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CONDOLEANCES - L’Eglise à Touba pour la mémoire de Serigne Saliou : Le Cardinal, le khalife et le bonheur des croyants

mardi 8 janvier 2008

La douleur était vive et perceptible sur le visage des personnalités représentant l’ensemble des églises chrétiennes du Sénégal venues présenter, hier, les condoléances de leurs entités et celles du Pape Benoît XVI à la famille de Serigne Saliou Mbacké et au nouveau khalife général des mourides.


Pour la première fois dans l’histoire du Sénégal post-indépendance, un Cardinal vient de séjourner dans la capitale du mouridisme, avec des représentants de toutes les églises chrétiennes du Sénégal. Son Eminence le Cardinal Théodore Adrien Sarr a voulu sacrifier à une tradition, en allant à Touba. « Ma présence se situe dans le cadre de la présentation des condoléances pour le rappel à Dieu du khalife. C’est une occasion pour moi qui avait promis d’effectuer une visite à Touba, bien avant que cet événement arrive, de réaliser cette promesse », explique l’Archevêque de Dakar.

« C’est évident, la disparition du khalife que le Sénégal ne cesse de regretter, de pleurer parce que, tous voyaient en lui un homme de Dieu, discret, mais tout dévoué à sa mission religieuse, mais en même temps, un homme qui savait écouter la société sénégalaise, accueillir les joies et les peines des Sénégalais et les faire siennes. Aussi intervenir quand il le fallait pour apaiser, apporter consolation et secours, donc, un tel homme que le Sénégal tout entier pleure, n’a laissé indifférent aucun membre de la communauté chrétienne que nous sommes venus représenter ici », témoigne le Cardinal Théodore Adrien Sarr.

En outre, précise le Cardinal, ils ont voulu se donner des délais pour s’organiser « afin de venir ici à Touba, présenter les condoléances au khalife général actuel, mais aussi à la famille du disparu. Voilà la principale raison de notre démarche », une dizaine de jours après le décès. « Mais, ce faisant, nous avons voulu, aussi en quelque sorte, faire davantage connaissance avec la famille du khalife de Touba, espérant qu’à partir de là, des relations plus suivies pourront être nouées et, pourquoi pas, une collaboration. » Mais, continue le Cardinal Sarr, « tout cela, ce sont des perspectives.

L’important était, aujourd’hui, de venir faire le geste et en le faisant, semer des bonnes relations entre les mourides et les églises chrétiennes du Sénégal ». D’ailleurs, rappelle-t-il, dans la délégation, il y avait le Nonce apostolique, le secrétaire de la conférence épiscopale et les pasteurs protestants, dans l’espoir de renforcer l’excellence des relations entre chrétiens et musulmans. « Notre objectif est que la bonne entente qu’il y a entre chrétiens et musulmans perdure, se perpétue, toujours, se renforce et prenne des dimensions nouvelles si tant est que ce qui est déjà vécu est excellent. »

Le Cardinal Sarr, qui assure en même temps la présidence de la conférence épiscopale de l’Afrique de l’ouest, d’avouer qu’à propos des relations entre musulmans et chrétiens, sa « mission n’est pas difficile. Nous avons mis en place une commission régionale entre chrétiens et musulmans qui a produit des opuscules » comme celui intitulé « connais-tu ton frère » et dans lequel l’Islam et le Christianisme sont présentés, vice versa, aux chrétiens et musulmans. « Nous croyons beaucoup à cette nécessité que les différentes religions entretiennent des bonnes relations car, Dieu qui nous a crée veut que nous soyons tous heureux. »

TEMOIGNAGES

Sur ce que pense le nouveau khalife général des mourides des autres religions en général et du christianisme en particulier, les propos de Léon Charles Ciss, directeur général de Sonatel Mobiles, sont assez éloquents : « Les jeunes catholiques qui connaissent Serigne Bara sont optimistes. Moi, je l’ai connu en 1990 par l’intermédiaire d’un de nos agents, François Faye. Même en période de Tabaski, il m’offrait un mouton. Serigne Bara s’est rendu personnellement à l’église de Mbacké pour saluer le défunt abbé Maurice Gning. »

Auparavant, Serigne Cheikhouna Mbacké, au nom de son père Serigne Mouhamadou Lamine Bara, après avoir remercié ses hôtes, a rappelé, en puisant dans les versets du Coran, les principes définis par l’Islam et qui guident les relations entre musulmans et les adeptes des autres religions. Ces relations s’articulent, à son avis, autour de trois points fondamentaux que sont : les rapports du musulman avec Dieu, les rapports du musulman avec les autres membres de la communauté musulmane et les rapports du musulman avec les non-musulmans. Sur le dernier point, il confie, en s’appuyant sur le verset 8 de la sourate 60 : « Allah ne vous défend pas d’être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures. Car, Allah aime les équitables. »

Le Coran, selon le marabout, va même plus loin à propos des chrétiens en révélant dans le verset 82 de la sourate 5 : « Ceux dont l’amitié va le plus facilement aux croyants sont ceux qui se disent chrétiens. C’est que ces derniers ont des prêtres et des moines qui sont humbles. » Alors dit-il, ces relations garantissent la paix et l’harmonie avec son seigneur et le monde qui l’entoure.

Aussi Serigne Cheikhouna rappelle-t-il l’amitié qui liait le défunt Cardinal Hyacinthe Thiandoum et Serigne Fallou et qui « ne s’est estompée que lors du rappel à Dieu de Serigne Fallou et d’ailleurs, ce jour, le Cardinal Thiandoum avait versé des larmes ». Cela pour rassurer que Serigne Bara ne dérogera pas à la règle et qu’il va perpétuer et poursuivre l’œuvre de Cheikh Saliou Mbacké et de ses devanciers, car la confrérie mouride s’est toujours inscrite dans la dynamique de la paix et d’entente entre les différentes religions.

Monseigneur Jacques Sarr, évêque de Thiès qui regroupe les régions de Thiès et Diourbel, affirme toute la peine de l’Eglise de se retrouver à Touba après la perte du cinquième khalife des mourides.

Monseigneur Sarr, quant à lui, évoque les relations de bon voisinage entre catholiques et musulmans qui font « que nous partageons les joies et les peines ». Tout comme lui, le pasteur Eloi Dogue de l’église protestante magnifie l’excellence des relations entre sa communauté et les mourides.

Avant l’étape de la demeure du khalife général des mourides, le Cardinal et sa délégation se sont rendus à la maison mortuaire, pour partager avec Cheikh Mbacké Ibn Serigne Saliou, la douleur qui vient de frapper toute la communauté mouride et la oummah islamique.

Source : Le quotidien

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