Comment vous est venu ce talent de poétesse ?
Je ne l’ai pas hérité. C’est un amour lointain datant du temps de l’école primaire alors que j’étudiais l’Arabe. C’est un don de Dieu, car je n’ai ni un père, ni une mère, moins un grand-père poète. C’est quelque chose que j’aimais simplement. C’est venu comme ça. Tout ce que j’ai écrit, j’y ai réfléchi personnellement. Tout ce que je dis, je l’ai écrit moi-même. Je vis ainsi depuis toujours.
Quelle est votre source d’inspiration ?
Mon inspiration me vient n’importe comment. Elle peut me venir au cours d’une discussion, au cours d’une randonnée au bord de la plage, ou dans la brousse. Mais l’inspiration me vient le plus souvent par la musique classique orientale ou la musique Mandingue. Cette dernière me fait sortir de mes gonds. Quand je veux vraiment être dans tous mes états, j’écoute la musique Mandingue.
A quand date votre inspiration ?
Cela fait longtemps. J’ai commencé à écrire il y a quarante ans. En 1971, j’’étais au centre social de Pikine où une classe d’alphabétisation a été créée. A l’époque, c’est Thierno Birahim Ndao qui était Gouverneur de Dakar et Lamine Diack était ministre de la jeunesse et des sports où était rattaché le département de la promotion humaine. A l’époque, ça n’intéressait personne. Mais aujourd’hui, comme il y a du financement, tout le monde s’y intéresse au détriment de ceux qui se sont battus pour le mettre sur pied. Aujourd’hui, il y a beaucoup de gens qui vivent des langues nationales, mais qui ne font rien pour faire vivre les langues nationales.
Les Canadiens y mettent beaucoup d’argent. Tout le monde donne des financements. Il y a désormais des opérateurs. On forme des gens en deux jours à qui on donne des classes et qu’on paye pour enseigner. Alors qu’il d’autres qui se sont sacrifié pendant quarante ans. Nous ne sommes même pas invités à leurs manifestations. Jusqu’ici aucun de mes livres n’a encore été édité. J’ai écrit deux recueils de poèmes, des recueils de contes et un autre sur le rire intitulé « Xakataay be teen ».
Quelle est votre base ?
Je suis freelance. Je gère mes propres affaires, mais j’appartiens en même temps à une association dénommée « Contes au clair de lune » avec pour président Babacar Mbaye Ndack, et des membres comme Mass, Diéwo Guèye entre autres. On intervient dans les écoles et dans les espaces privés.
Comment voyez-vous l’avenir du conte dans notre pays ?
Nous avons délaissé ce qui nous appartient, nos valeurs. Or le conte était éducatif, c’est pourquoi nos grands-parents le faisaient pour nous donner une bonne formation sociale. Il nous permettait de connaître les valeurs de notre société. La nuit, ils nous racontaient des histoires, des contes pour nous former à la vie. Toute la nuit, ce conte te restait en mémoire, tu l’utilisais pour réfléchir, pour faire des rapprochements, des recoupements, et formuler des hypothèses. Cela te permettait de se départir des mauvaises habitudes pour en adopter les meilleures. C’était une forme d’éducation. Aujourd’hui, on nous amène les dessins animés pour nos enfants. Hélas, les gens tournent de plus en plus le dos aux contes. On ne connait plus le conte. Peu de gens font usage du conte pour éduquer leurs enfants. Les générations actuelles n’ont même plus le temps. C’est pourquoi nous voulons faire ressusciter le conte parce qu’il est le seul outil capable de contribuer plus efficacement à l’éducation de nos enfants. Car chacun a ses us et coutumes. Et quand tu délaisses tes us et coutumes, tu es perdu à jamais. C’est pourquoi le Wolof dit est méconnaissable quiconque rase la touffe de cheveux qu’on lui connaissait. Par conséquent, il nous faut respecter notre langue car il n’y a aucun peuple au monde qui a avancé en se servant de la langue d’autrui. Il n’en existe pas. Les gens se sentent offensés quand on leur dit qu’ils parlent mal Français, ça leur fait plus mal quand on leur qu’ils ne maîtrisent pas leur langue maternelle. Et pourtant, les Français auparavant avaient jeté leur dévolu sur le Latin et le Grec mais quand ils ont découvert que ça leur retardait, ils se sont révoltés pour travailler avec leur langue qu’ils nous ont imposée. Je ne dis pas qu’on ne doit pas apprendre la langue d’autrui. Il faut s’ouvrir, mais il faut aimer sa propre langue.
Aujourd’hui, la jeunesse est emportée et agit de manière différente. Qu’est-ce qui explique ce phénomène ?
C’est la faute aux parents. Ils ont failli à leur mission. Au Sénégal, il n’y a que les Toucouleurs, les Manjacks et les Saraholés qui restent attachés à leur langue. Partout où ils vont, quelque soit la durée, ils gardent toujours jalousement leur langue et la transmettent à leurs enfants. Quand tu dis « Mbiimi » à un Toucouleur, même en Russie, il te répondrait « Yotam ». Contrairement aux autres races. Les Wolof sont pires. Ils ont imité au point de perdre leur identité. Quand tu quittes le pays pour l’Europe, tu deviens un « Blanc ». Même ici au pays, les petits bourgeois envoient leurs enfants au jardin d’enfants où on les apprend à parler Français. Hélas…
