Saisie par le journaliste Abdou Latif Coulibaly pour enquêter sur des faits de corruption et de malversations à grande échelle commis à la Lonase sous le magistère de Baïla Alioune Wane, la Commission nationale de lutte contre la corruption, la concussion, la non-transparence et la corruption (Cnlc) a déposé son rapport sur la table du Président Wade, la semaine dernière. Les conclusions de la Cnlc sont très accusatrices contre le directeur général de la Lonase et des poursuites judiciaires sont demandées au chef de l’Etat.
Le lièvre levé par le journaliste Abdou Latif Coulibaly dans son livre « Loterie nationale sénégalaise, chronique d’un pillage organisé » continue de faire des vagues. Cette publication sous forme d‘une lettre publique adressée au président de la Commission nationale de lutte contre la corruption (Cnlc) a eu à susciter la polémique, ces derniers mois, au point que le Directeur général de la Lonase, Baïla Alioune Wane portât plainte devant le Tribunal régional hors classe de Dakar pour diffamation contre le journaliste et son éditeur. L’affaire attend encore d’être vidée, faute de paiement par le plaignant d’une consignation de cinquante mille francs Cfa fixée par le Tribunal correctionnel. Mais, la roue tourne et s’emballe même. La Commission nationale de lutte contre la corruption (Cnlc), qui avait mené des investigations sur cette affaire a déposé ses conclusions sur la table du président de la République. Mardi 13 novembre dernier, le cabinet du Président Abdoulaye Wade a reçu le rapport de la Cnlc sur l’affaire dite de la Lonase.
Après plus de deux mois de travaux, les conclusions de la Cnlc sont sans équivoque. L’organisme dirigé par le magistrat à la retraite, Abdoul Aziz Bâ, demande au chef de l’Etat de saisir la Justice de faits « graves apparus au cours des investigations ». En effet, la Cnlc qui avait entendu Abdou Latif Coulibaly à plusieurs reprises ainsi que le Directeur général de la Lonase, le président du Conseil d’administration de cette société nationale ainsi que divers cadres et responsables d’entreprises client de la Lonase, a donné du crédit aux accusations formulées par le journaliste. Mieux, la Cnlc constate que de nombreux actes de gestion pris par Baïla Alioune Wane sont répréhensibles. La Commission a estimé dans son rapport que certains actes de gestion de Baïla Alioune Wane sont passibles de poursuites pénales pour des chefs de détournements de deniers publics, de concussion, d’abus de biens de sociaux, entre autres. A tout le moins, la Cnlc conclut que « la gestion de l’actuel directeur général de la Lonase est fortement présumée corruptrice et non transparente ». La Cnlc a aussi mis le doigt sur des actes de délits d’initiés et de graves conflits d’intérêts.
Les supposés complices de Baïla Alioune Wane ne sont pas aussi épargnés. La Cnlc demande que les poursuites soient étendues à des prestataires de services de la Lonase dont Paul Benichou, directeur général des sociétés High Tech Africa (Hta) et Nsx, qui a parfois joué un rôle très actif dans la gestion de la Lonase, agissant en tant que mandataire de la société nationale. Paul Benichou a bénéficié d’une large délégation de pouvoirs de gestion que lui a octroyée Baïla Alioune Wane. Les préjudices subis par la Lonase, du fait des agissements de son « directeur général bis », se chiffrent à plus de deux milliards de francs Cfa.
Oumou Wane Mahé, épouse du « match maker » Gael Mahé n’a pas été en reste. La Cnlc la cite parmi les complices attitrés de Baïla Alioune Wane. Mme Mahé, qui dirige la société Code Africa a empoché d’importantes sommes d’argent (plus de cinq cent millions de francs Cfa) dans des conditions peu orthodoxes, de l’avis des membres de la Cnlc.
Les faits relatés par la Cnlc apparaissent graves. On ne sait pas encore quel sort le Président Abdoulaye Wade compte réserver au rapport de cette structure.
Ablaye RANERA
Source : Le Quotidien
