Après deux années d’enquêtes et d’investigations, l’on a constaté que les 2/3 des sénégalaises qui séjournent à Casablanca prennent le commerce comme prétexte pour s’adonner à la prostitution clandestine pourtant interdite dans le Royaume. D’autres font croire à leurs parents laissés au Sénégal qu’elles sont en Europe et envoient chaque fin du mois de l’argent à leur famille. C’est lors de notre enquête que nous avons rencontré une femme ex-épouse d’un ancien Ministre de l’hydraulique. Nous vous amenons faire un tour dans les quartiers, les boîtes et les restaurants au cœur de la belle de Casablanca.
Casablanca ! La belle ville côtoie l’océan et est habitée de près de 57 millions d’habitants. Il est 11 heures. Le centre ville est plongé dans une animation carnavalesque. Nous sommes au cœur du marché situé dans le quartier « Médina ». La musique arabe nous accueille à l’entrée du marché et nous tient compagnie durant toute notre parcours. On y vend du tout. Des nattes, des fleurs, des jalabés, des tissus de toutes les couleurs. « Hé, mon ami » nous apostrophe un vendeur de raisin. « Mon ami » c’est le nom collé à tous les noirs. Mais, si toutefois ils découvrent que tu es de nationalité sénégalaise, « Mon ami » devient « Mon frère ». Là, la fraternité entre le Sénégal et le Maroc est une réalité incontestable. Les Marocains aiment et portent les sénégalais dans leur cœur.
« Médina » ce sont les grands espaces situés au cœur des villes marocains et clos avec de l’argile en couleur marron. Tous les jours, « Médina » vit au rythme des grandes foires internationales. Il est pris d’assaut par les populations qui y font leurs provisions.
« Est-ce un marché hebdomadaire » demande-t-on à un marocain qui a ri à gorge déployée avant de répondre en disant : « non, c’est tous les jours c’est comme ça ».
Nous faisons le tour du marché. Au fur et à mesure qu’on plonge dans l’ambiance chaude du marché, on découvre la richesse de la culture marocaine.
Ahmet est un vendeur d’article en cuire qui connaît toutes les rues de Sandaga et de Plateau, nous reçoit cordialement avec une chaleur humaine forte dans sa boutique et parle d’un air nostalgique de son séjour à Dakar. Son magasin est situé en face d’une petite ruelle qui débouche sur la porte centrale. Les marchandises sont confortablement disposées sur les étagères. En face, un petit écran de télévision passe les émissions de la chaîne 2M.
En pleine discussion, une femme de teint noir traverse la ruelle qui fait face à la boutique du marocain. On ignore par qu’elle magie a-t-elle découvert qu’on est ses compatriotes. « Salamalikoum ana wa réwma ? » (Bonjour et au pays ?). Les retrouvailles furent joviales. C’était comme si on se connaissait depuis Dakar. Même le marocain était surpris par la manière avec laquelle la sénégalaise a sympathisé avec nous.
Comme elle a fait plus de deux ans à Casablanca, elle a accepté de nous accompagner pour découvrir la ville. Après son shoping, la sénégalaise du nom de D.L nous conduit chez elle en plein centre ville de Casablanca. « J’ai fait près de deux ans au Maroc. C’est une belle ville. On n’a pas de problème ici, les marocains sont très ouverts » nous confie la sénégalaise.
Elle vit dans le quartier de Boulmima à quelques encablures de la plage. Il fait 13 heures, ensemble, nous prenons un taxi qui nous a amenés jusque devant un immeuble jaune de 3 étages. La devanture est bien assainie. On prend l’ascenseur pour accéder dans l’appartement de D.L.
C’est juste, un petit salon plus des toilettes, une cuisine et une chambre qui n’autorise aucune surcharge de bagages. Juste un modeste lit, point d’armoire. Même les valises, il faut essayer de trouver un coin dans le salon pour les ranger. Comme la Téranga sénégalaise est transfrontalière, D.L a accepté de partager cet espace de quelques mètres carrés avec nous le temps qu’on trouve un appartement dans un hôtel de la place.
Les visiteurs sénégalais qui connaissent bien le Maroc se rendent toujours au centre ville ou au marché pour d’abord rencontrer un compatriote qui pourra apporter son aide dans la recherche de logement.
D.L habite aux Parcelles assainies. Au Maroc, elle est venue pour faire du commerce mais depuis son premier voyage, elle n’est pas revenue au pays. Et pourtant chaque mois elle envoie d’importantes sommes d’argent à ses parents. « J’étais venue au Maroc pour acheter des marchandises et rentrer à Dakar mais je suis restée » nous confie-t-elle sans piper un mot sur ses activités réelles à Casablanca. On joue son jeu et accepte de collaborer sans entrer dans sa vie privée.
Le crépuscule s’approche. L’astre du jour se retire du firmament cédant sa place à celui de la nuit. L’ambiance varie. La chaleur de la journée est balayée par un vent humide secrété par l’océan dans la ville. La brise marine s’invite dans les immeubles, les villas, les chambres. Dans les rues de Casablanca, les commerçants baissent leurs rideaux.
Il est 19 heures, les restaurants les quartiers Boulmima commencent à se remplir. Ce sont des chefs de famille avec leurs progénitures ou des personnes seules qui viennent prendre leur dîner. Le restaurant « Gri Almir » situé au centre ville de Casablanca est presque le plus visité par les populations. C’est un joli cadre qui jouxte une artère centrale. Devant un tableau on indique le menu du jour.
Ailleurs, les jeunes ont d’autres préoccupations. En face du restaurant « Gri Almir », des jeunes fument leur cigarette et préparent la soirée. « On est en vacance pas de classe demain » nous dit le jeune Amir la quinzaine.
