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Bilan des « Sunu Music Awards » : Salutaire, mais peut mieux faire

mardi 16 février 2010

Le Théâtre national Daniel Sorano a abrité, samedi dernier, la première cérémonie de remise des « Sunu Music Awards » aux musiciens et animateurs sénégalais qui se sont illustrés en 2009. Une initiative à encourager, mais il faut noter que cet événement n’est pas le premier du genre et qu’il y a encore des efforts à faire pour l’améliorer.


PARIS (France) - Tout d’abord, il faut déplorer l’absence d’un trophée pour la musique acoustique ou folk dans le palmarès des « Sunu Music Awards ». En effet, ce style est la base de la plupart des genres musicaux africains et est toujours d’actualité pour avoir révélé de grands talents comme Metzo Diatta, les Frères Guissé, Omar Ndiaye Khoslouman, Pape et Cheikh, entre autres. La danse également, indissociable de la musique sénégalaise, a été oubliée au grand dam de toutes ces troupes chorégraphiques qui voient le jour un peu partout au Sénégal et en Afrique. Par ailleurs, ce palmarès n’est pas valorisant pour un chanteur comme Fallou Dieng nominé dans la même catégorie que des jeunes musiciens tels que Abou Thiouballo, Titi ou Adiouza.

Le « chef d’état-major des ambianceurs », comme on l’appelle, est de très loin plus expérimenté que ces artistes émergents qui ont encore bien du chemin à faire, notamment hors de nos frontières. Il faut dire que Fallou Dieng a plus de vingt ans de carrière derrière lui, a fait de grandes scènes en Europe et aux Etats-Unis et a été primé aux « Kora Awards », ce qui est encore loin d’être le cas pour ces jeunes qui viennent d’arriver sur la scène musicale sénégalaise. En effet, Titi, Abou Thiouballo, Adiouza et Carlou D doivent faire leur preuve à l’extérieur, au-delà des ghettos de la diaspora sénégalaise. Pour l’instant, ils ne sont encore que des stars locales absolument inconnues hors des frontières sénégambiennes et de la communauté vivant à l’étranger.

Contrairement à ce que semble affirmer l’animateur Boubs et certains téléspectateurs, les « Sunu Music Awards » sont loin d’être la première cérémonie du genre. Dans les années 1990, l’animateur Aziz Samb avait initié les « Biddew », des trophées décernés aux artistes sénégalais et africains émérites. Cette initiative avait été lancée presque en même temps que les « Kora Awards » d’Afrique du Sud, mais n’a pu être pérennisée par manque de crédibilité et de soutien, notamment de la part de l’Etat et des acteurs culturels sénégalais.

A l’époque, on reprochait à l’initiateur ses «  relations étroites  » avec Youssou Ndour qui était presque toujours sacré « Meilleur artiste de l’année » à chaque édition. Ainsi, faute de crédit auprès des artistes, les « Biddew » ont été vite enterrés après seulement deux éditions. Quelques années plus tard, les « Hip-hop Awards », sous l’égide de Safouane Pendra, ont tenu à respecter leur rendez-vous avec les rappeurs malgré de nombreuses difficultés. Le fait de distinguer les animateurs radio et télé est donc la seule innovation apportée par la structure Guibel Music, initiatrice des « Sunu Music Awards ».

Cependant, à la place des discours dithyrambiques, il faut accompagner une telle initiative avec des moyens efficaces afin qu’elle soit pérenne. Les opérateurs économiques et l’Etat doivent mettre en place une bonne politique exempte de tout nombrilisme qui pourrait nuire au développement et à la professionnalisation de l’industrie culturelle sénégalaise. Il faudrait ainsi une professionnalisation de nos acteurs culturels avec un statut institutionnel pour la bonne gestion et l’accompagnement du secteur.

La cérémonie de « Sunu Music Awards », que nous avons suivie à la télévision, a suscité des avis mitigés ici, en France. Comparé à ce qui se fait en Europe par exemple, il est évident que les failles ont été nombreuses et visibles, même pour ceux qui ont vécu l’événement par la magie du petit écran. La cacophonie dans la régie, les fausses mises en scène, notamment avec les entrées de Youssou Ndour et de Salam Diallo, le jeu de séduction absurde, à la limite ennuyeux, entre les animateurs DJ Boubs et Fanny, sans compter les pannes techniques récurrentes.

Est-ce parce que les organisateurs sont des novices en la matière  ? D’un autre côté, la 2Stv se targue d’être une chaîne culturelle, mais elle n’a pas encore cette maturité et cette qualité qui font une bonne télévision. Le manque de synchronisation entre les images et les commentaires, ainsi que le niveau déséquilibré du son sont autant de problèmes que les techniciens doivent résoudre définitivement lors des prochains directs.

source : le soleil

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