‘’Le Sénégal a pris un très mauvais départ sur le plan fiscal. De 1961 à 1964 déjà, l’impôt a augmenté de 1% sans pouvoir couvrir les besoins de l’Etat. C’est pourquoi nous avons recouru à la dette et aux dons’’, a dit M. Sy.
El-Hadj Malick Sy ‘’Souris’’, fonctionnaire à la retraite, donnait une conférence sur le thème de ‘’l’évolution économique du Sénégal à travers l’impôt, de 1961 à 2007 : leçons apprises et urgence d’un nouveau modèle de développement’’.
Cette rencontre est la première d’une série qu’envisage d’organiser la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (CNES), pour contribuer à la ‘’la relance’’ de l’économie sénégalaise, suite à la crise financière et économique.
‘’Nous n’avons pas pu remettre en cause les principes du modèle fiscal colonial. Il n’y a eu aucune cohérence entre les recettes et les dépenses. C’est un vice originel. Il n’y a pas eu la remise en question du droit fiscal colonial, que nous avons conservé jusqu’à maintenant. Le Sénégal a toujours la même cartographie fiscale qu’en 1961. C’est ce qui est dommage’’, a commenté M. Sy, diplômé de l’Ecole nationale des impôts de Paris (France).
Selon M. Sy, ancien directeur général des impôts et domaines du Sénégal, ‘’le plan fiscal sénégalais est complètement déconnecté de l’activité économique. Il n’y a pas eu d’harmonie entre ces deux éléments et le programme d’ajustement structurel (PAS, la politique libérale imposée par la BM et le FMI) a détruit les paramètres, sur le plan économique et fiscal.’’
‘’Une étude doit être menée, il y a le besoin de revoir cette déconnexion’’, a-t-il souligné.
Ce système fiscal défectueux a fait que ‘’Senghor n’avait pas les moyens de sa politique. C’est seulement à partir de 1994 que nous sommes revenus à une liberté d’action de l’Etat, après le diktat des institutions financières. La capacité d’action de l’Etat (dans le domaine des finances) était vraiment nulle jusqu’en 1994’’, s’est-il souvenu.
‘’Jusqu’en 2004, a-t-il constaté, la dette a été permanente et insoutenable. Les recettes fiscales ont été extrêmement favorables et la capacité d’action de l’Etat a été importante ces dernières années.’’
Parce que ‘’nous n’avons pas de stratégie sur le plan mondial, il ne nous reste alors que la dette, les impôts et les domaines. L’impôt au Sénégal, c’est fondamental. L’impôt a une fonction de stabilisation, de régulation, de redistribution et comble les inégalités sociales’’, a-t-il relevé.
‘’Nous n’avons pas pris l’engagement de résoudre nos problèmes nous-mêmes et selon nos propres moyens. C’est un pays parti sur des bases coloniales, un pays où l’on produit ce que l’on ne mange pas et mange ce que l’on ne produit pas. Rien n’est produit au Sénégal’’, a-t-il ajouté pour souligner l’extraversion de la consommation sénégalaise.
