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Décodage-entretien Ndongo D et Fada Freedy : « Le noyau dur de Daara J est toujours là... »

lundi 27 avril 2009

La complicité entre Mamadou Seck, alias Ndongo D, « dénicheur de jeunes talents » et rappeur dans le style et Abdou Fatah Seck, dit Faada Freedy, plutôt « technicien » et adepte de la soul, dure depuis le début des années 1990. Visiblement, ils se complètent sur scène et dans la vie. Autour de la table de rédaction du Soleil, Ndongo D. et Faada Freedy, se sont ainsi relayés comme une seule personne pour répondre sans détour à nos questions sur le groupe Daara J, leur carrière musicale, leur studio, leur public, leur engagement citoyen.


« Daara J family est un nouveau concept né en 2007 à la suite des festivals auxquels nous avons participé et des ateliers de musique que nous avons animés. Aujourd’hui, le groupe s’est réduit à deux personnes (Fada Freedy et Ndongo D).

Nous sommes toujours des ambassadeurs du Sénégal à travers la musique. L’autre objectif du groupe consiste à partager avec les jeunes talents nos expériences engrangées depuis presque deux décennies. Il s’y ajoute que Daara J est un concept qui existe toujours. Toutefois, la démarche du nouveau groupe s’inscrit dans la continuité, notamment avec la création du studio de production, « Bois Sacré ».

C’est le lieu de préciser que les précurseurs de Daara J sont Ndongo D et Fada Freedy. Les autres sont venus après. Ce qui fait que les fans se retrouvent facilement à travers Daara J Family. Le noyau dur est toujours là. Crée vers la fin des années 70, nombreux sont les artistes qui ont fait leur premier pas au groupe Daara J. Et parmi eux, il y a bien sûr Aladji Man à qui nous souhaitons bonne chance. »

LA SÉPARATION AVEC ALADJI MAN

« C’est vrai que les séparations sont fréquentes dans le milieu des artistes. On peut citer l’exemple du Positive black Soul (Pbs). Le cas Awadi et Deug E Tee. Il faut juste rappeler que nous avons tous une histoire. Nous nous félicitions d’être parmi les précurseurs du mouvement hip hop au Sénégal. La base, c’est-à-dire le fondement de ce mouvement, a été construite par notre génération. Au-delà de la séparation, le plus important, c’est ce que nous donnons aux fans, aux mélomanes.

Pour revenir à la question relative à notre séparation avec Aladji Man, c’est le lieu de préciser qu’il n’y a aucun problème entre nous. A un certain moment, si les gens n’ont plus de visions et sensibilités communes, il est tout à fait normal que chacun aille faire sa nouvelle sensation. Une chose est sûre, avec Daara J Family, il y a tout à écouter. Car, seuls 10% de notre talent ont été montrés aux mélomanes. Le meilleur reste à venir. Cet album leur permettra d’oublier la séparation dont vous parlez.

On ne peut pas dire aussi que la page Aladji Man est définitivement tournée. On lui souhaite une bonne chance. Les rapports sont restés sains. On se parle souvent. Encore une fois, il n’y pas de problèmes entre nous. Il devait partir et il est parti. C’est faux de dire que c’est à cause de l’argent que nous nous sommes séparés. C’est un consentement mutuel. Une collaboration avec Aladji Man serait la bienvenue dans l’avenir. La fraternité artistique demeure toujours entre nous. C’est l’essentiel. Daara J Family reste ouvert à tout le monde, y compris Aladji Man.

Aujourd’hui, la différence entre les groupes (Daara J Family et Daara J) réside dans l’interactivité avec les musiciens sur scène. On garde aussi l’ancienne formule avec un Dj. Mais la formule avec des musiciens sur scène pour jouer en live est encore mieux, même si elle coûte chèr. Ça change par rapport à ce que les gens ont l’habitude de voir. C’est l’expérience qu’il faut vivre et partager. La formule a été très bien appréciée au Gabon, en Mauritanie et récemment à Ziguinchor. Le live est vivant ».

