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Louga : Le calvaire des femmes d’émigrés

samedi 8 mars 2008

Louga est la ville du Sénégal la plus connue de l’Hexagone après Dakar. Parce que les Lougatois (du département) ont fini de se confondre avec les populations européennes partout où ils sont. Un village comme Niomré, à 7 km de Louga-Commune, a vu toute sa population juvénile débarrasser le plancher pour s’installer en Europe. Mais, comme pour ne pas rompre définitivement avec le terroir natal, la plupart d’entre ces émigrés tiennent à se marier au pays, avec une fille du milieu. Mais cela ne se passe pas toujours sans heurts. Reportage.


N. G. est une dame de 30 ans et habite Louga-ville. Mariée depuis deux ans avec un ‘Modou-Modou’ qu’elle assure n’avoir jamais vu ‘en chair et en os’, elle se déclare peinée par cette situation qu’elle ne peut plus supporter. Elle s’en explique : ‘J’ai été déjà mariée une première fois. Mais à la mort de mon mari, j’ai reçu un appel d’un voisin de quartier qui me présenta ses condoléances. Il me dit être en France et qu’il me connaissait parfaitement.

En vérité, je ne voyais pas trop… malgré toutes les références qu’il m’a fournies. Mais, comme il me présentait ses condoléances, je ne m’en formalisais pas. Puis, ses appels sont devenus réguliers. Il me conseillait et me demandait de tenir bon. Finalement, il ne se passait pas un samedi sans qu’il ne m’appelle malgré la période de veuvage que j’observais. Juste après mon veuvage, ses appels hebdomadaires sont devenus quotidiens. Il en était arrivé à parler avec tous les membres de la famille.

Finalement, il me proposera de me remarier avec lui. J’ai fini par céder. Mais depuis qu’on s’est marié il y a trois ans, il n’est jamais venu me voir, repoussant toujours ses voyages. Finalement, j’en ai ras-le-bol, car un couple, ce n’est pas seulement au téléphone qu’on le vit. J’ai besoin aussi de tendresse’. Aussi tient-elle à rompre, car précise-t-elle, ‘je souffre de solitude. Je ne veux plus de son argent, c’est lui-même que je veux’.

Mme A. L. est dans la même situation. Sauf qu’elle avoue éprouver de plus en plus de peine à résister aux tentations. Surtout que son ex-ami refuse de la lâcher : ‘J’avais un copain avec qui j’étais en de bons termes. Mais, contre toute attente, mes parents me lièrent à mon cousin qui réside en Italie. Je le connaissais, mais de loin d’autant que c’est quelqu’un de timide. C’est ainsi qu’il est devenu mon époux. Trois mois après, il est venu au Sénégal et on a célébré notre mariage avec faste.

Et on a passé de si bons moments que j’avais fini par effacer de mon esprit l’image de mon ex-copain. Deux mois après, mon mari est retourné en Italie. Aussitôt, j’ai senti le vide autour de moi. Qui plus est, j’étais dans sa famille avec sa mère et deux de ses sœurs. Ce fut le calvaire. La nuit, je me retrouvais seule dans ma chambre avec mes souvenirs. Et cela dure ainsi depuis des années…’.

C’est dans cette solitude de plus en plus pesante qu’A. L. renoue avec son ex-petit ami. Elle raconte : ‘Je l’ai rencontré lors d’un mariage d’une amie commune. On s’est mis à discuter de tout et de rien. L’envie de le revoir étant la plus forte, je le revis et depuis ce jour, on sort ensemble. J’ai demandé le divorce à mon mari, mais il refuse avec le soutien nos parents respectifs’.

Mais pourquoi ces ménages sont-ils si fragiles ? Pour le sociologue Massamba Sow, ‘un mariage entre une femme restée au pays et un mari qui séjourne en Europe peut tenir si tant est que la femme est préparée à vivre cette vie exceptionnelle’. Ce qui est de moins en moins le cas dans le département de Louga. ‘Et c’est la femme qui trinque la plupart du temps, écartelée qu’elle est entre un mari qu’elle ne voit que très rarement, parfois une fois en cinq ans, et des tentations liées à ses propres besoins naturels’.

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