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Gorgui Ndiaye, chanteur Mbalax : « Nous devons revoir nos textes... »

samedi 11 avril 2009

C’est dans une ambiance fort chaleureuse, décontractée, à Rufisque qui garde jalousement ses souvenirs de ville jadis nantie, que nous avons pu approcher ce digne fils lébou, en l’occurrence Gorgui Ndiaye. Un chanteur sans façon qui trace lentement mais sûrement un riche parcours dans le monde de la musique. Un métier qui n’est pas aisé à l’en croire et comportant beaucoup de tracas...


Gorgui Ndiaye, et si je vous demandais de vous présenter...

"Bon, tout simplement que je m’appelle Gorgui Ndiaye. Je suis né à Rufisque et que j’y ai grandi. Rufisque est mon fief et je l’aime de tout mon cœur. Et enfin, comme tout le monde le sait certainement, je suis artiste-compositeur."

Depuis quand faites-vous de la musique ?

J’ai commencé à chanter dans les environs de 1989.

Et peut-on savoir ce qui vous y a fait entrer ?

Vous n’êtes pas sans savoir que je suis né dans une famille gawlo. Presque toute ma famille chante, mon père, ma tante paternelle... Ainsi, dans un tel environnement, je ne pouvais que chanter. Je suis gawlo de père et de mère, les chansons, c’est ce qui nourrit mon âme et c’est avec un immense plaisir de me définir comme chanteur.

Rufisque et Gorgui Ndiaye, on dirait bien une histoire d’amour...

Tu ne sais pas si bien dire. Rufisque, je dirai que c’est ce que j’ai de plus beau et quelque soit la position que j’aurai à occuper un jour, je resterai toujours ce digne fils de TengGuedj. Un chanteur disait à juste titre qu’on ne peut jamais être plus élevé que sa ville natale et c’est justement mon cas. En matière d’artistes, je dirais que Rufisque est très bien lotie, des artistes les plus en vue viennent de là. Je suis lébou de Rufisque, je le revendique, c’est mon droit et je le resterai ma vie durant !

A écouter ta musique, on devine bien que le mbalax est ton style...

Bien sûr mais j’ajouterais que c’est un mbalax métissé. Il y a du tout dans mes morceaux, en allant de l’acoustique, au jazz et autres. Dans un tel contexte de mondialisation, nous devons faire adapter nos chansons à l’exigence du monde entier. Ainsi elle se vendrait mieux, surtout au niveau international. Je pense que pour faire écouter de la musique sénégalaise à un Européen par exemple, il n’est pas obligatoire de lui parler européen dans les textes. Il faut savoir bien le mixer tout en le faisant provenir directement du cœur, car, ne dit-on pas que ce qui vient du cœur va directement au cœur. Il suffit de suivre son cœur et le reste vient tout seul et d’avoir aussi du talent de chanteur, c’est extrêmement important.

Justement, ça nous mène aux thèmes que tu développes dans tes albums. Qu’est ce qui vous inspire ?

D’abord je suis Sénégalais et comme tout Sénégalais, je vis les réalités sénégalaises. En tant qu’artiste, je dois apporter ma pierre à l’édifice car, au Sénégal, rien ne semble plus aller comme on le veut. Je m’inspire beaucoup de nos réalités quotidiennes telles que les grossesses non désirées, l’importance de la bénédiction d’une mère pour son enfant...

Et l’immigration clandestine que vous avez abordée dans ton dernier album "Arc en ciel " ?

Oui « Mbeekk mi » c’est-à-dire l’immigration clandestine et les problèmes qu’elle engendre inexorablement dans les familles. Presque chaque famille à sa part du gâteau (et si je dis gâteau, je suis en train sûrement d’ironiser) dans ce terrible fléau qui entraîne plus de mal qu’elle ne crée du bien. Rufisque est une ville à majorité léboue et partout où il y a des lébous, ce phénomène tend à se développer immanquablement du fait du type d’activité qu’ils développent, la pêche en haute mer alors vous voyez bien le lien. Je ne cesse de recevoir des coups de fil de parents qui ont eu des proches victimes de ce fléau.

