L’affaire du sieur Mallé, ce trafiquant de drogue récidiviste qui s’est battu avec le chef de brigade de Maka-Koumpétoum, n’est que la partie visible de l’iceberg du malaise qui traverse les rangs de la Douane sénégalaise. Et pour cause, des fraudeurs et des narcotrafiquants, arrêtés et condamnés, sont souvent libérés, au nez et à la barbe des agents qui, à leurs risques et périls, s’étaient lancés à leurs poursuites.
Le dernier exemple en date, confirmé par nos interlocuteurs proches de la Direction des Douanes, concerne une « grande belle dame » arrêtée, il y a quelques jours à Gouloumbou, en provenance de la Guinée-Conakry. Selon nos sources, elle a été appréhendée alors qu’elle détenait une grande quantité de drogue par devers elle. Mais, contre toute attente, elle est venue proposer à Bassirou Ndiaye, chef de brigade de Tambacounda, la somme de 6 millions de FCfa, moyennant sa libération.
Offre que M. Ndiaye a catégoriquement rejetée. Mais à sa grande surprise, la dame, qui a été déférée et coffrée, est revenue, quelques jours après, jusque dans son bureau pour le narguer en ces termes : « Je suis grande, je suis belle et j’ai des relations, tu ne peux rien contre moi ! » L’affaire fait grand bruit à Tambacounda et à la Direction générale des Douanes à Dakar où nos sources font l’écho de l’embarras et de la crainte des vaillants « soldats » qui traquent ces bandits à col blanc, mais qui les retrouvent le lendemain, humant l’air frais de la liberté.
Menaces de mort, chantage…
Pour expliquer l’ampleur du désarroi qui les habite, nos sources à la Douane affirment que les agents vivent quotidiennement dans la peur. « Certains de nos supérieurs font l’objet de menaces de mort, des membres de leurs familles en reçoivent aussi tous les jours », disent-elles. A les en croire, des personnes qui se croient intouchables parce que protégées par de puissants lobbies économiques et religieux n’hésitent pas à faire chanter des officiers de la Douane sénégalaise. Une partie du mouvement constaté dernièrement dans ce corps serait, d’ailleurs, due à des pressions. Sans oublier les multinationales qui opèrent parfois avec des armes de guerres très sophistiquées et des narcotrafiquants qui sont prêts à engager le combat physique avec les agents de la Douane.
L’Etat mis devant ses responsabilités
Face à ces menaces multiformes qui inhibent leurs efforts, les agents de la Douane interpellent l’Etat. « Les pouvoirs publics doivent sévèrement punir les coupables arrêtés. Surtout ceux d’entre eux qui sont des multirécidivistes », préconisent nos interlocuteurs. Réclamant davantage de moyens pour combattre les narcotrafiquants et les fraudeurs, ils tirent la sonnette d’alarme sur les conséquences incalculables d’une victoire des forces du mal. D’autant plus qu’au 31 décembre 2008, les Douanes sénégalaises ont fait rentrer dans les caisses de l’Etat 469,5 milliards contre un objectif initialement fixé à 466 milliards de FCfa. Soit un solde positif de 3,5 milliards de FCfa. Des chiffres qui montrent que les Douanes continuent d’être le plus gros pourvoyeur de fonds du Trésor public sénégalais.
Par SERIGNE SALIOU SAMB,
Source : L’observateur
