A analyser la situation politique au Sénégal, l’on se demande bien si les ‘réfugiés’ politiques qui composent « Benno » méritent d’être appelés opposants. Du tripatouillage constitutionnel aux remaniements permanents et chroniques, en passant par le conclave des imams pervers qui appellent à voter Wade en 2012, sans mentionner le poste de vice-premier ministre récemment créé et qui relève du foutage de gueule, l’opposition sénégalaise, croit avec naïveté, pouvoir mettre fin aux dérives d’Abdoulaye Wade sans descendre sur le terrain. Il faudrait le dire une bonne fois pour toutes. Un opposant comme Abdoulaye Wade, le Sénégal n’est pas prêt d’en revoir. La nature a horreur du vide. La République aussi.
Wade et ses affidés occupent le terrain, de jour comme de nuit, et s’illustrent aussi bien dans la construction d’infrastructures que dans les scandales à répétition, les remaniements et nominations fantasmagoriques, alors que l’opposition, cloîtrée dans son salon privé de Benno, pense que le pouvoir s’offre avec des tournées internationales truffées de beaux discours semi-révolutionnaires. Au lieu de créer l’événement, nos opposants en herbe se contentent de commenter les informations quotidiennement relayées dans la presse.
Heureusement que les Sénégalais, dans leur majorité, ne comptent pas sur ces gens là, pour venir à bout d’un régime qui ne tient plus que par le courage, l’abnégation et la longévité d’un seul homme, fût-ce le plus âgé des présidents du monde. Abdoulaye Wade, jadis opposant, n’hésitait pas à défier l’Etat et ses institutions, braver l’interdit, quitte à séjourner à plusieurs reprises en prison. Depuis la dernière répression policière relative aux émeutes de la faim à Dakar le 31 mars 2008, certains leaders de l’opposition, qui avaient décidé de battre le macadam aux côtés des émeutiers, n’osent plus braver les forces de l’ordre. Les grenades lacrymogènes sont passées par là.
Chat échaudé craint l’eau froide. Voilà pourquoi vous ne les verrez ni à la DIC, ni dans les maisons d’arrêt, car ils ne méritent pas d’être emprisonnés à cause de leurs idées. Parce que des idées, ils en ont peu, très peu, ce qui explique leur attentisme et leur mutisme assourdissant devant les dérives d’un pouvoir à la merci d’une bande d’opportunistes prêts à tout pour s’agripper aux « entrailles » d’une république devenue une basse-cour, où toute sorte de volaille se croît invité à picorer. Une opposition qui sombre dans la naïveté, pensant que le seul fait d’être contre Abdoulaye Wade peut suffire comme programme politique. Ils ne proposent aucune réponse crédible devant les inquiétudes d’une jeunesse désœuvrée et en proie à l’émigration clandestine.
Que ce soit la crise en Casamance ou les mouvements sociaux à la société de transport « Dakar Dem Dik », les étudiants thiessois qui réclamaient un bus, l’accaparement de la télévision publique par une bande d’érudits pervers qui font campagne pour un vieillard qui traîne un pas dans ce monde et l’autre dans la tombe, les alliés de Benno, dont certains ont participé au festin des vautours, jouent le jeu du pouvoir et ménagent le président, au nom d’une soi-disant opposition républicaine. Encore une fois, ce n’est pas la diaspora qu’il faut convaincre, mais bien les Sénégalais basés au Sénégal, confrontés à la hausse vertigineuse des prix des denrées de première nécessité, les coupures intempestives d’électricité, sinistrés des inondations et victimes d’autres calamités. Au-delà des assises nationales, il est urgent de descendre sur le terrain et d’agir, parce qu’en matière de proximité avec les populations, Wade et ses alliés ont une longueur d’avance. Abdoulaye Wade pose des actes ; l’opposition, quant à elle, se contente de les commenter.
Le dernier en date, sa candidature prématurément annoncée pour 2012, à 88 ans, ce qui devrait être dénoncé avec la dernière énergie, quitte à organiser des marches pacifiques pour l’obliger à se retirer, et montrer à la face du monde, que les Sénégalais ne peuvent aucunement être associés à de telles idioties qui n’honorent pas leur République, laquelle mériterait plus que les errements continus et caprices d’un vieil homme dont les humeurs sont aussi fluctuantes qu’une houle de l’océan. Pas plus tard que la semaine dernière, Abdoulaye Wade créait un poste de vice-premier ministre, après nous avoir cassé les oreilles avec la vice-présidence toujours vacante, dans une pollution sonore dont la République se serait passée volontiers.
Si cette inflation institutionnelle ne rentre pas dans le cadre d’une diversion mûrement réfléchie, il faudrait y voir sans doute les conséquences de la dégénérescence des neurones… Les idées ont toujours été portées par des hommes, qui vaillent la peine de faire des sacrifices. Et ces hommes ne sont nullement à chercher du côté du pouvoir, encore moins dans les rangs de Benno, en passe de devenir un refuge de clandestins, d’aigris et de taupes qui n’empêchent pas Abdoulaye Wade de roupiller.
Momar Mbaye mbayemomar@yahoo.fr
