler de votre épouse ».
Qu’avez-vous répondu à cette jeune fille ?
Je l’ai écoutée et je lui ai dit que j’admirais son courage. Je lui ai demandé si c’est être con que de parler de son épouse. Elle m’a répondu : « Moi-même qui vous parle, je vous aime et je voulais être à la place de votre épouse ! ». Je lui ai répondu qu’elle pouvait se considérer comme telle, mais qu’elle ne pouvait pas avoir les mêmes droits.
Quel est l’idéal féminin pour Abdoulaye Wilane ?
La beauté physique importe peu. J’aime les femmes généreuses, discrètes, provocatrices pour ajouter du piquant et mettre en condition. Je veux une femme qui soit capable d’être mille femmes en une. Qu’elle soit capable de faire comprendre que les âmes les plus sensibles à la beauté des fleurs sont les plus vulnérables aux piqûres des épines. Je veux qu’elle soit disponible quand j’ai besoin d’elle. Mais je ne veux pas d’une femme qui me dit qu’elle veut participer aux dépenses de la maison. En effet, je suis profondément traditionaliste et je crois en la tradition qui stipule que l’homme doit assurer toutes les dépenses chez lui. La femme doit garder ce qu’elle gagne pour elle et ses enfants. J’aime les femmes qui ont un goût prononcé pour les bonnes odeurs et qui prennent soin de leur ligne. La femme doit être comme un amas de laine, car l’homme fatigué est un lion qui, après l’effort, doit se reposer.
Donc vous n’êtes pas pour la parité dans le ménage ?
Je suis pour la parité en termes d’autorité parentale, mais pas dans le cadre du couple. Car je suis profondément négro-africain. Ma femme doit faire mon linge, préparer et me servir mon repas.
Abdoulaye Wilane aime-t-il les « cùuraay » (encens) et les « ferr » (ceintures de perles) ?
Bien sûr ! Je les aime à tel point que je suis allé dans le Saloum des profondeurs pour demander la signification de ces ceintures de perles. Les femmes les mettaient à l’époque pour stimuler le mari au lit. C’était une sorte d’aphrodisiaque.
En achetez-vous pour vos femmes ?
Non, je leur laisse le soin de s’en procurer et cela me donne plein d’idées quand je les vois. Car la vie de couple c’est aussi l’ambiance. Je n’irai pas jusqu’à dire que je suis vicieux mais j’aime tout ce qui est stimulant, tout ce qui apporte du piquant et ajoute de la couleur à la vie de couple.
Abdoulaye Wilane est un bon vivant ?
Oui, j’adore la vie. Car à part les élus de Dieu, tous les morts pourrissent. Donc, pourquoi ne pas profiter des délices de la vie ici-bas avant que les supplices de la vie ne vous rongent l’âme.
On sait que pour rencontrer Abdoulaye Wilane, en dehors de la maison du parti socialiste, il faut se rendre au « Régal ». Qu’est-ce qui vous lie à ce restaurant ?
« Le Régal » c’est un régal à tout point de vue. Il est unique au Sénégal et on s’y régale bien. Sur le plan gastro-culinaire, on y mange bien, correct et propre. La générosité et l’attention dont fait montre le gérant, Jamal, fait qu’on s’identifie à lui. On en fait un frère, un ami.
C’est carrément une promotion que vous faites là ?
Je voudrais être sincère. Jamal est mon ami et mon frère. C’est l’un des rares Sénégalais, d’ethnie libanaise, à être si bien intégré dans la société sénégalaise. Tout ce qui le touche interpelle ses amis. « Le Régal » est un point de rencontre pour toutes les tendances politiques et sociales.
Est-ce que « Le Régal » ne vous rappelle pas un peu l’agression dont a été victime votre ami Talla Sylla ?
Bien sûr. C’est pour cette raison que je disais qu’il faut que Jamal achète l’emplacement du « Régal » pour que ce restaurant puisse être une place de souvenir pour ma génération et ceux qui le fréquentent.
Il se susurre qu’Abdoulaye Wilane a un franc succès auprès de la gent féminine. Vu que vous n’êtes pas un modèle de beauté et loin d’être un nabab, qu’est-ce qui explique cela ?
Je ne suis pas très beau et ma mère me disait d’ailleurs, en riant, « Wilane, vilain ! ».
Financièrement, je ne suis pas un homme balèze. Quant à mon succès auprès des femmes, il faut leur demander ce qu’elles me trouvent de spécial. Il s’y ajoute que la femme est délicatesse, valeur et vertu avant tout. La femme, c’est le sens du toucher et de la disponibilité. C’est sous ce rapport que les jeunes filles, les femmes avec qui je partage certaines convictions, certains cercles et certains rendez-vous m’aiment et m’apprécient. Et je leur accorde un respect qui n’est pas factuel et qui n’est pas dicté par les circonstances. Mais, j’ai un très grand faible pour la femme. Je ne supporte pas la violence, l’arrogance et l’impolitesse avec la femme.
Vous arrive-t-il d’être courtisé par une femme ?
Oui, mais je pense qu’il faut avoir du respect pour la personne qui a ses sentiments, ses envies et qui a eu le courage de les exprimer et de les assumer. Car, ce n’est pas être faible que de dire à une personne « je t’aime ». La preuve, mon premier amour dans la vie a fait le premier pas et ce fut une relation idyllique mais pour des problèmes de castes, mes parents se sont opposés à notre union. Il arrive aussi, actuellement, qu’une fille me fasse part de ses sentiments. Et tenez-vous bien, des hommes comme des femmes, me le disent. Ils me disent que parce qu’ils m’aiment, ils viennent adhérer au Parti socialiste. Parce qu’ils pensent que la meilleure manière de me témoigner leur amour et leur affection est d’acheter la carte du parti.
Et cela ne cache pas à un certain penchant chez ces hommes ?
Non, du tout ! Mais je tiens à préciser que bien que je sache que ma religion réprouve certaines attitudes dites « déviationnistes ou marginales », je respecte les choix des gens et je pense qu’ils sont libres de vivre selon leurs choix, tant que cela n’empiète pas sur mes droits fondamentaux. Mais, même quand cela m’arrive de recevoir des déclarations de femmes, je les accepte avec humilité et je leur fais comprendre, sans les blesser, que ce n’est pas possible. Même si elles sont, parfois, déçues que je parle de ma femme et de mes enfants.
C’est quoi vos passe-temps après la politique ?
J’aime la lecture. Je fréquente beaucoup les cercles philosophiques comme les café-journal, les restaurants, les espaces où l’on met l’accent sur les idées, les valeurs et l’amélioration de l’espèce humaine.J’aime aussi beaucoup la musique, surtout le Saint Coran récité, les « Xassaïdes », le « Ngoyaane » et le « xalam ».
Source : L’observateur
