La mobilisation de l’électorat noir,démocrate à 90 % et a priori tout acquis à Obama, sera décisive. Mais un récent article de The New York Review of Books (1) met en lumière les handicaps techniques qui peuvent pénaliser la participation des Noirs. Pour pouvoir voter, mieux vaut ne pas être noir. Ces derniers sont six fois plus nombreux que les Blancs dans les prisons. Les condamnés sont privés de leurs droits civiques et rayés des listes électorales. Par le jeu des liens de parenté et des homonymies (les mêmes noms se retrouvent fréquemment dans un même secteur), les Noirs ont donc plus de risques de se voir radier des listes par erreur que les Blancs.
Contre la discrimination positive
Dans une louable intention, l’Indiana exige désormais que les électeurs produisent une pièce d’identité avec photo lors du vote. La carte d’identité n’étant pas obligatoire aux Etats-Unis, un passeport ou un permis de conduire suffit. Problème : un tiers seulement des Américains ont un passeport et 14,3 % n’ont pas de permis de conduire. Les Noirs sont particulièrement surreprésentés dans ces catégories : en 2005, à Milwaukee (Wisconsin), plus d’un adulte noir sur deux ne possédait pas de permis, contre 15 % seulement chez les Blancs.
L’élimination des électeurs fantômes-ceux qui sont décédés ou qui ont déménagé-frappe plus particulièrement les Noirs. L’une des méthodes consiste à éliminer les électeurs qui n’ont pas répondu à un courrier officiel revenu sans destinataire (c’est le même système en France). Or les familles noires déménagent beaucoup plus que les blanches, notamment en ville. Résultat : sur 35 000 citoyens rayés des listes de l’Ohio en 2004, la plupart vivaient en milieu urbain dans des quartiers à fortes minorités, noire en particulier. Un juge fédéral a voulu mesurer l’impact racial d’une telle procédure. Sur un échantillon où les Noirs ne représentaient que 13 % des électeurs « vérifiés », ils totalisaient 26 % des expurgés. Alors que, parmi les Blancs, qui constituaient les deux tiers de l’échantillon, seulement 17 % étaient rayés des listes.
Le 4 novembre, enfin, on ne vote pas seulement pour désigner le président, le représentant, voire le sénateur. Le Colorado et le Nebraska se prononcent également ce jour-là dans le cadre d’un référendum d’initiative populaire sur l’interdiction de l’ « affirmative action », c’est-à-dire la discrimination positive en faveur des minorités. De tels référendums ont déjà eu lieu en Californie ou dans le Michigan : 65 % des électeurs blancs ont voté contre la discrimination positive, qui, à leurs yeux, favorise trop les Noirs. Ces scrutins, organisés le jour où un candidat noir se présente pour la première fois à l’élection présidentielle, sont susceptibles d’en influencer l’issue
