Accueil du site > Politique > Ousmane Tanor DIENG, secrétaire général du Parti socialiste : « Nous (...)

Ousmane Tanor DIENG, secrétaire général du Parti socialiste : « Nous réfléchissons, au Front Siggil, à une grande force de gauche »

vendredi 23 novembre 2007

Après le congrès du Parti socialiste, revêtu de ses nouveaux habits de secrétaire général, Ousmane Tanor Dieng a arpenté, mardi dernier, les Marches du Quotidien. Soumis aux feu roulant de la Rédaction, il s’est rarement dérobé, sauf sur des questions relatives à des secrets d’Etat, lui qui avoue avoir été pendant plus de 20 ans au cœur de l’Etat et, donc forcément, de dossiers concernant la sécurité nationale.


D’un humour caustique sur l’absence d’esprit de méthode et d’organisation chez le Président Wade et ses hommes, franchement tranchant dans ses convictions qui ne lui autorisent pas de fricoter avec les libéraux, Ousmane Tanor Dieng a brocardé, ce mardi 20 novembre 2007, « la grave erreur » pour le Sénégal de quitter l’Asecna, « l’embryon d’intégration africaine », l’utilisation « inacceptable » des institutions pour régler des problèmes internes au Pds comme dans l’affaire Macky Sall, mais aussi, ses anciens camarades qui ont quitté le parti pour se rapprocher du camp présidentiel. Il évoque sa loyauté avec Abdou Diouf qui lui a tout donné, avec qui il échange régulièrement. A bâtons rompus…

ASECNA ET PROJET DE RETRAIT DU SENEGAL

« Je souhaite que le Sénégal ne sorte pas de l’Asecna ; je suis totalement opposé à ce retrait. Et j’affirme ma solidarité à ses agents pour qu’ils mènent leur combat, qui est un combat de solidarité africaine. L’Asecna est l’embryon d’intégration africaine qui nous reste. Et puis, notre sécurité est mieux assurée dans le cadre de l’Asecna. Le Sénégal est le pays qui abrite le siège de l’Asecna ; donc, il devrait être le dernier des pays à vouloir dénoncer cet accord. Je ne suis pas persuadé que les calculs que Farba Senghor est entrain de faire soient exacts. Je crains, au bout du compte, si par malheur cela aboutissait, qu’on se retrouve dans une situation où on perd la sécurité que nous procurait la charte de l’Asecna, qu’on donne un coup de poignard à l’intégration africaine, et qu’on ne se retrouve pas avec les moyens escomptés.

Et puis, Abdoulaye Wade ne peut pas, à la fois, apparaître comme le champion de l’intégration panafricaniste, et en même temps détruire ce qu’il reste d’esquisse pour l’intégration africaine. Ce serait une erreur monumentale de quitter l’Asecna. Maintenant, que certaines activités nationales soient gérées par le Sénégal ; certains pays l’ont fait, mais c’est différent de quitter l’Asecna. Ce qui serait une très grave erreur que l’on payera cher.

WADE, MACKY SALL ET LES INSTITUTIONS

« L’affaire Macky Sall est inacceptable, parce que ce qui est en jeu, ce n’est pas sa personne, mais la République et ses institutions. On ne peut pas s’amuser avec les institutions de la République. Ce n’est pas acceptable de régler les problèmes internes à un parti à travers des institutions. Il faut le condamner et mener cette bataille au-delà de la personne de Macky Sall. Quelle que soit la personne qui aurait été là, je dirai la même chose. Maintenant, Macky Sall a été élu pour cinq ans ; il doit rester à la tête de l’Assemblée pour cette durée, en dépit de ce que je pense de l’Assemblée qui souffre d’un déficit de légitimité, à la botte de l’Exécutif. D’ailleurs, la conséquence qu’il faut en tirer, c’est qu’il ne faut plus faire confiance à la tête des hommes. Il faut faire des textes tels qu’il ne soit pas possible de régler ainsi les problèmes internes à un parti. Par exemple, la forme républicaine de l’Etat, personne ne peut la changer.

N’aurait-on pas pu imaginer que le mandat du président de la République, une fois qu’il est fixé, qu’on a dit qu’il était renouvelable une fois, soit traité comme la forme républicaine, que les grandes institutions soient gérées de même, parce que la tentation de toucher les textes pour les adapter aux humains et aux institutions, on la retrouve partout aujourd’hui en Afrique ? Dès que la date approche, le parti qui est au pouvoir dit qu’il faut changer.

