Mais d’aucuns qui disent que c’est parce qu’il n’y a pas une véritable opposition au Sénégal ; et c’est pour cela qu’on est arrivé à ce stade.
Sans doute, je ne peux pas juger les autres partis, je n’ai pas ce droit. Ils ont créé leur parti qu’ils gèrent, mais en ce qui concerne notre parti, nous avons la conviction qu’il aurait fallu agir autrement. On nous a qualifiés, il y a de cela cinq ans, de putschistes. Mais oui, nous disons aux gens de résister, de ne pas accepter l’inacceptable. La République, c’est l’affaire des républicains, la démocratie c’est l’affaire des démocrates.
La République ça se défend. C’est une conquête quotidienne, permanente. N’importe quel chef d’État, et ça je le dis avec ma conviction communiste profonde que l’aspiration à prendre le pouvoir sans discernement avec acharnement et c’est le cas de Abdoulaye wade. Ce n’est pas saint. L’État, il a toujours une fonction répressive…
Avec le président Wade, est-ce qu’on peut dire qu’il a cherché le pouvoir avec acharnement parce que lui à un moment donné, vous-même vous le dites, il n’avait plus espoir et il s’est résigné en allant en France et c’est vous qui êtes allés le chercher ?
Je crois que lui-même, s’il m’entend, il comprendra ce que je dis. Il a fallu l’acharnement pour avoir le pouvoir et il l’a eu, je n’en dis pas plus.
institutions sont piétinées comme a eu à le dire Serigne Moustapha Cissé qui n’a pas raté les hommes politiques, il faut le dire, qu’elle est la solution selon-vous ?
J’en suis certain, si on avait mis dans le plateau de la balance, on n’en serait pas. On aurait pu l’éviter.
L’opposition n’est-elle pas responsable dans tout cela ?
Bien sûr qu’il y a une part de responsabilité de l’opposition. Ici, vous savez dans cette ville de Thiès, la grève qui a ébranlé, celle qui a porté le coup le plus terrible au système de l’institutionnel, ce sont des Sénégalaises et des Sénégalais qui l’ont conduite sous le régime colonial. Quand le système de flagornerie s’empare de tous les esprits, l’appétit insatiable de l’argent prend le dessus sur les hommes et les femmes, naturellement il n’y a pas de résistance, la seule chose qui compte c’est l’argent, l’argent , l’argent.
Alors M. Dansokho le fils du président, M. Karim Wade vous a rendu visite chez vous. Est-ce qu’on peut s’attendre à un rapprochement entre vous et le président de la république ?
Non. Vous savez, ce n’est pas la première fois que Karim vient chez moi. Il y venait pendant que nous nous battions, toutes les semaines, à chaque fois qu’il était à Dakar. Il venait s’asseoir sur la même place qu’il s’est assis l’autre jour pour remercier son tonton pour tout ce qu’il fait pour son Papa.
Quand ils allaient à Paris, il quittait Londres pour venir me voir. Quand je suis gravement tombé malade en 2005, il a pris l’avion de Dakar à Paris pour venir s’enquérir de mon état de santé. Et puis une chose doit être claire, ce n’est pas nous qui avons inventé la politique. Ce ne sont pas les Sénégalais, quel que soit notre mérite et malgré l’intelligence qu’on nous crédite. Chez moi, la porte est ouverte pour tout le monde, j’ai baptisé mon salon, salon de la liberté, tout le monde vient là-bas. Moi, j’ai confiance à mes opinions. Je ne suis pas un révolutionnaire improvisé, je l’ai toujours dit. On y croyait pas, je crois que maintenant l’épreuve de fait a tranché cette question-là.
Mais est-ce qu’on peut s’attendre à un dialogue ?
Le dialogue avec qui ?
Me Wade bien sûr. Nous lui avons adressé une lettre, c’était pour dialoguer, c’est lui qui nous a insultés à travers Me Ousmane Ngom qui dit qu’il ne dialoguerait pas avec nous parce que nous ne le reconnaissons pas alors que nous, nous ne sommes pas chargés d’une mission de reconnaître un chef d’État. Il y a un Conseil constitutionnel, c’est lui qui est habilité. Pourquoi il a besoin que nous, nous le disons ? Quand en 1978 Ablaye Wade a été pour la première fois aux élections, notre parti était le seul qui l’a soutenu sans qu’il y ait d’accord formel. Le jour de la proclamation des résultats, il était face à Senghor, il a appelé tous ses militants, tous ses électeurs à se retrouver au triangle sud pour marcher sur le ministère de l’Intérieur. Senghor a fait faire un communiqué et disant que si jamais quelqu’un descendait dans la rue, il va voir ce qu’il va voir.
Immédiatement, le comité directeur a été réuni et la marche a été décommandée. En 1983, le PIT était son seul allié, tous les autres étaient contre lui, tous ceux qui étaient sur le champ politique, il a appelé à un rassemblement encore au triangle sud pour préparer la riposte contre la fraude électorale comme il disait, et il a dit qu’il était prêt pour le sacrifice suprême pour le peuple sénégalais, mais il sera derrière le peuple. Quand on dit « magui sa gannaw », le PIT a refusé de participer encore une fois à ce rassemblement. Nous partagions son indignation sur les résultats, mais nous avons dit qu’il ne fallait pas y aller puisque c’était fait dans la confusion.