STUDIO « BOIS SACRÉ » ET NOUVEL ALBUM

« La production est un casse tête pour les jeunes. L’initiative « Bois Sacré » vise à soutenir les jeunes talents qui commencent à s’affirmer. D’ores et déjà, nous avons produit les albums d’artistes comme Daddy Bibson, Fata, Tity, Max Crazy... Pour le développement de la musique, il faut des artistes plus expérimentés pour accompagner les plus jeunes. Ndongo a la faculté de dénicher un talent, alors que Faada Freedy s’occupe plutôt de l’aspect technique. Le studio est présentement aux HlM Grand Yoff, mais les locaux vont déménager à la Voie de dégagement nord (Vdn) dans une grande villa pour en faire une maison de production. Le rap sénégalais ne s’en porte que mieux. Et nous le devons aux jeunes.

« Bois Sacré » est une plate-forme qui nous permet de vivre notre art en symbiose avec les artistes. La musique évolue avec le temps et il faut suivre cette évolution. Notre prochain opus est en train d’être enregistré en France avec la collaboration d’un réalisateur camerounais. L’album est presque fini. Nous irons bientôt en France pour fignoler et donner quelques concerts. L’album est un mélange de blues, d’afro pop, de jazz... Nous y avons retracé l’histoire du hip hop au Sénégal. Il s’agit d’une musique moderne venue d’Afrique qui veut s’imposer. Les mélomanes découvriront une autre dimension de Daara J Family ».

LE SINGLE ET TUBE « TOMORROW »

« La vidéo se porte très bien. Nous sommes très surpris par le succès de ce single auprès du public, il a dépassé nos attentes. Le morceau est plusieurs fois diffusé à travers les différentes télévisions de la place, les radios, sans oublier les sonneries des téléphones portables. C’est un satisfecit et une source de motivation. Il fera partie de l’album qui sortira avant la prochaine entrée scolaire. Les temps durs, mais on ne doit pas dormir sur nos lauriers. L’action pour s’en sortir. La crise économique mondiale doit stimuler la réflexion. C’est maintenant ou jamais ».

SENSIBILISATION SUR LA CORRUPTION

« Nous avons un projet qui s’appelle « Sacré corruption ». C’est en collaboration avec le Forum civil qu’on a eu la possibilité de mettre ce projet en œuvre pour faire des concerts et communiquer sur la corruption. Certes, il y a une crise économique mondiale, mais la vraie maladie qui a affecté nos économies reste la corruption. Les rappeurs dénoncent cet accaparement de nos maigres ressources.

Par exemple, c’est très important d’investir des milliards sur une région, mais si la population est laissée en rade, pour nous, ça peut amener des drames et on a eu à le constater avec les émeutes de Kédougou. Nous avons eu à faire un morceau là-dessus bien avant tout ça. C’est un single qui figure dans une compilation regroupant d’autres artistes comme Wa Keur Gui de Kaolack, Canabasse, Krezy Cool, MakKan J, Kaddu Gunz...

DARAA J FAMILY APOLITIQUE

« Je peux d’avance dire que le groupe Daraa J est apolitique. Nous ne nous rangeons derrière aucun parti politique. Cependant, nous tenons à respecter le pacte que nous avons signé avec le peuple sénégalais, à savoir être la bouche de la population. Nous sommes plus social que politique et nous essayons toujours, dans notre démarche, de faire rappeler nos droits en tant que citoyens d’abord, mais aussi de parler des maux de la sociétés, c’est-à-dire de montrer là où le mal sévit.

