Maintenant que la tempête qui a failli déboulonner Macky Sall de son perchoir de Soweto est maîtrisée et mise en veilleuse pour le temps qu’il faudra, il semble logique de passer aux choses sérieuses, celles qui donnent vraisemblance aux grandes proclamations liées à la transparence publique. La cause-prétexte déclencheur de la chasse au sorcier Sall ayant été identifiée, l’on espère que la méprise qui a accompagné la convocation, devant l’Assemblée nationale, des responsables de l’Agence nationale pour l’organisation de la conférence islamique (Anoci) n’aura pas acquis en quelques semaines de « crise » le statut d’une faute expiatoire immuable.
Et que les membres de la Commission des finances et du développement, courageux pour la plupart, reviendront à la charge en respectant les formes légales requises pour la circonstance. Si la procédure initiale était viciée, la seconde peut ne plus l’être si tant est que l’envie et le devoir d’associer la représentation nationale aux desseins architecturaux pour notre pays, sont encore intacts. Il faudra simplement emprunter le bon chemin.
La « crise » est donc passée. Faut-il pour autant surseoir à l’exercice de présentation et d’explicitation des projets de l’Anoci devant les députés ? Faut-il accepter, sous prétexte que Macky Sall est allé à Canossa du point de vue officiel, la reprise du train-train habituel qui a si desservi la crédibilité du parlement ? L’impression publique la plus et mieux partagée est que la fameuse rupture collée à la nouvelle législature n’a de sens et de portée que dans la construction de situations politiques non gênantes pour le pouvoir et à travers lesquelles l’apparence démocratique du régime reluit.
Ils sont nombreux, les députés toutes sensibilités confondues, qui vous signifient que la belle inflation de questions orales et écrites n’a été qu’une lueur dans le ciel lugubre du pouvoir législatif sénégalais. Le gouvernement en avait assez d’en recevoir une bonne masse, dans un contexte où il s’est senti incapable d’apporter des réponses claires aux inquiétudes exprimées. Des parlementaires, à force d’être confrontés aux lourdeurs qui entourent ce système des interpellations, y ont sans doute renoncé. En vérité, et essentiellement sur le dossier de l’Anoci, tous jouent leur crédibilité et engagent le degré de responsabilité qui peut être le leur.
ENTRE PIEGE ET EMBARRAS
Si Macky Sall (et les membres de la Commission des Finances) renonçaient à interroger les principaux dirigeants de l’Agence devant les représentants du Peuple, c’est tout le bénéfice engrangé dans le bras de fer avec l’Exécutif qui passe par pertes et profits. Le danger est là qui les ferait alors passer pour de petits méchants dont l’objectif primordial se limitait à épouvanter Karim Wade et Abdoulaye Baldé. La démarche serait assimilée à une entreprise de nature essentiellement politicienne, exactement comme les libéraux qui se sont rangés derrière les arguments du président de la République ont interprété le projet d’audition. Mais le président de l’Assemblée nationale et ses collègues ont un gros problème : ils ne disposent presque plus de marge de manœuvre sur l’affaire Anoci.
Leur choix se résume en fait à la capitulation sous peine d’être accusés de repartir à l’attaque. Macky Sall est donc cloué dans une posture défensive car pour ce qui est de la défense du principe de séparation de pouvoir, sa faiblesse politique provoquée par la médiatisation outrancière de son « repenti » le contraint au profil bas. C’est dramatique pour le prestige déjà effiloché de la représentation parlementaire car on peut tirer une moralité de la nouvelle donne : le président de l’Assemblée nationale voulait intrinsèquement sauver sa peau. Il y est arrivé tant bien que mal, mais pour combien de temps !
L’ancien Premier ministre se voit ainsi pris au piège de son propre courage politique face à la lessiveuse wadienne, il n’en reste pas moins que l’Anoci est, elle aussi, dans une situation morale précaire. Si l’on met de côté la faute procédurale qui a fait capoter son audition l’année dernière, elle serait bien embarrassée de justifier son absence de l’hémicycle en tant que structure publique ayant participé à gonfler l’endettement de l’Etat des contribuables. On l’a bien vu, il ne suffit pas qu’elle s’affirme prête à répondre aux questions des députés si le président de la République, au-delà des manquements administratifs déjà rappelés au Législatif, persiste à ne pas donner son blanc-seing à cette entrevue jusqu’à en faire un casus belli.
C’est là où subsiste un gros mystère ! Pourquoi l’Anoci ne peut-elle être entendue à l’instar des autres agences et sociétés d’Etat ? Pourquoi cette guillotine manquée contre Macky Sall sur fond de rivalités annoncées entre lui et Karim Wade ? Quels sont les véritables ressorts du vrai courroux de Me Wade contre son ancien directeur de campagne ? Si de telles interrogations étaient aberrantes, une vérité en jaillirait : le fils du président de la République serait un Sénégalais entièrement à part.
Momar Dieng du quotidien
