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Azou « Le beau » : « J’ai passé 15 jours avec les femmes et une nuit avec un homme pour réussir le film »

samedi 22 décembre 2007

Sortie sur le marché national le 6 décembre dernier, la célèbre pièce de théâtre « Azou le beau » est en train de marquer son temps de par la spécificité du thème qu’elle traite notamment « l’homo­sexualité ». La rencontre avec son auteur et acteur principal nous a permis de découvrir les vraies raisons de la pièce. Entretien avec un homme sympathique ; natif de Bargny, qui éprouve d’énormes dif­ficultés pour regarder une personne dans les yeux malgré un rôle réussi. D’où le port de lunettes qu’Assane Fall qualifie « d’innées » (même s’il est contraint par une blessure aux yeux survenue en 1986).A coeur ouvert avec « Azou le beaux » !


Les Sénégalais vous ont découvert à l’écran, beau­coup voudraient savoir qui est Azou « le beau ».

Je m’appelle Assane Fall alias « Azou le beaux » et les intimes se plaisent à m’appeler par le surnom « Assane Nar » à cause de mes origi­nes nar (il est de parents maures) : Je suis né le 7 janvier 1973 à Bargny et je travaillais à l’ex Ama Sénégal. Je n’ai pas fait d’études poussées puisque j’ai arrêté en classe de Cm 2 même si je me débrouille pour écrire mes scénarios.

J’ai commencé à faire du théâ­tre à bas âge alors que j’étais chez mon oncle Baye peulh (sa femme est la demi soeur de ma mère). Donc, je peux dire que de ce point de vue j’ai hérité de l’art. D’ailleurs, c’est inné en moi parce que c’est comme un don en moi. J’ai fait mes débuts comme bon nombre d’artiste à travers les écoles.

Seulement, j’ai jugé nécessaire que le moment est venu pour moi de me faire connaître, me faire découvrir non seulement par le grand public mais surtout par les producteurs. C’est ainsi que j’ai décidé de former la troupe « Güstu xam xam de Bargny » en 2004 constituée essentiellement de jeu­nes qui ont l’ambition et l’objectif de dénoncer et de sensibiliser la population par rapport aux maux qui gangrènent notre société. D’ailleurs, nous avons sorti un premier Cd (Keurgui tass na sorti le 26 février 2006) et Azou le beau est notre seconde production.

Pouvez-vous nous donner la quintessence de la pièce « Azou le beaux » ?

En parlant de cette pièce, je précise d’abords que c’est la célè­bre troupe de Daray kocc qui a fait la production avec Pape Demba Ndiaye en tête. Mais, c’est une pièce qui est entièrement écrite et réalisée par moi-même, ici à Bargny. Je tiens à souligner égale­ment que ce n’est pas quelque chose qui me concerne personnel­lement mais c’est une .réalité que j’ai vu se passer sous mes yeux et qui m’a finalement incité à le réali­ser. Autrement dit, les artistes ont l’habitude de jouer des pièces de théâtre sur l’homosexualité mais semblent oublier un fait très important. C’est que générale­ment dans la société ceux qu’on qualifie de gay ne le sont pas tous. En d’autres termes, je dis que sou­vent c’est un problème d’éduca­tion qui est à la base de tout. D’où le premier thème de la pièce.

En plus, je ne pense pas qu’un garçon élevé au sein d’une famille où il n’y a que des filles puisse échapper à cela. Car, forcément il va grandir avec des comporte­ments efféminés et il aura ten­dance à faire tout ce qu’une fille fait. Ce qui veut dire qu’il va être considéré comme un homosexuel. Alors qu’il ne l’est pas. Par consé­quent, la société va le rejeter, le discriminer, etc. Et à partir de ce moment, il est exposé à toute ten­tation, même de sombrer totale­ment dans le milieu de l’homo­sexualité.

Un préjudice que nous cher­chons à éviter à travers Azou le beau en sensibilisant les popula­tions et en les amenant à mieux réfléchir sur ce phénomène. En fait, nous ne voulons pas rester les bras croisés jusqu’à ce que le pire survienne. Mais ce que nous sou­haitons c’est couper le mal à la racine. C’est-à-dire faire compren­dre à tout le monde que ces genres de comportements se soignent.

Aussi, si vous regardez bien dans la pièce je n’ai eu aucune attirance envers les hommes. Au contraire, ils sont mes ennemis jurés car je deviens agressif en leur présence. A côté de cela, il y a éga­lement que le fait de sortir avec ; une fille ne m’intéressait pas parce que j’ai refusé aussi les avances d’une fille. Pour dire que c’est l’éducation que j’ai reçu qui m’a façonné pour préférer la compa­gnie des filles au lieu de celle des garçons. Et l’on sait que la particu­larité d’un homosexuel c’est qu’il aime les hommes au détriment des femmes.

Le deuxième thème abordé dans la pièce c’est les relations familiales parce que mon père n’était pas d’accord pour que je quitte la maison mais le fait que la tutrice soit la petite soeur à ma mère a tout changé. Pour dire que le « kersa » chez nous Sénégalais peut nous conduire à tout.

On dit souvent que la distribution des rôles se fait en fonction des aptitudes , est-ce à dire que vous ressemblez à un homosexuel ?