Ceci nous évite donc, quelque part, de pointer du doigt telle ou telle personne, que ce soit du côté du gouvernement que de l’ancien régime, mais plutôt de critiquer des systèmes qui peuvent créer des incompréhensions ou des conflits entre les composantes de la population. Nous avons vu dans plusieurs pays que quand il y a passation de service entre père et fils, il y a toujours des conflits nationaux qui en découlent. Nous voulons conserver la paix dans le Sénégal et je pense que les maux de la Casamance nous ont assez servi d’exemple quand on voit le nombre de vies qu’on y a perdu.

Tout ce qu’on veut maintenant, c’est que la population, massivement, dans la quiétude et la légalité, participe à un essor meilleur, un essor national qui va faire que le Sénégal garde toujours son image positive de pays démocratique et de pays de téranga ; d’où notre engagement. Le fait de constater qu’il y a des valeurs bien sénégalaises qui sont en train de mourir nous amène toujours à des combats comme celui de l’anti-corruption qu’on est en train de mener avec le Forum civil ».

COLLABORATION : GROUPES NAISSANTS, L’EXEMPLE DU MAKKAN J

« Elle remonte à plus de six voir sept ans. On a d’abord travaillé sur le projet avec des maquettes que nous avions reçues d’eux. Ils nous ont fait écouter un morceau et, mélodiquement, j’ai ressenti le Sénégal, l’Afrique en quelque sorte, et c’est ainsi qu’on a commencé à les aider dans la conception des maquettes jusqu’à avoir un bon répertoire.

Nous avons eu à travailler là-dessus avec notre compositeur qui se trouve en France, Niasso, et qui fait partie d’un collectif qui s’appelle « Démolition ». Il a travaillé sur l’album avec Sowidou dans le mixe. Voilà quoi, on s’est permis de les pousser et ça a donné ses fruits. C’est un groupe qui vient de la banlieue, Fass Mbao plus exactement. La réussite n’était pas du tout évidente, parce que, comme les gens ont tendance à le dire, la banlieue est un fouillis de rappeurs. Dès fois, ils sont critiqués dans leur travail alors que le talent est là.

LA VIRULENCE DES PROPOS DANS LE RAP

« Nous n’avons pas à nous porter garant de la violence des propos de certains rappeurs. Il est vrai que le hip hop au Sénégal est un marché très difficile à canaliser. Les textes que les gars écrivent c’est comme de l’art, de la peinture pour moi, c’est une création artistique qui est libre. Il ne faudrait pas qu’on se focalise sur cet aspect là. Pour notre propre culture, nous esseyons d’écouter le rap américain et nous remarquons que sur les Cd, il est toujours marqué « autorisation parentale ». Il ya une auto censure sur le cd pour prévenir le lecteur qu’il ne faut pas que tes enfants écoutent ça et malheureusement tel n’est pas le cas ici au Sénégal. Nous de notre part, on autocensure dès fois les textes des maquettes qu’on recoit.

On peut mettre soit des bips soit des bruits sonores mais toujours est-il que ce qu’on voit sur le net se répercute sur le travail des rappeurs et ça donne une vision assez globale de ce qui se passe dans le monde. Certains amis rappeurs vont même jusqu’à dire que le monde est tellement violent qu’il est impossible de parler aux gens avec un autre ton. C’est le cas des sms ou il n y a plus de retenue. Je pense qu’il ya tout un travail à faire au niveau de l’éducation.

CRISE SCOLAIRE AU SÉNÉGAL

« Depuis les années 1980 qui coïncident avec le régime de Diouf, on a constaté que l’éducation est en chute libre et cette année ça a encore empirée avec les grèves qui se multiplient autant du côté des élèves qu’au niveau des enseignements. Tout ce que je sais c’est qu’un peuple sans culture devient fragile et donc un absorbeur de valeurs que ce soit de bonnes ou de mauvaises.

