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Les Lampes à Basse Consommation : Une arnaque de la Senelec ?

vendredi 5 février 2010

La question mérite d’être posée, si l’on se réfère au calendrier infernal imposé à la Senelec pour sa mise en œuvre.

Pour commencer, il faut rappeler à l’opinion la lutte que les imams de la banlieue, sous la direction de l’imam Youssou Sarr, ont menée en faveur des populations du Sénégal, pour la baisse sensible du coût de l’électricité. Cette lutte a connu une accalmie il y a moins de quelques mois, avec la promesse des autorités étatiques de se pencher sur la question. Il s’en est suivi la mise en place de commissions thématiques, qui ont conduit dernièrement à la décision de l’Etat de baisser de douze (12) % le coût du kilowatt/heure. Le calcul fait par chacun d’entre nous à la réception de sa facture a montré que cette baisse n’est pas effective, du moins sur le taux annoncé.

Le 12 novembre 2008, le chef de l’Etat, Maître Abdoulaye Wade, avait lancé l’idée de vulgariser les Lampes à basse consommation (Lbc), auprès de la population sénégalaise. Trois mois après, soit le 20 février 2009, la Senelec a lancé ce programme, mais en ciblant la banlieue dakaroise, laissant pour compte les profondeurs du Sénégal, dont les populations sont les plus démunies, avec les différentes politiques catastrophiques qui ont fini de tuer toutes les filières.

Pourquoi ce choix ? Est-ce parce que la fronde des imams est partie de cette même banlieue ? Ou bien s’agit-il de mettre tous les atouts du côté du pouvoir, pour bénéficier du vote des banlieusards lors des élections prochaines ? On serait tenté de pencher pour la deuxième hypothèse, si l’on sait que la banlieue de Dakar est déterminante pour le gain des départements de Dakar, Pikine et Guédiawaye, dont la population représente une bonne partie de l’électorat sénégalais, et qu’en plus, ces départements sont dirigés par l’opposition depuis les élections locales de mars 2009. Mais cette opération de charme risque de se transformer en cauchemar pour ses initiateurs, pour des raisons évidentes.

La première est que changer cinq ampoules de 40 watts par celles de 15 watts dans une maison ne changera pas grand-chose à la facture bimestrielle de cette famille. Pourquoi ? Supposons que cette famille allume ces cinq ampoules de 19 heures à 24 heures et de 5 heures à 7 heures, en même temps (ce qui est une hypothèse extrême). A raison de 7 heures de fonctionnement, la consommation journalière des ampoules de 40 watts serait de (7h) x (5 ampoules) x (40w) = 1 400 wattheures, soit 1,4kwh. La consommation bimestrielle sera de (60jours) x (1,4wh) = 84 kWh. Le même calcul appliqué aux cinq lampes de 15 watts donne une consommation bimestrielle de 31,5 kWh. Soit une économie potentielle de 52,5 kWh. A 112 francs le kilowattheure (1re tranche), cette famille ferait une économie de (112f /kwh)x (52,5kwh) = 5 880 francs, hors taxes. Sa facture passerait de 9408 francs à 3528 francs, hors taxes. Elle ferait donc une économie de 5 880 francs, soit 62.5%. Un grand rêve. Cela serait si beau, si c’était le cas pour toutes les familles de la banlieue, et qui n’auraient chez elles comme équipement consommant de l’électricité que ces cinq lampes.

La deuxième raison est que si l’on sait que la plupart des familles possèdent un réfrigérateur, au moins un téléviseur, des ventilateurs pour faire face à la chaleur qui sévit sur le pays au moins 8 mois durant, et certainement des postes radio ou magnétophones, que fait la Senelec des consommations d’énergie de ces appareils ? Rien. Quand on sait que les réfrigérateurs tournent au moins 16 heures par jour (s’ils ont un système de régulation de température, ce qui n’est pas le cas souvent pour les réfrigérateurs d’occasion qui sont à la portée des populations banlieusardes), et que leur puissance tourne autour de 300 watts, ils conduisent à une consommation bimestrielle de 288 kWh, entraînant une facture hors taxes de (150 x 106) + (100 x 114) + (38 x 117) = 31 746 francs.

Quant aux ventilateurs, qui sont des appareils produisant du courant réactif, leur consommation normale est majorée par les compteurs de la Senelec, à cause de ce courant réactif. Ces consommations ne sont pas prises en compte dans la réduction du montant des factures d’électricité de la majorité des ménages sénégalais, si l’on se réfère uniquement aux lampes. Il est facile, dès lors, de conclure que la Senelec jette de la poudre aux yeux des populations, en faisant tout ce tapage autour des Lampes à basse consommation. Personnellement, je n’ai que des ampoules à basse consommation de 7 watts chez moi, avec un réfrigérateur, 2 ventilateurs, et ma facture bimestrielle varie entre 50 000 et 70 000 francs. En 2006, une consommation de 450 kWh était facturée 39 650 francs, et en 2009, la même consommation coûte 53 400 francs, soit une augmentation de près de 35 %, due à l’augmentation des coûts des tranches. La seule solution pour les populations, c’est de persévérer dans la lutte pour la baisse drastique des coûts unitaires concernant les différentes tranches de facturation. C’est là que réside la vraie bataille des Sénégalais, vis-à-vis de la Senelec.

De plus, pourquoi vouloir imposer coûte que coûte aux Sénégalais des lampes, qu’ils peuvent acquérir dans les magasins de la place, et à moindre coût ? Le prix de 1 500 francs est supérieur aux coûts actuels des Lampes à basse consommation. Pour conclure, je demande au Directeur général de la Senelec, monsieur Seydina Issa Kane et au ministre de l’Energie, monsieur Samuel Sar, de trouver des solutions radicales au calvaire des Sénégalais, lié (en partie) à la cherté des factures d’électricité, et non de tenter de détourner l’attention de ces derniers par des mesures non efficaces. A bon entendeur.

source : le quotidien

Pape SAMBA - Ingénieur en Electricité / Agsamba2003@yahoo.fr

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