Ils apprécient beaucoup ce morceau et j’ai énormément mal pour eux. Il suffit de se mettre un tout petit instant à leur place pour comprendre combien est grande leur douleur ! Il faut vraiment que des solutions efficaces soient apportées au plus vite pour éradiquer une bonne fois pour toute ce phénomène qui dépeuple de plus en plus le Sénégal et au-delà de nos frontières, l’Afrique toute entière.

Donc, à vous entendre parler, l’album marche bien,

On remercie le Bon Dieu. Tous les fans ont apprécié et continuent d’en redemander donc ça passe bien. Le point noir dans tout cela c’est la piraterie qui ne cesse de gangrener le milieu de la musique. Il faut vraiment que les moyens pour rayer ce mal se révèlent beaucoup plus efficaces sinon c’est la catastrophe assurée pour nous, pauvres artistes qui peinons à nourrir nos familles.

Vous voulez nous faire croire que vous n’êtes pas riche...

Absolument que je ne le suis pas ! Les gens apprécient l’album mais au lieu d’acheter les produits holographiés pour aider l’artiste, ils préfèrent le moins cher.

Comment vivez-vous la crise économique que l’on traverse en ce moment ?

La crise, elle n’est pas seulement sénégalaise, elle est surtout mondiale. Tout est devenu cher alors ça se répercute immanquablement dans l’économie de notre pays surtout quand on sait que nous sommes très dépendants des autres pays dans beaucoup de domaines. Cependant, l’action du gouvernement devrait être pour amoindrir le choc avec des subventions et autres mais malheureusement, tel n’est pas le cas et la population souffre terriblement. Comme je le dis dans un de mes titres dans mon dernier album, qui parle de politique, je conseille aux gens de voter et de s’en tenir là : tout citoyen a droit au vote mais si on pouvait éviter les violences, ce serait vraiment très bien, ça ne sert à rien sinon qu’à détruire un pays.

A part la musique, développez-vous des activités annexes ?

Absolument ! Je profite de l’occasion que m’offrent mes tournées pour faire du commerce. Nous exportons des produits locaux tels que le couscous sénégalais, le bissap, le fonio et autres vers l’Espagne et ça marche bien. Nos parents qui sont dans les pays étrangers, éprouvent souvent le besoin de s’alimenter en produits de chez nous et nous leur en offrons la possibilité.

Gorgui Ndiaye a-t-il des duos en perspective ?

Je prépare quelque chose avec Youssou Ndour qui se trouve être un parent et, inchallah, on verra le moment venu. Pour l’instant, il m’est impossible d’en dire plus.

Et concernant votre carrière internationale ?

On a eu à sillonner beaucoup de villes françaises : Toulouse, Marseille, Paris et c’était pas mal du tout

Entre vous et vos confrères artistes chanteurs, marche-t-il bien ?

Formidablement bien. Ils sont tous des amis et on se respecte mutuellement et je pense que s’il y a ça dans toute relation, eh ben, cette relation est appelée à durer. On note néanmoins parfois quelques discordes entre nous mais ceci est dû au caractère suspicieux qui nous est bien particulier nous sénégalais ; on ne voit que le côte négatif d’autrui. « Parfois j’ai bien envie d’aller voir un Massamba mais ce Massamba risque de voir cette visite d’un mauvais côté alors je me retiens » c’est ce qui fait que les relations entre nous ne sont pas aussi bien étendues. Chacun reste sur ses gardes.

Votre impression sur la musique sénégalaise d’aujourd’hui par rapport à celle d’antan...

Je dirais que la musique en tant que telle a enregistré une nette amélioration contrairement aux chanteurs qui ont sensiblement régressé. N’importe qui maintenant se prétend chanteur alors que le métier n’est pas aussi facile que ça. Il faudrait vraiment qu’ils aillent revoir leurs textes car la musique ne ment pas. Ce qui vient du cœur entre forcément au cœur.

Question personnelle : Etes-vous marié ?

Oui j’ai deux femmes, des enfants, bref, toute une famille que j’essaie d’éduquer suivant les préceptes de l’Islam. Ce qui est devenu vraiment difficile de nos jours avec la dégradation des mœurs notée.

Votre plat préféré ?

Du riz au poisson fumé...

Propos recueillis par Ndella NDOUR (Stagiaire)

Source : Soleil

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