Je précise d’emblée qu’à priori ce n’était pas mon rôle mais puis­que je n’ai trouvé personne à là hauteur, j’ai du m’engager à le faire. Pour réussir le rôle, j’ai été obligé de tout faire. D’abords, de fréquenter le milieu des femmes pendant au moins 15 jours afin de pouvoir adopter toutes les habitu­des. Et je n’hésitais pas à me réveil­ler en pleine nuit pour répéter soit les applaudissements soit les bignes ou ragadjou (clin d’oeil et manières) ; sans oublier le langage.

Ensuite, il fallait que je me ren­seigne et surtout tester ceux qu’on qualifie de « gordjiguène » à Bargny. Et j’ai attendu la nuit aux environs de 4 heures du matin pour appeler un gars pour qu’il m’héberge pour cette nuit en inventant une histoire de manque de voiture. Alors, il a accepté et je vous assure que nous avons par­tagé son lit mais pendant toute la nuit, il n’a fait aucun geste suspect malgré les multiples tentations que j’ai faites. Pour dire qu’en réa­lité qu’il n’est pas homosexuel.

A présent comment est-ce que vous vous sentez après avoir interpréter ce rôle ?

Beut bou roussoul tocc. J’avoue que je ressens de la honte en jouant ce rôle mais c’est mon gagne pain et je suis contraint de le faire parce qu’il y va de mon ave­nir et celui de ma famille. Il me suffisait juste de ravaler mon orgueil et mon amour propre afin d’emprunter ce manteau que j’en­lève aussitôt après.

Dans mon quartier, il arrive également que certains se moquent de moi, tentent de me ridiculiser, de m’humilier. Mais, je prends tout avec philosophie car j’ai réussi à imposer ma personna­lité avant d’être artiste. Ce qui fait que je n’ai pas beaucoup de pro­blèmes de ce côté-là. En outre, je dois souligner que j’étais conscient de toutes les consé­quences que pouvait comporter ce rôle. Pour dire que même mes soeurs s’opposaient à ce que je l’in­terprète !

Et qu’en est-il de votre vie familiale ?

Pour ce qui est de ma vie pri­vée, je ne crois pas que la pièce ait pu avoir une répercussion néga­tive sur ma famille. Je veux dire que si je me suis séparé de ma femme, ce n’est pas à cause du rôle que j’ai joué dans « Azou le beau » mais plutôt à cause d’autres problèmes. Je sais juste qu’elle m’a quitté après avoir perdu mon tra­vail à Ama Sénégal. Et la seule leçon que je tire de cette histoire c’est qu’il faut toujours garder sa dignité dans la vie quoi qu’il arrive ; même dans la pauvreté la plus extrême. Autrement dit mar nane boumoula takha nane potit ! La loyauté étant une vertu cardinale au Sénégal, il faudrait que certai­nes femmes s’en souviennent sou­vent.

Etes-vous en train de repro­cher à votre femme d’être déloyale parce que vous vous êtes retrouvés au chômage ?

Non, mais elle m’a quitté au moment où j’avais plus besoin de réconfort, de compréhension parce que je me sens seul dans ce que je pourrais appeler ma car­rière. Car, j’ai grandement besoin de soutien moral mais surtout de producteurs pour financer les nombreux scénarios que j’ai déjà écrits.

Quelles sont les difficultés auxquelles vous faites face dans le groupe ?

J’ai commencé à écrire il y a longtemps, d’ailleurs encore une fois je rappelle que j’ai beaucoup de scénarios. Mais, le problème c’est que j’ai besoin d’un petit coup de pousse pour que je puisse démontrer le talent de notre troupe. Wayé sarna lokho jotoul sama guinaw (mes moyens sont limités) même si je ne ménage aucun effort pour faire avancer la troupe. Hélas, c’est très difficile parce que nous fonctionnons avec nos propres moyens c’est-à-dire par des cotisations des membres du groupe. C’est à travers des quêtes que nous avons pu réaliser le premier Cd. Après quoi je me débrouille pour compléter.

D’ailleurs, j’ai financé la pièce avec ce qu’Ama m’a payé sans oublier qu’il m’a fallu vendre quelques unes de mes affaires personnelles pour avoir ce qu’il faut. Je précise aussi qu’il y a une vingtaine de personnes qui sont derrière mai alors que présentement je n’ai plus de travail. Dès lors, il me sera très difficile de jouer sans argent et je n’ai personne sur qui compter. D’ailleurs, nous risquons de ne pas pouvoir sortir la troisième pro­duction.

Déclinez-nous les projets de la troupe Güstu xam-xam

Notre prochaine étape sera une pièce sur les lesbiennes. Ce sera une pièce de 42 séquences soit 2heures d’horloge. En fait, c’est une lesbienne gui va prendre la relève et au lieu d’en faire une suite c’est plutôt une production à part avec d’autres thèmes. Elle n’a pas encore de titre parce que je ne veux pas me tromper sur le choix. Donc, pour le moment je préfère attendre avant de donner le titré. Cependant, je lance un appel aux bonnes volontés pour qu’elles nous aident à produire mes écrits parce qu’ils parlent de la société.

Propos recueillis par O.Diakhaté

Source : Walf Gran Place

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