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Mamadou Lamine Loum (Ancien premier ministre) : « Le gouffre qu’ils nous laisseront, sera profond » ‘

mercredi 30 septembre 2009

L’ancien Premier ministre Mamadou Lamine Loum regrette profondément le saccage des locaux du groupe Wal Fadjri. Il n’est pas fier que de tels actes puissent se produire dans notre pays en 2009, dira-t-il en rendant visite hier au groupe de presse. Interpellé par nos soins, il a, en outre, jeté un regard sur la situation économique et politique nationale. Le distingué économiste dresse un tableau peu reluisant de la gestion actuelle du pays qui, selon lui, laisse entrevoir d’énormes déficits financiers. Entretien.


Wal Fadjri : Quel est l’objet de cette visite dans les locaux de Walf ?

Mamadou Lamine Loum : C’est une visite strictement d’ordre privé. Je suis venu rendre une visite de frère et d’ami à Sidy Lamine Niasse. D’abord lui présenter mes condoléances à l’occasion du décès qui frappe la famille Niassène et qui m’a trouvé en instance de voyage (...). Mais le second objet est d’ordre conjoncturel. En effet, j’étais à l’étranger au moment où les événements malheureux se sont produits et qui ont consisté à une attaque, un enlèvement, une séquestration de mobiliers, d’hommes dans une ambiance délétère aussi bien pour la vie politique que sociale de notre pays.

J’ai présenté tous nos regrets pour ces événements en tant que citoyen sénégalais qui n’est pas fier de tels actes dans notre pays en 2009. Mais aussi lui dire toute notre sympathie pour la ligne et la posture qui est la sienne et qui lui vaut sans doute ces désagréments. Et pour lui dire que tant qu’il restera dans cette ligne d’objectivité de traitement impartial de l’information et de mise au service de la nation, il aura toujours la sympathie de tous les patriotes de ce pays.

Enfin, j’ai échangé avec lui (Sidy Lamine Niasse, Ndlr) sur la situation nationale et internationale pour le grand bien de notre pays. Et les discussions portaient essentiellement sur comment faire en sorte que demain, dans notre pays, la situation de faible avancée de la démocratie et du développement puisse être résorbée. Et que demain, nos fils, neveux et petits-fils vivent dans un Sénégal où seul le mérite est primé. Un pays où chacun recevra ce qui lui est dû, non pas en raison de faveurs qui lui sont accordées ou de compagnonnage politique, mais à la sueur de son front. Cela pour que les règles du jeu soient les meilleures règles pour tout le monde dans le jeu politique, économique et sociétal. Pour que le Sénégal soit ce pays dont nous rêvons et où il ferait bon vivre.

Wal Fadjri : Dès lors, comment appréciez-vous la situation politique dans le pays ?

Mamadou Lamine Loum : J’espère que d’ici les prochaines élections républicaines, les acteurs se ressaisiront et veilleront à mettre le Sénégal sur les rails. Un pays où les règles du jeu seront arrêtées d’un commun accord avec les acteurs politiques et mises en application. Et peut-être même pour faire un clin d’œil aux assises nationales qui vont plus loin avec des règles du jeu arrêtées par les citoyens pour ceux qui aspirent à le diriger.

C’est-à-dire que ce sont les citoyens eux-mêmes qui doivent définir les règles du jeu pour ceux qui chercheraient à nous gouverner. Je pense également qu’un jour ou l’autre, ce sont ces règles-là qui gouverneront le pays. Celles qui consisteront à avoir des règles pérennes et à travers lesquelles les institutions passent et n’auront pas un impact sur l’économie, les finances et surtout le domaine social.

Il y a vraiment un travail énorme qui nous attend demain. C’est quand il s’agira de tourner la page, car le gouffre sera profond et plus profond même que ce que nous apercevons. Il s’agira vraiment de se retrousser les manches et de travailler à remettre le pays à l’endroit.

‘L’argent du Millenium Challenge est une somme modique sur laquelle il ne faut pas trop compter pour résorber les déficits du passé’

Wal Fadjri : Comment appréciez-vous l’absence actuelle du dialogue entre le pouvoir et l’opposition et qui pèse fortement sur l’évolution de la situation politique nationale ?

Mamadou Lamine Loum : C’est un problème de temps. Le pouvoir et l’opposition sont obligés de se retrouver et de se parler. Mais ce qui risque de se passer, c’est que les citoyens ne peuvent pas laisser le champ politique être pris en tenaille et sans solution. Aussi bien le pouvoir que l’opposition sont censés travailler théoriquement pour les citoyens. Il faut que l’on s’entende vraiment sur des règles qui sont sous la garde des citoyens. Les assises nationales ont travaillé dans ce sens et même pour ceux qui sont de l’autre côté. On travaille à ce que demain une majorité ne puisse pas être capable de changer la Constitution.

Wal Fadjri : Vous avez dressé un tableau sombre de la situation économique du pays. L’argent issu du Millenium Challenge Corporation ne peut-il pas réduire ces déficits évoqués sur le plan financier ?

Mamadou Lamine Loum : Pas du tout parce que ces ressources sont ajoutées à des dépenses et il ne s’agit pas de ressources additionnelles. Ensuite, il est vrai que les ressources additionnelles sont toujours bonnes à prendre et surtout s’il s’agit de dons. Et cela même s’il s’agit de 270 milliards de francs Cfa sur cinq ans. Si l’on part d’une cinquantaine de milliards par année avec la capacité actuelle du Sénégal assez faible en matière d’exécution, on peut être sûr qu’on est parti pour l’exécuter sur six ou sept ans et non sur cinq ans. L’argent du Millenium Challenge est vraiment une somme modique sur laquelle il ne faut pas trop compter pour résorber les déficits du passé.

Car ceux-là ne peuvent être résorbés que par des ressources que nous allons tirer et sur lesquelles nous allons faire des économies pour la gestion du courant. Et dans ce domaine, l’accessoire ne peut pas se rapprocher du principal, parce que gérer à partir d’une agence, c’est une modalité comme les autres. Cette agence qui va gérer ces fonds ne peut pas happer sur les fonds qui sont destinés au pays. Le Sénégal redressera le cap quand il sera capable de faire un effort pour diminuer le train de vie de ses dirigeants.

Propos recueillis par Abdoul Aziz AGNE & Fatou Kiné SENE

Source:Walf

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