Les Africains, populations comme dirigeants, ont exulté à l’aube du 5 novembre, quand les résultats de l’élection présidentielle américaine ont donné Barack Obama vainqueur. Si certains étaient contents de voir un descendant d’Africain arriver sur le siège du plus puissant chef d’Etat au monde, d’autres Africains pensent plus prosaïquement que le nouveau locataire de la Maison Blanche va permettre de raser gratis dans tous les pays d’Afrique. Or, face aux défis qui l’attendent sur le plan interne, le 44e Président des Etats-Unis aura beaucoup de peine à combler les attentes des pays africains.
Toutefois, il ne sera pas étonnant qu’à l’instar de ses deux derniers prédécesseurs, M. Obama fasse un geste pour l’Afrique. Le tout sera de voir s’il sera à la hauteur de ce que Bill Clinton et George Bush ont offert aux Africains.
C’est en mai 2000, quelque temps avant son départ de la Maison Blanche, que le Président Clinton a promulgué la Loi dite de la Croissance et de l’opportunité africaine, ou en anglais, African Growth and Opportunity Act (Agoa). Elle est destinée à aider les producteurs de pays africains à profiter des opportunités offertes par le marché africain pour accroître leurs exportations au pays de l’Oncle Sam.
Critiqué par plusieurs pays et par de nombreuses organisations de développement sur les subventions accordées à ses producteurs, notamment les cotonculteurs, le gouvernement Clinton a adopté ce texte de loi destiné, comme il le disait lui-même, à « favoriser le Commerce, plutôt que l’Aide », (Trade not Aid). Avec cette loi, certains produits africains peuvent entrer sur le territoire américain sans droits ni quotas. Il leur suffit seulement de remplir certaines conditions dans leur processus de production. Le Président George Bush a fait mieux, si Imagel’on peut dire.
La marque des predecesseurs
Le Millennium challenge corporation (Mcc), qu’il a créé en janvier 2004, est destiné, selon ce que dit le site du programme, à « réduire la pauvreté globale à travers la promotion d’une croissance économique durable ». Pour devenir éligible, un pays doit se conformer à certains indicateurs, qui portent sur le niveau de libertés, la bonne gouvernance politique et économique, le niveau de corruption, les dépenses destinées aux secteurs de la Santé et de l’Education, ainsi que d’autres encore. Tout pays qui surmonte tous les obstacles, et qui met en place un programme de développement qui influe fortement sur le niveau de croissance économique du pays, peut recevoir jusqu’à, ou un peu plus de 800 milliards de francs Cfa pour réaliser ses objectifs.
La somme doit être dépensée dans les cinq ans, et produire des résultats très rapidement. Le Sénégal avait été éligible de 2004 à 2007 pour le projet de Plate-forme de Diamniadio, pour lequel il devait recevoir environ 800 milliards de francs Cfa. Il tente de se rattraper aujourd’hui avec un projet d’infrastructures routières, qui devrait coûter un peu plus cher. Plusieurs autres pays africains et en développement, moins dispersés, ont pu bénéficier de cette manne américaine, qui est quasiment sans équivalent dans la structure des aides destinées aux pauvres du monde.
Le Millennium challenge account (Mca) donné par le Mcc, est la seule aide qui est donnée en bloc, et que le récipiendaire est tenu de dépenser aussi rapidement que possible, afin que les populations en voient les retombées. D’habitude, ce sont les décaissements qui posent problèmes dans la distribution de l’aide. Ici, il suffit de remplir les conditionnalités pour être sûr de recevoir le pactole, dont, bien sûr, les Américains vont veiller à ce qu’il aille à quoi il est vraiment destiné. Le succès du Mca peut se mesurer par le nombre de pays qui aspirent tous les jours à en être éligibles.
De même, il est devenu courant, pour des pays comme le Sénégal, qui ont des difficultés à ordonner leurs circuits de contrôle de qualité et de distribution commerciale, de se plaindre de n’avoir toujours pas pu bénéficier de l’Agoa, au moment où cette loi vient d’être prolongée jusqu’en 2015. Peu, en vérité, sont les pays africains qui ont pu mettre en place des mesures qui leur permettent de bénéficier, le plus largement possible, des effets de cette disposition législative américaine, bien que tous en reconnaissent l’intérêt. Aujourd’hui, les Africains attendent de leur partenaire américain les moyens de mettre en valeur les immenses richesses de leur sol et de leur sous-sol, pour l’intérêt des peuples du continent, les plus pauvres du monde. C’est là que Barack Obama pourrait leur être utile.
Un autre nouveau Deal ?
Le nouveau dirigeant africain, qui va prendre fonction le 20 janvier prochain, aura, dès son accession au pouvoir, à faire face à la plus difficile situation à laquelle n’ait jamais été confronté un dirigeant américain depuis Franklin Delano Roosevelt, dans le début des années 30. Le pays vient d’entrer en récession, le système financier est en plein chamboulement, au moment où les plus grandes banques et maisons d’assurance ont été nationalisées, le niveau de chômage est le plus élevé depuis plus de 27 ans, à la fin de la période de Jimmy Carter. En même temps, le pays doit mener de front deux guerres à l’extérieur, en Iraq et en Afghanistan, ce qui coûte de plus en plus cher au Trésor américain.
C’est dire que la situation intérieure est déjà assez préoccupante pour que Barack Obama ait le temps de s’intéresser à d’autres coins de la planète, fussent-ils le lieu de naissance de son père. Pour autant, ayant à cœur de préserver la prééminence de son pays sur le plan mondial, le nouveau Président américain trouvera bien quelque chose qui fera plaisir à ceux des Africains qui placent d’énormes espoirs en lui.
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le Président Harry Truman, qui avait hérité de Roosevelt une Présidence forte et fière, avait été en mesure de lancer le Plan Marshall, qui a permis de redresser les pays d’Europe occidentale et d’en faire ce qu’ils sont devenus aujourd’hui. L’Amérique de Obama est sans doute moins puissante que celle de Truman, elle est bien plus riche, malgré tous ses problèmes. Et depuis longtemps, plusieurs voix s’élèvent en Afrique pour demander une sorte de Plan Marshall pour le Continent noir. Obama pourrait-il en être l’initiateur ?
Source : Lequotidien
