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Condamné à 6 ans de travaux forcés : Le vieux mendiant hume l’air de la liberté grâce à Jean Paul Dias

jeudi 24 janvier 2008

A Thiès, la Cour a donné raison à la défense en ne condamnant aucun de ses huit clients pour le chef d’accusation de meurtre, du fait d’une enquête de police réalisée dans des conditions douteuses. Une autre affaire de meurtre pour laquelle était poursuivi, à Dakar, un vieux mendiant de 81 ans, s’est soldée par une condamnation de ce dernier à 6 ans de travaux forcés. Seulement, le cas de ce condamné –il recouvre la liberté après sept ans de détention préventive- a pu être jugé grâce à l’implication du Secrétaire général du Bcg, Jean-Paul Dias, qui fut son co-détenu à Rebeuss.


Hier, Pierre Mbaye Ngom, a souri, laissant éclater au grand jour, la bouche édentée d’un vieillard de 81 ans, au visage creux, contenu dans une maigreur inquiétante. Quand l’interprète lui a annoncé sa liberté, bien qu’étant reconnu coupable de la mort du cireur El hadji Demba Ndiaye et condamné à 6 ans de travaux forcés, avec son seul œil qui lui reste, il s’est tourné vers ses avocats -le quatuor composé de Mes Joseph Etienne Ndione, Patrice Sarr, Serigne Amadou Mbengue et Boubacar Dramé.

Son regard s’est attardé sur un visage, celui, qui a pris les apparences d’un Saint sauveur, Jean Paul Dias, le leader du Bloc des centristes Gaindé (Bcg) avec qui, il a partagé durant son incarcération, l’exiguë geôle de Rebeuss. Ce dernier, à sa sortie de prison, a œuvré pour que son dossier soit instruit.

La reconnaissance du condamné est allée aussi au seul frère qui lui reste au monde, Ibrahima Ngom, venu le soutenir au tribunal. C’est en boitillant -car handicapé d’un pied- qu’il a regagné le box des accusés, attendant d’être ramené dans sa cellule pour, cette fois-ci, la quitter définitivement.

Les 7 années passées en détention préventive par le vieux Pierre Mbaye Ngom, qui avait en 2001, lors de son arrestation, plus de 75 ans, ont sans doute poussé l’Avocat général à être plus compréhensif envers lui. En effet, Cheikh Tidiane Ndour, dans son réquisitoire, a demandé à ce que le vieux mendiant soit reconnu coupable et condamné à 6 ans d’emprisonnement, peine qu’il a déjà largement purgée.

Mieux, il a demandé la clémence de la Cour pour ce vieux dont l’enquête de personnalité a montré qu’il est un homme respectueux, qui n’a jamais eu de problèmes avec la justice et qu’il ne constitue plus de menace pour la société.

Les avocats de la défense se sont engouffrés dans cette brèche pour titiller la sensibilité de la Cour. Même Me Joseph E. Ndione, d’habitude plus tranchant dans ses plaidoiries a mis la pédale douce. Il a retracé l’histoire de la « triste vie de ce vieux ». Ainsi, il a demandé à la Cour, « de rendre Pierre Mbaye Ngom à sa famille, pour lui permettre de rentrer chez lui, de mourir dignement près des siens ».

Me Patrice Sarr, qui a plaidé pour la première fois aux Assises, a auparavant attiré l’attention de la Cour, sur la vie carcérale de ce vieux mendiant qui ne demande qu’une seule chose, vivre pour le restant de sa vie dans son village Mbaraglou, près de Tivaouane.

Quant à Me Boubacar Dramé, il a essayé de démonter le procès-verbal de la Police qu’il a taxé de laconique pour n’avoir pas été lu et traduit au vieux mendiant, durant son interrogatoire alors qu’il est illettré. Il a fustigé aussi, l’attitude du principal témoin, Bocar Bar, qui, d’après lui, « a varié dans ses déclarations ». Ce dernier, à l’en croire, tantôt il soutient qu’il a vu toute la scène, tantôt, il dit qu’il n’a pas vu le vieux s’en prendre à la victime, absorbé qu’il était par son travail.

Pour Me Serigne A. Mbengue, s’il y a une justice que la Cour doit rendre à la victime, c’est de requalifier les fait en délits de « coups et blessures volontaires ayant entraîné involontairement la mort ».

En effet, le vieux Pierre Mbaye Ngom, est poursuivi pour avoir tué le cireur de chaussures El Hadji Demba Ndiaye, un après-midi du 8 mai 2001. Selon lui, c’était un vendredi, alors qu’il partait pour mendier qu’il a donné à blanchir des chaussures qui lui ont été remises en offrande. Il a payé la somme de 100 francs Cfa au cireur pour que celui-ci s’acquitte de la tâche avant son retour. Revenu vers 15 h, après avoir mendié devant la mosquée de Grand-Yoff, il a demandé à récupérer ses chaussures. El Hadji Demba Ndiaye lui demande, alors, de lui payer avant de les récupérer.

Il lui fait comprendre qu’il a déjà payé, il s’en est alors suivi une discussion durant laquelle, celui qu’il dit considérer comme son ami, le cireur El Hadji Demba Ndiaye, âgé de 39 ans à l’époque des faits, est passé derrière son dos pour tirer la canne qu’il avait sous son aisselle gauche. Il s’est retourné pour se dégager, le couteau qu’il tenait par la main droite pour rafistoler son sac a touché par « accident » le côté droit de la victime, le blessant près des côtes.

El Hadji Demba Ndiaye lui a fait savoir qu’il venait de le poignarder. Et le vieux de lui rétorquer qu’il ne doit s’en pendre qu’à lui-même. C’est ainsi que l’ami de la victime, Bocar Bar, l’a acheminée à l’hôpital Nabil Choucair pour les premiers soins. Le vieux sera arrêté par le policier en faction, qui le conduisit à la Police de Grand-Yoff. El Hadji Demba Ndiaye va rendre l’âme, trois jours après, des suites de sa blessure.

Mais, cette version, est battue en brèche par le témoin oculaire, Bocar Bar. Ce dernier a soutenu devant la barre qu’après la première altercation, il est intervenu pour séparer les deux protagonistes. Le vieux Pierre Mbaye Ngom va revenir, quelques temps après, pour attaquer le cireur El Hadji Demba Ndiaye. Après les avoir séparés, le cireur va se plaindre en disant au vieux mendiant : « Tu m’as poignardé ! Tu m’as poignardé. »

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