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MAGAL DE TOUBA : KARA PROLIXE, BETHIO APHONE

jeudi 4 février 2010

Kara : "C’est Serigne Touba qui élit les présidents et il a choisi Abdoulaye Wade. Le chef de l’Etat l’a dit lui-même"

Même s’il ne semble pas être aussi malade que le laissait croire la censure populaire, la vérité est que le guide des Thiantacounes, Cheikh Béthio Thioune, n’est pas encore totalement rétabli. En témoigne son silence qui jure d’avec ce qu’on avait l’habitude de voir lors des Magal. Même s’il a tenu à sacrifier, comme de coutume, à la traditionnelle matinée de communion, le jour du Magal, avec ses disciples, son silence, loin de les rassurer sur sa santé, alimente davantage la rumeur.


C’est au niveau de sa maison dénommée « Trente Ba », située à quelques encablures de sa demeure de Janatou Mahwa, que Cheikh Béthio Thioune a élu domicile. Peinte en jaune et spacieuse, elle était, hier, dans la matinée, le point de ralliement de la presse, de proches du marabout et de quelques curieux. Visiblement sur les nerfs, les vigiles postés à l’entrée ne voulaient rien entendre. Et de renvoyer les uns et les autres à la cérémonie qui devait avoir lieu, quelques temps après, à la résidence principale du guide des Thiantacounes. Mais, un mouvement constaté devant la porte de la maison, vers dix (10) heures, laissait imaginer que le marabout est sur le point d’aller à la rencontre de ses disciples. On aura vu juste. Car, un gardien ouvre la porte du garage. Il en sort une grosse cylindrée (Mercedes SL 550 immatriculée DK-1588-AF). Escortée par une 4x4 et une autre Berline, elle roule lentement. Pas besoin de dire que les Thiantacounes n’ont pas perdu de temps pour assaillir la voiture qui avait même du mal de se frayer un chemin. Installé à l’arrière et drapé dans un grand boubou blanc, le Cheikh faisait des signes de la main. Arrivé à la devanture de la maison de Janatou Mahwa, l’imposant cortège de Cheikh Béthio est littéralement assailli par les fidèles et les pèlerins dont la plupart n’en croyaient pas leurs yeux. Ici aussi, le marabout a levé la main droite pour faire signe à ses nombreux inconditionnels. Une fois dans l’enceinte de son domicile, Cheikh Béthio, soutenu par deux de ses talibés, descend de sa Mercedes. Il s’est, d’abord, retiré dans ses appartements privés. Au bout de quelques instants, il ressort pour s’installer sur un fauteuil. Commence alors le défilé des Thiantacounes. En file indienne, ils ont pour motivation première de voir le Cheikh et s’assurer qu’il est bien portant. Au même moment, certains de leurs condisciples, galvanisés par la présence de « leur espoir sur terre et dans l’au-delà », déclament, à tout rompre, des Xassaïdes de Serigne Touba. Alors qu’à l’autre extrémité de la maison, d’autres disciples récitent, avec ferveur et recueillement, des versets du Saint Coran. Toutefois, le spectacle le plus insolite, en cette matinée de Magal, est le nombre impressionnant de personnes qui tombent en syncope. Qui en sanglots, qui en transe, ils ne pouvaient pas supporter de voir le Cheikh, d’ordinaire si enjolivé, afficher une mine triste. Bien qu’affaibli par la maladie, Cheikh Béthio a trouvé, hier, une plage pour baptiser un nouveau-né du nom de Mame Diarra Bousso. Tandis que son 5e épouse descendait d’une 4x4 (DK-9289-AF), suscitant une curiosité réelle, un groupe de Thiantacounes, expressément venus de Ziguinchor, remettent, en guise d’« adiya » (cadeau), une imposante chaise pliante au Cheikh.

