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Nouvel an - Message à la nation du président sénégalais : Un Wade tenaillé par la crise

vendredi 2 janvier 2009

Président Wade avait lors de son discours à la Nation une bonne occasion d’être exhaustif, mais il n’a pas su l’exploiter. Car entre 2007 et 2008, se limiter à soutenir que c’est seulement trois erreurs qui ont été commises, c’est déjà faire une erreur. Et Wade a eu une mémoire très sélective en ce 31 décembre 2008.


« Entre 2007 et 2008, nous avons commis des erreurs. Nous avons donc reconnu nos erreurs et, au même moment, nous nous sommes engagés à les éviter à l’avenir. » Les téléspectateurs n’ont pas rêvé en ce dernier jour de l’année 2008. C’est bien le président de la République du Sénégal qui a eu à prononcer ces mots. Abdoulaye Wade fait son mea culpa en mettant le doigt sur la plaie. Une bonne manière de s’amender et surtout de se faire pardonner. Seulement malgré le fait que « le nouveau ministre du Budget, en toute bonne foi, avait fait des avances hors budget, en attendant les crédits qui devaient normalement venir », et bien que « nulle part une trace de malversation ou de corruption » n’a été trouvée, il y a eu un limogeage. Celui de Ibrahima Sar, ministre du Budget.

Avec l’aveu de ces erreurs, le cito-yen sénégalais avait ainsi de quoi se mettre sous la dent. C’est tellement rare cette attitude qu’il faut bien savoir pardonner, savoir passer l’éponge et se projeter sur l’avenir. Le seul hic est que ces trois erreurs jetées à la figure du téléspectateur sénégalais constituent en fait un os à ronger, histoire de laisser passer la grosse part d’erreur. Et durant l’année 2008, il y en a eu et pas des moindres.

La plus grande bourde a, d’ailleurs, été faite récemment avec la déclaration du ministre de l’Information, Aziz Sow sur les émeutes de Kédougou. Son affirmation consistant à un mort par piétinement a été faite au nom d’un gouvernement puisqu’il a eu à animer le point de presse en sa qualité de porte-parole du gouvernement. L’autopsie du corps a révélé que la mort est intervenue par balle. Un désaveu cinglant ! En sus d’une présentation de condoléances aux familles de la victime et à la région de Kédougou, le Sénégalais s’attendait à ce que Abdoulaye Wade assume cette erreur et en tire toutes les conséquences. Ce qui n’a pas été fait jusqu’à présent.

Le fait de fermer les yeux sur ce genre de comportements, ou plutôt d’erreurs, est loin de constituer une surprise. Et le Président Abdoulaye Wade a été bien inspiré en rappelant que « errare humanum est », ont dit les latins, ajoutant « perseverare diabolicum » (l’erreur est humaine mais la persévérance dans l’erreur relève du diable). Et persévérer dans l’erreur est devenue une tare du côté du pouvoir. Et 2008 en a eu de belles illustrations.

Tout d’abord, c’est Abdoulaye Wade qui montre la voie avec l’Affaire Macky Sall. En s’en prenant à l’ancien président de l’Assemblée nationale, le Président sénégalais s’est tout simplement acharné sur quelqu’un qui n’a fait que son devoir de parlementaire. Et c’est sur le plateau de Tv5 qu’il a osé reconnaître cette « erreur » en soutenant que c’est une action « politique ». Jusqu’à modifier la Constitution que les Sénégalais ont voté.

Abdoulaye Wade a fait fi aussi d’une autre erreur. Devant des journalistes africains-américains, il a osé affirmer, par rapport à l’agression policière contre Kambel Dieng et Karamoko Thioune, qu’en fait ce sont des journalistes qui ont voulu s’en prendre physiquement à des joueurs après un match de foot. Par conséquent, les forces de l’ordre ne se sont, en fait, qu’interposées. Erreur ne peut être plus monumentale que celle-ci.

Autre erreur qui jusqu’à présent continue à faire des vagues, c’est le pèlerinage 2008. L’Etat du Sénégal a tout simplement rompu de manière unilatérale le contrat le liant jusqu’en 2012 avec Air Sénégal international, ce au profit de Zam-Zam pour le transport des pèlerins aux Lieux Saints de l’Islam. Malgré plusieurs mises en garde dont des articles sur les Dc-10, sur le caractère nébuleux qui entoure Zam-Zam, différentes autorités gouvernementales sont montées par la suite au créneau pour réfuter et rassurer les pèlerins du bon choix qui a été effectué par le Sénégal avec Zam-Zam.

La suite, tout le monde la connaît car après les départs manqués, les atterrissages forcés et les catastrophes aériennes frôlées, des pèlerins sont actuellement laissés en rade, expulsés de leur hôtel et sans moyen à Djeddah.

Ainsi en adoptant la position du repenti, confessant les trois fautes commises, Abdoulaye Wade a pris le soin de passer au tamis bien d’autres « bourdes » commises durant cette année et sans aucune conséquence pour leurs auteurs.

mbiaye@lequotidien.sn

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