Ce qui est en train de se passer ici au Sénégal, c’est qu’à force d’une éducation négligée, les jeunes d’aujourd’hui se sont tournés vers les fenêtres de la mondialisation à savoir l’internet et la télévision. C’est vrai qu’il ya un certain niveau de culture là-bas mais ce sont des domaines totalement différents des programmes enseignés à l’école ce qui fait que cette derniére ne suscite plus l’engouement de l’élève. On assiste maintenant à une sorte d’amusement c’est-à-dire l’Entertainment (qui ne nourrit pas l’esprit intellectuel) au détriment de la culture.

D’un autre coté, investir dans l’éducation ne veut seulement pas signifier acheter des livres mais c’est plutôt donner l’envie et la possibilité à l’élève d’accéder à ces livres d’autant plus qu’au Sénégal il n’existe pas de grandes bibliothèques. Dans toute éduation, le niveau de formation du formateur constitue un pilier très important et s’il n’est pas très élevé, s’il n’y a pas de bonne pédagogie, on n’aura d’abord de bons enseignements et deuxièmement si ces bons enseignements ne sont pas payés à la fin du mois avec cette crise, ils peuvent bien décider de ne pas venir à l’école et de régler leurs problèmes personnels.

Noublions cependant pas de dire qu’il ya une certaine négligence de l’école vis-vis des parents d’éléves ; une faute que les gouvernements ont accusé depuis des années. Beaucoup de parents n’ont plus le contrôle sur leurs enfants et ne peuvent plus leurs offrir les moyens de s’éduquer. Avant il y avait le conseil des parents d’élèves durant les quels ils pouvaient donner leurs avis. Je pense que c’est l’ensemble de tout un système qui a été boycotté d’où l’intérêt de tout revoir.

L’environnement est aussi un facteur réel de l’éducation surtout l’environnement familial. Il ya également tout un travail à faire surtout au niveau des programmes. Autrefois il y avait des écoles traditionnelles coraniques qui permettaient d’avoir un bon niveau. Il faudrait vraiment qu’on recentre le débat sur ça et justement dans le dernier album, on a fait un morceau sur ce thème janguilène.

MESSAGE AUX NOUVEAUX MAIRES

« Nous optons plutôt pour une déclaration de patrimoine dans la mesure où il est question de transparence et de changement par rapport à la démarche. Le monde évolue et je pense que tout le monde doit passer au contrôle. Nous avons l’habitude de dire que les Africains doivent cesse de faire de la politique et d’aller vers le plus important : le développement. Pour espérer diriger des personnes, il faut nécessairement savoir qui on est d’abord et cela passe par une déclaration de patrimoine.

En Afrique il ya pas mal d’exemple dans ce genre de cas comme feu Thomas Sankara qui fut une fugure très humble de l’espace politique africaine. C’est pas parcequ’on est un dirigeant qu’on doive se permettre d’utiliser à tort et à travers l’argent du contribuable et laisser les populations dans la misère. Les milliards gaspillés dans les campagnes pourraient servir dans l’agriculture, la santé et j’en passe.

PUBLIC ET FANS FÉMININS

« Bon nous avons un public large il n ya pas que des filles. De 98 à maintenant le public s’est renouvelé. A chaque fois qu’on fait des concerts au Just 4 U, ou des plateaux un peu exceptionnels même en France, on retrouve d’anciens fans. Ca veut dire que jusqu’à présent ils suivent. Mais le public s’est renouvelé. A Ziguinchor, Saint-Louis et Parcelles Assainies où on a été dernièrement, les gens nous ont répondu massivement. Et tout ça c’est un public nouveau.

On essaie même de dynamiser au niveau des fans clubs et de faire quelque chose pour eux. Ils représentent beaucoup pour nous, c’est la famille meme du groupe. Ce sont eux qui appellent, qui viennent aux concerts ; ce qui est énormément difficile. C’est l’occasion vraiment de les remercier car ce qu’ils font, c’est tout simplement beau et fantastique. »

Entretien réalisé par Omar Diouf, Maké DANGNOKHO et Ndella NDOUR

Source : Le Soleil

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