PAROLES DE SERIGNE MODOU KARA MBACKE

Comme il le fait chaque année lors du Magal, Serigne Modou Kara Mbacké a rencontré ses inconditionnels. Lors du face-à-face avec la presse qui s’en est suivi, il a demandé au président de la République de donner un statut spécial à Touba. Même s’il ne le fait pas, pense savoir le leader du Mouvement mondial pour l’unicité de Dieu, tôt ou tard, Touba aura son autonomie. « Je veux que le Président Abdoulaye Wade donne un statut spécial à Touba avant qu’il ne quitte le pouvoir. Même s’il ne le fait pas, tôt ou tard, Touba aura son autonomie », a déclaré Serigne Modou Kara Mbacké, lors de son face-à-face avec la presse, hier. « Ce n’est pas que nous lui demandons de faire voter un budget spécial pour Touba, nous voulons seulement pouvoir nous consacrer un peu plus à travailler pour le rayonnement de la ville sainte. Vous tous savez que si Touba a besoin de 313 milliards, il suffit que le Khalife en exprime le besoin et ce sera chose faite », ajoute-t-il. Et de marteler : « Touba est le cœur du Sénégal et quand le cœur est sain, toutes les parties du corps sont saines. Nous voulons, à travers Touba, développer tout le Sénégal. » D’ailleurs, fait remarquer Kara, désormais, tout Président qui ne se plie pas à la volonté de Touba ne gouvernera pas le pays comme il le souhaitera. « Nous ne laisserons plus le pouvoir aux mains de n’importe qui », promet-il. C’est pourquoi, il a lancé un mouvement appelé « Coalition du siècle » qui, selon lui, regroupera des associations, des organisations non gouvernementales (Ong) et des bonnes volontés. « Une campagne pour collecter 2 millions de signatures a été lancée et c’est Serigne Mouhamadou Lamine Bara Mbacké qui a été le premier à signer », annonce-t-il. Serigne Modou Kara soutient que cette collecte de signatures lui permettra de se mesurer pour savoir combien il pèse. « C’est un sondage que je fais. C’est le premier volet de ma démarche. Le deuxième consistera à faire inscrire mes partisans sur les listes électorales et à défaut de participer à l’élection présidentielle, avoir des sièges au Parlement. » Lorsqu’un journaliste lui demande pourquoi il ne brigue pas le pouvoir, il rétorque : « C’est Serigne Touba qui élit les présidents et il a choisi Abdoulaye Wade. Le chef de l’Etat l’a dit lui-même. Comme c’est Serigne Touba qui l’a mis là où il est, je ne vais jamais faire une compétition avec lui. Après son départ, on verra. Toutefois, si Abdoulaye Wade se sent fatigué, il peut se reposer et un autre talibé de Bamba prendra le relais. » Interpellé sur le Monument de la Renaissance africaine, il a soutenu qu’il ne devait même pas y avoir de débat autour de cette œuvre. « Tout ce qu’on pouvait reprocher à ce monument, ce sont les tenues courtes des représentations. Autrement, il n’y a rien à dire. C’est une construction et en matière de construction, à part les mosquées, il n’y a nulle part où Dieu s’est prononcé. Mais comme « Gorgui dafa wéex dunx », tout le monde fait des commentaires sur ce monument », dit-il.

SERIGNE MOUSTAPHA MBACKE « KHASSAÏD » : L’orthodoxie fait chef religieux Fils de Serigne Abdoulaye Mbacké « Borom Dër Bi » et de Sokhna Momy Guèye, Serigne Moustapha Mbacké « Khassaïd » est, par ses faits et gestes, l’incarnation vivante des valeurs enseignées par Cheikh Ahmadou Bamba. Dans son vaste domicile sis à Janatou Mahwa, il reçoit ses visiteurs avec beaucoup d’égards. Selon la belle formule utilisée par une dame qui réside dans ce célèbre quartier de Touba, « grands et petits, filles et garçons bénéficient, chez Serigne Moustapha, du même traitement ». « Mieux, il formule les mêmes prières pour tout le monde », déclare notre interlocutrice, qui ne tarit pas d’éloges et de témoignages sur le fils de Serigne Abdoulaye Mbacké « Borom Dër Bi » et de Sokhna Momy Guèye, un bol de victuailles sur la tête. Le ton venait d’être donné. Le débit lent, retranché derrière des lunettes binocle, Serigne Moustapha Mbacké « Khassaïd » inspire, dès le premier contact, confiance à son interlocuteur. Naturel et éloigné des aspérités de la vie terrestre, il a la réputation d’être un Soufi achevé. Tellement, il est en osmose avec le Coran et les « Khassaïds » de son grand-père Serigne Touba Khadimou Rassoul. Une orthodoxie qui ne surprend guère les observateurs avertis, notamment ceux qui connaissent sa trajectoire. En effet, après la disparition de son vénéré père, alors qu’il était très jeune, sa mère et ses frères ont pris soin de lui. Ayant fait ses humanités chez un ascète par excellence, Serigne Sohibou Mbacké Ibn Khadimou Rassoul, Serigne Moustapha Mbacké « Khassaïd » est, selon de nombreux témoignages, doté d’une vaste culture. C’est, d’ailleurs, auprès de cet illustre fils de Bamba qu’il a acquis son immense savoir du Livre Saint. Quant à son surnom de « Moustapha Khassaïd », il affirme, lui-même, que feu Serigne Mourtada Mbacké lui a dit que « cette dénomination vient de Dieu ». Car, il connaît tellement les écrits de Serigne Touba que d’aucuns le comparent à une bibliothèque ambulante. Parlant de bibliothèque, Serigne Moustapha Mbacké « Khassaïd » en dispose, dans son salon. Une bibliothèque qui fait référence. Un salon dont les murs sont tapissés de portraits géants de son défunt père qu’il n’a pas connu. « Même s’il est rappelé à Dieu, alors que j’avais moins d’un an, je sais beaucoup de choses sur mon père, notamment ses mémorables jardins de Darou Rahmane qui lui valent son surnom de Borom Dër Bi », souligne-t-il. Fin pédagogue, très porté sur les échanges intellectuels, il a tenu en haleine, dans la nuit du lundi au mardi, entre 2 et 4 heures du matin, l’équipe conjointe de L’Observateur et de la Rfm. D’une rare humilité, il est assis par terre, sous le regard admiratif de deux de ses enfants, tout le temps qu’a duré notre entretien. Calme, généreux et discret, il nous a entretenus de la signification à donner aux noms des différents enfants de Serigne Touba, de la quintessence des « Khassaïds », de l’origine du Café Touba, etc. En tout cas, des chefs religieux comme Serigne Moustapha Mbacké « Khassaïd », les Sénégalais en redemandent.

Auteur : P. S. Kandji, D. Mine, Nd. Ndi

Source : L’observateur

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