Avant de découvrir Casa by night, nous prenons notre dîner dans un abattoir situé à quelques kilomètres du centre ville. Ce choix est motivé par le besoin d’avoir une saveur de chez nous. A l’abattoir de Casablanca se vend de la belle viande de mouton. Elle est préparée à la manière de nos « dibiteries » locales. Là, le kilogramme de viande est moins cher qu’au Sénégal.
Après le dîner, notre compatriote D.L bien habillée, nous amène découvrir Casa by night. Deux choix, soit aller à la boîte située dans l’Hôtel très fréquenté de « La Côte » ou à celle africaine « Boa ».
« La Côte » est un grand hôtel pied dans l’eau. C’est un cadre qui offre toutes les opportunités romantiques. A l’intérieur de cet hôtel se trouve une boîte dans laquelle, des soirées sont organisées chaque nuit. Ce sont des orchestres marocains qui y jouent. Il est envahi toutes les nuits par les vacanciers venus de tous les coins du Monde.
L’entrée est gratuite, consommation obligatoire. Toutes les plus belles filles marocaines se donnent rendez-vous dans cet hôtel. Vers 22 heures déjà, l’orchestre commence à jouer. Par saccade, les filles descendent à bord de taxis qui font la navette. Si vous n’êtes pas avertis, vous penserez à un concert d’une grande star locale. Ce qui n’est pas le cas. Casablanca est aussi une ville touristique visitée chaque année par des milliers d’européens.
La première impression dès qu’on est dans la boîte c’est l’ambiance. A l’entrée, un grand vigile vous accueille et vous accompagne à l’intérieur de la boîte. A gauche, le barman s’active pour satisfaire les clients. Les loges sont disposées en forme de cercle pour permettre aux visiteurs de mieux vivre la soirée. La musique est aussi captivante que les gesticulations des filles danseuses du ventre. Elles manipulent leur corps comme un reptile. La fumée qui se dégage de leur fumoir ne les dérange guère.
Le premier constat c’est que cette boîte généreuse en tout, n’est pas fréquentée par les africains. Pour voir les subsahariens, il faut se rendre à « Boa ». C’est un beau coin de rencontre d’africains pour la plupart.
Là, on se croirait sur la Corniche ou devant « Le Casino » à Dakar. L’accoutrement des jeunes filles sensuellement habillées n’autorise aucun doute sur leur activité réelle.
Les filles subsahariennes trouvées sur place sont du Sénégal, du Mali, de la Gambie etc… Elles sont toutes des prostituées professionnelles sans exception et ne s’en cachent pas. « Nous sommes venues ici pour se faire de l’argent » nous dit N.M habitant Dieupeul.
Elles quittent Dakar avec une somme d’argent (2 à 3 millions) pour faire du commerce. Après deux voyages, elles reviennent à Casa pour s’adonner à d’autres pratiques commerciales certes mais illégales et interdites dans ce pays. Ces filles considèrent le Maroc comme un eldorado terrestre. Mais tel n’est pas toujours le cas. Toutes ces filles qui vivent au Maroc font croire à leurs parents laissés au Sénégal qu’elles travaillent et gagnent leur vie décemment. D’autres mentent à leurs parent en leur disant qu’elles sont en Europe. Ces mensonges sont crus par les parents qui reçoivent chaque fin de mois 200 à 300.000 F Cfa.
Il faut savoir les réalités du terrain pour pouvoir décrocher des secrets dans le commerce illicite. Notre première interlocutrice est une fille qui habite dans le quartier Oulfa. Elle est de Thiès. De teint clair, taille 1 mètre 70, A.A a tenu à nous expliquer ses conditions de vie et celles de ses sœurs sénégalais à condition qu’on ne dévoile pas son nom.
« Les sénégalaises qui vivent au Maroc et y restent deux mois d’affiler sont pour la plupart des prostituées. Moi je suis venue ici deux fois pour faire du commerce. J’ai décidé d’y rester quand je suis revenue pour la troisième fois » confie-t-elle. « Nous faisons toutes le même job. Mes parents ne savent pas que je me prostitue. Et chaque 15 jours je leur envoie de l’argent. Quand j’appelle je leur faire croire que je travaille dans un restaurant » poursuit-elle.
La nuit, A.A retourne dans son appartement avec près de 200.000 F Cfa en poche après avoir satisfait deux ou trois clients. Des fois, ce sont leurs frères sénégalais qui leur cherchent des clients. Les jeunes sénégalais sont aussi nombreux au Maroc. Ils n’ont pas d’emplois fixes. On les trouve dans les marchés et à l’aéroport surtout. Ils sont de petits commerçants, des guides touristiques etc… Pour joindre les deux bouts, certains se sont convertis en proxénètes pour vendre leur sœur moyennant quelques dirhams (monnaie marocaine).
« Moi c’est mon copain sénégalais qui me cherche des clients pour que je me prostitue. Si je ne le fais pas il ne mangera pas. Et comme il connaît mieux la ville que moi j’accepte » nous confie une autre sénégalais habitant les Hlm.
Au cours de notre discussion, A.A nous a quittés pour quelques minutes avant de revenir avec 130.000 F Cfa que lui a payé un client. Elle confie cet argent à une de ses copines attendant un second.
Certains de ces filles ont pris des appartements au centre ville de Casa et paie près de 150.000 F Cfa le mois. Leur train de vie trop élevé leur impose ce travail.
Dans le quartier de Boulmima vit une femme du nom de A.C dans un grand immeuble. Dans notre discussion, elle nous apprend qu’elle fut l’épouse d’un ancien Ministre de l’hydraulique Sénégalais. « On a divorcé. Il fait sa vie je fais la mienne »nous confie-t-elle.
