Lui qui a toujours clamé qu’être fils de Président n’est pas un statut ? Il doit pour convaincre de sa sincérité répondre à ce questionnement légitime. Il y a d’autant plus intérêt que le Sénégal, à notre humble connaissance, n’a jamais jusqu’ici élu un Président de la République sur la base de simples critères de naissance. Nous osons espérer que notre République reste toujours debout et notre démocratie toujours vivante. Karim et ses soutiens, comme d’autres citoyens sénégalais, ont le devoir de préserver et perpétuer ces valeurs de République et de Démocratie que nous partageons. Ce pays, cela doit être clair pour tous, particulièrement pour la jeune génération, ne nous a pas été donné ; il nous a été légué. Et demain nous le léguerons à d’autres générations avec obligation de bilan.
Au sujet de la Génération du Concret, notre questionnement s’est fait plus vif après avoir lu à la Une d’un journal les photos des cinq mousquetaires qui animent le mouvement : à côté de Karim Wade, Abdoulaye Baldé, Hassan Bâ et nos deux confrères Madior Sylla et Cheikh Diallo. Si, pour ceux d’entre eux que nous avons le privilège de connaître ou au moins de côtoyer, leur intelligence, leur professionnalisme et leur sérieux ne font aucun doute, il y a lieu objectivement de s’interroger sur leur capacité réelle à diriger un Etat comme le Sénégal.
Nous ne parlons pas d’expérience. Barack Obama, puisque c’est l’exemple le plus récent en termes d’audace électorale, a été élu président des Etats-Unis devant plus expérimentés que lui. Encore que ce n’est pas n’importe qui, qui est autour du successeur de Bush. Notre propos est ailleurs. De quels hauts faits d’armes peut se prévaloir notre « cinq majeur » pour convaincre les Sénégalais à leur accorder leur suffrage ? Avouons pour le moment que ce quinté n’est pas la « Dream -Team » dont le Sénégal peut rêver. Loin de notre « I have a dream » à nous ! A Wade fils, Baldé, Bâ, Sylla, Diallo et consorts de prouver aux Sénégalais le contraire.
Pour cela, ils doivent savoir que la gestion d’un Etat sérieux, et le Sénégal l’est, est très différente d’une quelconque ruse à « fabriquer un candidat » et à le faire gagner éventuellement. La politique, art de gérer les affaires de la cité, n’est pas non plus « seulement une affaire de porte-monnaie ». En même temps qu’elle fait appel à davantage que cela, elle est aussi et surtout « une question morale, sujette à des impératifs moraux ».
Dans son ouvrage « L’Audace d’espérer » qui donne une certaine idée de comment il va gouverner l’Amérique, Barack Obama -encore lui- écrit ces mots : « Par ces brèches dans le mur du statu quo, toutes sortes d »intrus« se sont engouffrés (...), tous exigent une place à table et une part du gâteau ». Des mots d’une terrible actualité sénégalaise ! Et qui interpellent les responsables et « militants » de la Génération du Concret, comme du reste, une importante partie de notre classe politique et de notre société.
Quant à notre propos « concrétiste », le bilan de la gestion des travaux confiés à l’Anoci se fait toujours désirer. Qu’on ne s’y trompe point. Ce bilan ou audit avec la transparence requise est un préalable à toute ambition.
Mamoudou Ibra Kane, Dir. RFM
