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Entretien avec Macky Sall S-G APR/Yaakar : « Il est hors de question qu’on touche à la Constitution pour un créer une Vice-présidence »

mardi 7 avril 2009

Après les élections locales qui constituent sa première participation à des consultations, en tant que chef de parti politique, le leader de l’Apr/Yaakar, Macky Sall, ex-maire de Fatick, a répondu à nos questions, au terme de sa réunion d’évaluation avec les responsables de son parti à Dakar. L’ancien président de l’Assemblée nationale s’est prononcé sur les élections, le rôle de sa Coalition « Dekal Ngor » au sein de la Mouvance de l’Opposition, sur le choix des futurs élus locaux et, enfin, sur l’idée de la création d’une Vice-présidence.


ELECTIONS LOCALES

Je tenais d’abord à remercier la presse pour sa mobilisation lors des élections locales. Vous vous êtes tous mobilisés, dans toutes les localités du pays. Je pense que, sur ce point, nous avons atteint nos objectifs. Il est certain, aujourd’hui, que notre départ de la Coalition Sopi a beaucoup réduit les forces de la mouvance présidentielle. Car ils ont perdu presque toutes les localités qu’ils avaient l’habitude de gagner, depuis 1993 ou avant, dans la région de Dakar. Cela était notre premier objectif. L’autre point, c’est que notre parti a été lancé le 1er décembre. Et le 20 janvier, on est amené à déposer les listes, C’est-à-dire que 50 jours après le lancement du parti, nous sommes allés aux élections. Nous n’avions pas de récépissé, sans compter les difficultés qu’on nous a créées devant l’opinion nationale et internationale.

C’est dans ces conditions que l’Apr et ses alliés sont allés aux élections locales. Nous sommes allés avec les partis membres du front « Benno Siggil Senegal ». Cela n’a pas été facile, il faut le reconnaître. Nous avions donné mandat aux responsables, à la base, pour discuter avec nos alliés du front « Benno Siggil Senegal » afin de voir comment aller ensemble aux élections. Dans certaines localités, nous avons pu trouver un consensus. Mais dans d’autres localités, cela n’a pas été possible. C’est ainsi que nous avons décidé de mettre sur pied la Coalition « Dekal Ngor ». Il faut retenir que « Dekal Ngor » ne représente notre force véritable. Cette Coalition a été la cerise sur le gâteau. C’est la raison pour laquelle quand j’entends des gens disent que l’Apr ne représente que 2%, je me dis qu’ils passent à côté. Il faut les laisser parler. Même moi, qui suis leader de ce parti, je suis allé aux élections dans la Coalition de « Benno Siggil Senegal ».

Donc on ne peut évaluer la représentativité de l’Apr sur la base des résultats de la Coalition « Dekal Ngor ». Il faut, du reste, reconnaître que les résultats obtenus par la Coalition « Dekal Ngor » sont honorables et extrêmement importants. A travers ces élections, mes militants ont montré l’identité de l’Apr. Nous sommes désormais présents partout dans le pays. Il est difficile, voire rare de voir un parti, qui n’a pas encore deux mois, avoir une forte présence partout dans le pays. C’est cela la vérité que personne ne peut nier. C’est l’œuvre de Dieu. Au vu de tout cela, je peux manquer de remercier mes militants qui sont à l’origine de tout cela.

LA PRESENCE DE L’ARGENT DANS LA CAMPAGNE

Il n’a pas été décisif. Si l’argent était effectivement important, nous n’aurions pas gagné dans certaines localités. L’opposition n’aurait pas pu battre la Coalition Sopi. Si on réunissait le budget de l’ensemble des partis membres de la Coalition « Benno Sigil Senegal », ce ne serait rien par rapport au budget dégagé par la Coalition Sopi, dans un département du Sénégal. Le problème, ce n’est pas une question d’argent. L’apport de l’argent n’est pas déterminant dans une élection. Il est important que nos responsables comprennent cela et enlèvent cela de leur esprit.

S’ils croient à la force l’argent, ils ne travailleront pas. Le secret, c’est la présence sur le terrain. Il faut être avec les populations, travailler avec elles et les servir. Il faut discuter avec les populations sur les problèmes du pays et les écouter. Cela est mieux que de faire des caravanes. C’est bien beau et même important d’organiser des caravanes, mais il faut favoriser les contacts sur le terrain avec les populations et les militants. C’est ce contact avec les populations qui est à la base de nos bons résultats.

CHOIX DES FUTURS MAIRES ENTRE « BENNO » ET « DEKAL NGOR »

Il faut que tout le monde accepte que l’apport de l’Apr et de la Coalition « Dekal Ngor » a été déterminant dans la victoire de la Coalition « Benno Siggil Sénégal ». Quand je parle de « Dekal Ngor », je pense au travail important abattu par les camarades Saleh et Badiane, qui sont à l’origine de la création de la Coalition « Dekal Ngor ». Ce sont eux, en tant que chefs de parti, qui nous ont donné leur récépissé. Des personnes nous avaient promis leur récépissé, mais quand il s’est agi de passer à l’acte, elles sont tous parties. Et pourtant, on nous avait promis plus d’une quinzaine de récépissés. J’en profite pour remercier MM. Saleh et Badiane. Donc, nous avons amené leur contribution sur la victoire de la Coalition « Benno Siggil Sénégal » au niveau national.

