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Alioune Tine, president de la Raddho :« Il y a des journalistes qui disent des choses beaucoup plus graves et qui ne sont pas inquiétés… »

vendredi 25 septembre 2009

Dans un entretien accordé à nos confrères de Radio Futurs médias (Rfm) que nous reproduisons ici in extenso, M. Alioune Tine, président de la Rencontre africaine pour la défense des Droits de l’Homme (Raddho), pense « qu’il y a deux poids deux mesures », parlant de l’interpellation de nos confrères correspondants du quotidien l’As et de la Rfm à Kaolack. Une déclaration qui ne saurait nous laisser indifférents en tant que professionnels de l’information et de la communication.


M. Alioune Tine, vous êtes le Président de la Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l’Homme (Raddho). Un prédicateur shiite a été convoqué à la Division des Investigations Criminelles (Dic), c’est la liberté de culte qui est menacée ?

Absolument. Il y a non seulement une menace sur la liberté de culte, parce qu’en réalité si on s’en tient à l’orthodoxie et à tous ceux qui doivent être arrêtés par rapport aux violations des normes de l’orthodoxie islamique, il est évident qu’il y aurait beaucoup de problèmes dans l’Islam, noir. Il y a d’ailleurs les Hamalites qui se tournaient vers Nioro et non vers la Kaaba pour prier. Donc on a un Islam tout à fait spécial et la spécialité de l’Islam au Sénégal, c’est la tolérance. C’est un Islam de paix, qui accepte toutes les autres religions. Donc essayons de préserver cette paix. Nous sommes au courant de ces prêches qui circulent et qui sont extrêmement violents et qui prêchent la haine contre les Shiites.

C’est quand même inquiétant que la police convoque des gens pour leurs convictions religieuses !

C’est extrêmement grave. Parce que ces conflits qui existaient au moment même uù le Prophète vivait et juste après sa disparition, les grandes divergences qui ont opposé même les grands saaba du Prophète, on connaît toute la tragédie. Donc, aujourd’hui, on ne peut pas continuer à vivre de çà. Je pense qu’il faut laisser les gens avec leurs croyances. Les shiites qui vivent ici, mais il faut qu’ils prêchent ce qu’ils vivent. Par rapport à la liberté de culte, je pense que si la Dic prétend être un arbitre par rapport à ces grands conflits, c’est extrêmement grave. On ne peut pas avoir une police qui dit quelle est la bonne norme dans la religion musulmane, entre les Shiites, les Sunnites, les Kharéjites…C’est un grand écart, une grande violation des droits de l’homme et surtout de la liberté de culte. Nous pensons qu’il faut laisser monsieur Badiane tranquille.

Il faut amorcer le débat avec beaucoup de sérénité et surtout avec beaucoup de tolérance. Parce que nous avons un Islam tolérant et il faut le préserver. Cet appel s’adresse également à l’ensemble des Musulmans de ce pays pour leur dire que nous avons un Islam tolérant. Nous avons vécu ensemble dans la tolérance et il faut qu’on continue de vivre dans la tolérance. Il n’y a pas que la police. Il n’y a pas que la Dic. Il y a aussi des prêches qui sont haineux. Comme c’est le cas en Irak. C’est extrêmement grave.

L’autre problème c’est qu’au Sénégal on continue encore à mettre des journalistes en prison. Des journalistes, confrères de la Rfm et de l’As sont depuis vendredi sous mandat de dépôt sur plainte d’un gouverneur.

C’est inadmissible. Nous avons suivi d’assez près cette situation des journalistes. Il est évident qu’ils ont traité l’information avec beaucoup de professionnalisme, avec beaucoup d’équilibre, en entendant toutes les parties en conflit. Je ne vois pas ce qu’on peut faire de plus en matière de déontologie en la matière. Je crois qu’on doit profiter de ces informations qui gênent, qui gênent surtout l’establishment, pour faire des enquêtes et faire beaucoup plus en avant, dans le domaine de la transparence. Mais il y a des journalistes qui disent des choses beaucoup plus graves et qui ne sont pas inquiétés ! Donc il n’y a pas deux poids, deux mesures.

Nous estimons que quelqu’un comme Abdou Latif Coulibaly, par rapport à ces dénonciations, à ce qu’il soulève, qu’on ait le débat. Mais par rapport à d’autres journalistes considérés comme plus petits, puisqu’effectivement ils n’ont pas d’autorité, s’ils disent le quart ou le dixième, qu’ils soient inquiétés ? Ce n’est pas possible. En Afrique de l’ouest, la tendance est de supprimer les délits de presse et de régler les problèmes avec le débat public, avec le droit de réponse. Il faut qu’on fasse çà et qu’on laisse un grand organe de régulation.

On a commencé a en avoir qui commence à travailler, qui commence à dénoncer, qui commence à rectifier, parce qu’on n’a pas à criminaliser les délits de presse. Il faut arrêter çà au Sénégal. On est trop en retard par rapport aux questions de la presse. C’est récurrent et il faut y mettre un terme. Le président de la République, par rapport à cette question, doit intervenir pour y mettre un terme. Ce n’est pas possible que le Président de la République puisse être plus tolérant que ces gouverneurs, qui ne respectent même pas la norme. Il faut qu’on arrête de criminaliser le délit de presse, et en finir au Sénégal.

Ce n’est pas normal. Nous dénonçons cette attitude qui consiste à intimider la presse surtout quand elle pose des questions qui gênent. Mais elle a des questions réelles surtout des questions de détournement de fonds. Ce n’est pas normal. Je pense que ceux qu’on doit interroger et qui doivent donner des réponses, ce ne sont pas les journalistes.

Propos recueillis par Alassane Samba DIOP (RFM)

Source : Sud Quotidien

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