Wal Fadjri : Pourquoi se donner tant de peine pour conquérir les collectivités locales si l’on sait que le président de la République a le pouvoir de les dissoudre à tout moment ?
Ali Haïdar : C’est cela qui est illégal : Que le chef de l’Etat, qui a été élu au suffrage universel, puisse dissoudre des conseils municipaux ou destituer des maires qui ont été élus, eux aussi, par un suffrage. Cela relève de l’illégalité. Cependant, quand demain, au lendemain de ces élections locales, par un référendum dans les mairies et les communautés rurales, on donnera une réponse claire à Wade et l’opinion nationale et internationale ainsi que ses pairs africains, tout le monde saura qu’en 2007, il a été mal élu, qu’il a triché et qu’il n’est pas le président du Sénégal. Ensuite, nous allons vers des collectivités locales pour parler à des citoyens pour leur dire que, depuis 2000, nous n’avons rien vu, à part la corniche de l’Anoci qui s’étend sur 12 km et qui a été financée par des centaines de milliards.
Le pays va mal, les jeunes n’ont pas d’emploi, l’éducation et la santé ne marchent pas. Rien ne marche dans ce pays. Aujourd’hui, Abdoulaye Wade est décrié partout. Là où il va, il est accueilli par des cartons et des brassards rouges. Et c’est dommage pour un président de la République, pour un vieil homme d’être humilié par des jets de pierres. Nous voudrions que Wade comprenne que le peuple est fatigué de sa gestion. C’est pourquoi, demain, s’il dissout tous les conseils municipaux, cela reste son affaire, nous allons tous les gagner et nous irons aux présidentielles et aux législatives et nous le battrons.
Wal Fadjri : Que faut-il faire alors pour éviter une dissolution arbitraire ?
Ali Haïdar : C’est lui qui gère l’Assemblée nationale et le Sénat. Il donne des ordres à ses administrés, nous n’avons jamais vu les députés aller à l’encontre ou rejeter un projet de loi introduit par Abdoulaye Wade. Donc, à quoi servent ces institutions ? Elles ne sont pas là par le peuple ni pour le peuple. Cela aussi, nous le combattons, nous avons vu lors des dernières élections législatives que les Sénégalais ne sont pas partis voter parce que l’opposition, en particulier le Front Siggil Senegaal, avait boycotté ces élections ; à juste raison parce que Wade n’est pas un démocrate. La démocratie est une affaire de gens démocrates. Nous allons à ces élections locales pour montrer au peuple sénégalais et à ses pairs africains qu’avec ce président, il n’y a pas de démocratie.
Wal Fadjri : Pourquoi aller à ces élections avec les imperfections du fichier électoral ?
Ali Haïdar : Nous allons obliger le président à revoir le fichier électoral, qui lui-même n’est pas transparent. Vous avez vu ce qui s’est passé à Diourbel. Eux (les investis de la coalition Sopi 2009), ils sont présents partout, dans toutes les communautés rurales, les mairies et communes d’arrondissement. Pourquoi ? Parce qu’ils ont eu le temps et le loisir de faire leurs listes à l’aise. Même quand ils étaient forclos, les préfets ont accepté leur liste ; cela n’est ni transparent ni normal.
Wade qui décriait, dénonçait et reprochait, à l’époque, à l’ancien président Abdou Diouf d’utiliser les moyens de l’Etat pour battre campagne, c’est lui-même qui utilise les moyens de l’Etat pour battre campagne et on le voit même dans les communautés rurales. Cela est anti-démocratique et hors la loi. Et nous ici, nous y allons pour battre campagne. Après, il n’a qu’à dissoudre toutes les mairies et corrompre tout le monde, c’est son affaire, mais nous allons lui montrer qu’il n’est plus aimé dans le pays.
Maintenant, il essaie de distraire les gens avec ses projets et son plan ‘Jaxlé’. Les Sénégalais sont fatigués, ils ont faim et Bennoo Siggil Senegaal, la coalition dans laquelle on retrouve tous les enfants du Sénégal qui ont envie d’œuvrer pour le pays, veut apporter les réponses au peuple sénégalais.
Wal Fadjri : Quand même, les conditions ne sont-elles pas réunies pour des élections transparentes ?
Ali Haïdar : Il y aura beaucoup de fraudes lors de ces élections. Abdoulaye Wade sait bien que si ces élections sont transparentes, il ne dépassera pas 10 % ; c’est pourquoi, il va voler. Cependant, cela ne nous empêchera pas de gagner. C’est pourquoi, nous appelons les électeurs et les forces vives de la nation, après qu’ils auront voté, à sécuriser leur vote : que personne ne vole jusqu’au comptage des voix. Il ne pourra pas voler tout et partout. Car, on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps. Et, aujourd’hui, Wade a cessé de tromper et de faire rêver les gens.
Source : Walf