En 1998, nous étions ensemble, c’est nous deux, PIT et PDS, qui avions soulevé le peuple sénégalais. Il n’y avait pas de doute qu’on avait gagné les élections. Nous avons refusé, on nous a arrêtés à la même minute, chacun chez lui avec Boubacar Sall. C’est moi qui l’ai proclamé président à Niary-Tally devant deux mille personnes. Personne n’a appelé Abdoulaye Wade président de la république au Sénégal avant moi. Et pourtant, Abdou Diouf n’a jamais dit qu’il ne parlait pas avec nous, le lendemain des élections, il a convoqué une table-ronde pour justement voir le problème du Sénégal pour une solution consensuelle, j’ai cassé la table-ronde quand je me suis rendu compte qu’Abdoulaye wade ne discuait pas des problèmes qui intéressaient les travailleurs et les Sénégalais de manière générale, mais il s’intéressait à des questions de président de Sénat ou de vice-président, j’ai cassé la table-ronde.
Jai dit : je m’en vais. Je suis là pour régler le problème des Sénégalais et non pour des problèmes personnels. Alors c’est pour vous dire simplement que ce prétexte qu’il a avancé pour ne pas dialoguer, il n’est pas valable parce que lui, il n’a jamais reconnu Abdou Diouf. Et ce dernier a accepté de discuter avec lui. Il a tellement discuté avec lui, il a tellement fait de concessions sur le processus électoral qui lui ont permis de monter sur la terrasse et de casser les escaliers et pour dire que nous, on a qu’à rester à notre en bas, là-bas. Vous ne monterez jamais ici. C’est ce qui nous a conduits à l’élection fallacieuse d’avril 2007. Et nous avons montré qu’elle était fallacieuse.
Vous avez boycotté les législatives de 2007, vous comptez participer aux locales de 2009, qu’est-ce qui a changé entre temps ?
Nous allons y aller parce que nous avons tiré les leçons de ce qui s’est passé. Nous allons y aller parce que c’est le peuple qui a dit que vous avez boycotté les législatives et cela a réussi, maintenant, les locales vous allez y aller parce que c’est notre affaire, c’est nous qui sommes concernés. Et naturellement, nous irons aux locales. Mais nous prévenons que si les élections locales ont lieu et qu’on veuille recommencer ce qui a lieu la dernière fois, eh bien Abdoulaye wade assumera les responsabilités les plus écrasantes pour ce qui pourra advenir de préjudiciable à la paix civile, nous préparons nos militants à cela. Je suis aujourd’hui à Thiès c’est pour leur dire ce qu’il faut faire.
Et qu’est-ce qu’il faut faire ?
Je suis venu dire aux cadres de Thiès ce que le comité central a dégagé, que nous n’acceptons pas du tout que le pays soit installé dans des difficultés énormes du fait de la gestion d’une oligarchie créée artificiellement et de manière coûteuse, extrêmement coûteuse. Ça, on ne peut pas l’accepter et nous l’avons dit aux responsables. On rentre au PIT, c’est pour lutter et non pour applaudir. Des applaudissements pour Amath Dansokho, je n’ai que foutre de ça.
Revenons sur M. Karim Wade parce qu’apparemment, vous semblez apprécier le fils du président par rapport à tout ce qu’il fait, il vous rend visite et tout. Est-ce que vous pensez qu’il peut diriger ce pays ?
Mais, qui vous a dit que j’ai apprécié apparemment. Mais posez-moi la question directement et je vous réponds. Karim a demandé à venir chez moi et il est venu. Ce soir, je vais recevoir d’autres personnes. Je précise que moi, ma religion c’est l’islam et je n’en suis pas fanatique. Le communisme c’est mon choix politique et interdit de faire de la politique comme une religion. Je fais de la politique pour résoudre le problème du Sénégal. Dans notre parti, c’est le combat pour l’indépendance du Sénégal que nous ne voulons négocier avec personne.
Nous ne voulons pas qu’une situation politique se crée pour nous mettre sous tutelle. Le danger existe si les hommes politiques sont étourdis. C’est ce qui arrivera, on va nous placer sous tutelle. Il y a des gens qui sont obsédés par le pouvoir. Moi, je ne suis pas obsédé par le pouvoir. Le pouvoir, c’est un instrument pour moi. Ce n’est pas une fin en soi.
vous ne répondez pas si Karim peut gérer ce pays ?
Mais comment ? Cette question, c’est dans l’urne, on doit la poser dans l’urne, lorsqu’il sera le candidat de mon parti. C’est (sourire)…. Je ne vois pas d’ailleurs ce qui nous conduira à cela, nous sommes tellement opposés l’un de l’autre en politique. Je ne vois pas ce qui pourrait un jour me pousser à soutenir le projet politique de Karim.
Source : Le Matin