En dehors du Sud du pays, nous avons mené une campagne nationale. Et nous avons gagné partout où nous nous sommes rendus. Si je savais, j’aurais battu campagne dans le Sud pour que le phénomène de contamination puisse arriver là-bas. Mais rien n’est perdu. Nous allons travailler davantage, en faisant le tour du pays, pour faire le travail que les Sénégalais attendent de nous.

Ce que je peux retenir, c’est que le 22 mars, le peuple Sénégalais a parlé en toute discipline et responsabilité. Les Sénégalais se sont mobilisés pour dire non à la gouvernance actuelle. C’est un enseignement extrêmement important. Le peuple sénégalais a donné une réponse claire, qui permet d’élargir la démocratie dans ce pays. Le rôle joué par notre parti est déterminant. En plus, c’est un devoir d’avoir toujours ce comportement auprès des populations.

Maintenant, les élus de l’Apr doivent avoir une ligne de conduite. Nous devons faire une évaluation critique de notre participation à ces élections. On ne peut se contenter de seules félicitations. Nous devons également essayer voir ce qui n’a pas marché. Après avoir félicité les militants, nous devons faire une évaluation objective des forces et faiblesses. Si nous voulons avancer, nous devons corriger nos faiblesses pour savoir pourquoi nos résultats n’ont pas dépassé ce que nous avons aujourd’hui.

Il faut reconnaître que nos potentiels dépassent nos résultats, dans la région de Dakar. Aussi, j’invite les responsables à faire une évaluation au niveau de chaque commune d’arrondissement et chaque département. Déjà, les premières évaluations nous ont montré que l’Apr se positionne toujours à la première, deuxième ou troisième place, au niveau national, devant deux grandes coalitions composées, chacune, de plus de 30 partis.

Cela veut dire qu’en tant parti politique, pris individuellement, aucune formation n’est devant nous. Nous ne dirons pas que nous sommes devant partout, mais ce qui est clair, c’est qu’aucun parti politique n’est sorti aux élections mieux que nous. Mais nous devons travailler davantage, parce que nous voulons servir le Sénégal et ce n’est pas avec de tels résultats qu’on réussira. Il faut qu’on travaille encore plus.

Nous allons avoir une approche particulière au niveau des départements de Dakar, Pikine et Guédiawaye, qui constituent le grenier électoral du Sénégal. Nos représentants dans les collectivités locales doivent avoir un comportement responsable, car on ne peut pas décrier ce que font les autres et avoir un mauvais comportement. Au départ, nous avons dit : « ensemble », c’est-à-dire « Benno ». Et Dieu a fait que nous avons gagné ensemble. Donc ensemble, nous devons gouverner. Nous n’accepterons jamais qu’on nous écarte, après avoir gagné ensemble ces élections. Ce n’est pas la peine que j’insiste.

Cela ne veut pas dire, par ailleurs, que la Coalition « Benno » est divisée ou est menacée d’implosion. Mais, seulement, quand des gens travaillent ensemble, il faut qu’ils se disent la vérité. Les problèmes qui existent dans la Coalition « Benno » sont dans l’ordre normal des choses et nous devons les poser pour trouver une solution. Le débat sur ces questions ne peut détruire cet élan unitaire qui existe dans la Coalition de l’Opposition. Il y a des localités où il y a la liste « Dekal Ngor », mais la Coalition « Benno » gagne, c’est normal qu’elle gouverne. Moi, je suis un démocrate. Mais dans les localités que nous avons gagnées, ensemble, il faut qu’on discute d’abord avant de choisir les élus. Les listes, telles qu’elles sont faites, ont donné lieu à des confusions.

Moi-même, j’étais parfois désorienté. C’était difficile pour nous, à fortiori pour les populations, de se retrouver entre « Dekal Ngor » et « Benno Siggil Senegal ». Nous devons nouer une collaboration pour travailler ensemble. Il y a des localités gagnées par « Dekal Ngor » et d’autres par « Benno », mais j’ai dit qu’on doit travailler en partenaire. Nous devons comprendre la nécessité, pour nous, de travailler pour servir les populations.

Nous n’avons pas été élus pour vendre des terrains. Un responsable de l’Apr, qui sera cité dans des histoires de vente de terrain, sera sanctionné et exclu du parti. Nous n’accepterons pas que l’image de notre parti soit ternie. Je tenais aussi à expliquer que les élus n’ont pas de moyens de leur travail. J’estime que, par rapport à la Décentralisation, le transfert de compétences doit être suivi par un transfert de moyens. La loi doit être appliquée en matière de gestion des affaires.

C’est pourquoi je ne comprends pas, quand le chef de l’Etat dit qu’il veillera à l’application stricte de la loi, alors qu’à ce jour, nous n’avons pas encore reçu notre récépissé. Sur ce plan-là, Wade ne doit pas faire moins que Senghor et Diouf. Il doit nous remettre notre récépissé. Tous les partis qui ont déposé ont obtenu leur récépissé. Ce n’est pas normal qu’on coure derrière un récépissé depuis décembre.

VICE-PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE

La Vice-présidence de la République suppose une modification de la Constitution. C’est un changement tellement important qu’il ne peut être opéré qu’autour d’un véritable dialogue national, avec tous les partis politiques. A défaut, il faudrait soumettre la question au peuple, souverain, à travers un référendum populaire. Mais il est hors de question qu’on touche à la Constitution pour créer une Vice-présidence. Nous ne pouvons par accepter que, par des réformes parlementaires, à travers une Assemblée nationale décriée, un Sénat illégitime, on veuille procéder à de telles réformes. Nous pensons que cela ne va pas aider à l’apaisement, d’autant plus que nous ne connaissons pas le contenu de ce poste de Vice-président.

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