Aucune issue n’était en vue samedi soir au conflit armé entre la Russie et la Géorgie. Le Premier Ministre russe Vladimir Poutine a qualifié l’intervention de son armée de « légitime » tandis que la Géorgie en appelait à l’aide internationale pour faire face à une « invasion russe ». Le Conseil de sécurité de l’ONU s’apprêtait au même moment à tenir une réunion informelle pour aboutir à un texte de compromis et l’Union européenne prévoit un sommet exceptionnel en début de semaine.
La Géorgie a porté un « coup mortel » à son intégrité territoriale et recouvrera « difficilement » sa souveraineté sur l’Ossétie du Sud après avoir attaqué ce territoire indépendantiste, a estimé samedi le Premier ministre russe, Vladimir Poutine.
« Un coup mortel a été porté à l’intégrité territoriale de la Géorgie, un dommage considérable (a été provoqué) à sa souveraineté étatique : il est difficile de s’imaginer comment il sera possible après tout ce qui s’est passé (...) de convaincre l’Ossétie du Sud de faire partie de l’Etat géorgien », a dit Vladimir Poutine.
Il s’exprimait à Vladikavkaz, la capitale de la république russe d’Ossétie du Nord, voisine de la région séparatiste d’Ossétie du Sud, où il est arrivé samedi en provenance de Pékin.
Le Premier ministre, dont les déclarations étaient retransmises à la télévision, a dénoncé « la politique criminelle » de la direction géorgienne et a qualifié de « légitime » et de « nécessaire » l’action de la Russie en Ossétie du Sud.
Cette déclaration a été faite après une nouvelle journée de combat, où l’armée russe a affirmé avoir repris le contrôle de Tskhinvali, la capitale de l’Ossétie du Sud. Tandis que la Géorgie affirmait avoir bloqué une autre offensive en Abkhazie, le second territoire séparatiste du pays.
Aucun bilan des morts durant les combats ne peut encore être fait, les deux camps multipliant les communiqués contradictoires.
Les inquiétudes de la communauté internationale sont montées d’un cran après le bombardement par la Russie du port géorgien stratégique de Poti, où se trouve un terminal pétrolier. Les dirigeants occidentaux ont exhorté samedi la Russie à mettre fin aux violences face à son voisin géorgien.
EFFORTS DIPLOMATIQUES
Les efforts diplomatiques internationaux se multiplient pour tenter d’aboutir à arrêt de l’escalade de la violence dans la région. La France a accepté samedi soir la tenue d’un sommet exceptionnel de l’Union Européenne, à la demande de la Pologne, « »au début de la semaine prochaine« . Le ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner, sera envoyé en Géorgie »dès que possible", a aussi annoncé le gouvernement français.
Plusieurs pays européens ont rendu public des déclarations très fermes à l’égard de la Russie. C’est le cas des trois pays baltes (Estonie, Lettonie et Lituanie) et de la Pologne, qui ont ont solennellement demandé à l’UE et à l’Otan de « s’opposer à la propagation de la politique impérialiste et révisionniste dans l’est de l’Europe ».
Membres de l’UE depuis 2004, la Pologne et les trois républiques baltes, annexées par l’URSS pendant presque 50 ans, n’ont cessé de critiquer la position qu’ils jugent trop accommodante de l’UE envers la Russie.
La Suède a évoqué Adolf Hitler pour dénoncer la Russie qui, selon le royaume scandinave, se livre en Géorgie à une « agression incompatible avec le droit international ». « Nous avons des raisons de nous rappeler comment Hitler, il y a un peu plus d’un demi-siècle, a utilisé une telle doctrine pour saper et attaquer des zones considérables d’Europe centrale », a déclaré dans un communiqué le ministre suédois des Affaires étrangères Carl Bildt.
Le Conseil de sécurité de l’ONU s’apprêtait à tenir samedi une réunion informelle de ses 15 membres, dans une nouvelle tentative pour parvenir à une déclaration de compromis appelant à un cessez-le-feu en Ossétie du Sud entre la Géorgie et la Russie.
« Il va y avoir des consultations informelles (des 15 membres du Conseil de sécurité) à 15H30 (19H30 GMT) aujourd’hui concernant la situation en Géorgie », a déclaré à l’AFP Peter Van Kemseke, porte-parole de l’ambassadeur de Belgique aux Nations unies, Jan Grauls, qui assure la présidence du conseil ce mois-ci.
Le président géorgien Mikheïl Saakachvili a déclaré samedi sur CNN que la Géorgie était « prête » à un cessez-le-feu si la Russie mettait fin à ses bombardements, estimant qu’« il devrait y avoir un désengagement » et appelant à « une internationalisation » de ce processus.
Le Conseil de sécurité avait échoué pour la deuxième fois vendredi soir, à l’issue d’une réunion houleuse, à se mettre d’accord sur une déclaration de compromis proposée par la Belgique, appelant les parties en conflit à « faire preuve de retenue et à s’abstenir de nouveaux actes de violence ou démonstrations de force ».
Mais plusieurs diplomates à l’ONU ont indiqué que la Russie, qui dispose d’un droit de veto au Conseil de sécurité, pourrait faire en sorte que les discussions piétinent afin de laisser à ses troupes suffisamment de temps pour déloger les forces géorgiennes d’Ossétie du Sud, indépendante de facto de Tbilissi depuis l’effondrement de l’URSS en 1991 et soutenue par Moscou.
Source : Libération.fr