Ce n’est pas défendable ! Avec ceux qui sont avec nous, nous pensons que c’est une réforme qu’il faut adopter. Maintenant, si nous engageons cette réforme, nous la soumettrons au référendum pour la faire accepter par le peuple sénégalais ; elle nous liera nous et ceux qui seront avec nous, lorsque nous serons aux responsabilités. C’est inacceptable aujourd’hui qu’on change une disposition de la Constitution sur le mandat de Wade.

C’est le même statut ! Les cinq ans de Macky, c’est cinq ans prévus dans la Constitution, comme ceux de Wade. On va changer ces cinq ans pour les ramener à 1 an ! Est-il envisageable qu’on prenne des dispositions pour dire que le mandat de Wade maintenant n’est plus 5 ans, mais 4 ans ? S’amuser ainsi avec les institutions de la République, c’est mettre le Sénégal dans une situation dont personne ne peut mesurer les conséquences. »

RAPPORTS AVEC WADE

« Je ne suis pas le genre à avoir des deals avec qui que ce soit. Je réagis comme je suis. Cela convient à certains, et pas à d’autres. Même les jeunes du parti estiment que nous avons des réactions trop molles par rapport à la situation ; d’autres, plus âgés, plus mûrs, estiment que notre position est équilibrée. Mais, chacun est comme il est. Ce n’est pas utile de forcer sa nature. Si on essaye de faire des choses qui sont contraires à sa nature, cela n’aboutit pas. En ce qui concerne Abdoulaye Wade, je veux être cohérent dans ma démarche.

Je veux qu’il soit quasiment impossible dans ce que je dis, de relever des retournements. Il peut y avoir des contradictions secondaires par rapport à telle ou telle situation, mais fondamentalement, il n’y a pas de reniement, de tortuosité dans ma démarche, dans ma ligne, dans mon comportement. Et je m’évertue à dire ce que je fais et, une fois que je fais quelque chose, je le dis comme je le fait. Maintenant, la situation en 2000 n’est pas la même que celle en 2007. Le Sénégalais moyen disait, « laissez le Vieux travailler », mais il n’y a plus personne pour le dire. On l’a laissé travailler pendant tout ce temps, mais, les choses sont en train d’empirer.

J’ai toujours pensé que, dans une démocratie réelle, il faut qu’il ait un pouvoir et une opposition. Le rôle du président de la République, après avoir donné à l’opposition un statut constitutionnel, c’était de la renforcer ; en tout cas, de laisser ceux qui ont choisi de s’opposer dans le cadre des lois et règlement en vigueur dans le pays de le faire. Si j’avais souhaité être dans un gouvernement de Wade, cela n’allait pas poser de problème.

On a même l’impression qu’aujourd’hui dans son attelage, c’est plus ou moins des gens qui sont du Ps, qui l’ont été, qui l’ont quitté. Ils sont nombreux, y compris dans l’attelage de son parti. Personnellement, je suis dans l’opposition. En 2000, le peuple a choisi et nous a renvoyés dans l’opposition ; alors nous devons y être, y rester et nous battre pour reconquérir la confiance des Sénégalais et revenir aux affaires avec ceux avec qui nous pouvons aller.

Nous ne sommes plus en 1980 ou en 1990. Il est difficile, aujourd’hui, qu’un seul parti gagne les élections. Ce que nous avons à faire, nous le ferons en coalition et nous voulons que progressivement, cette coalition soit adossée sur des principes, des convictions et non simplement sur des circonstances pour des élections. Voilà, le travail que nous sommes en train de faire, mais l’idée d’entrer dans un gouvernement des libéraux ne m’a jamais traversé l’esprit. »

COALITION

« Aujourd’hui, la contradiction aurait été que nous soyons dans la coalition avec des libéraux et des socialistes. Mais, la coalition que nous avons est de gauche, nationaliste et socialiste. C’est ce que nous avons au niveau du Front Siggil Sénégal, tandis qu’en face, les libéraux font du Soupou Kandja.

Avec la coalition Jamm J, (hésitant), Idrissa Seck était venu dans l’opposition. Nous avions une contradiction principale à gérer : affaiblir le régime d’Abdoulaye Wade. Il s’agissait, en ce moment, d’une attitude plus tactique que stratégique. La réalité politique est mouvante. Nous l’avions fait avec Abdou Diouf ; il nous arrivait de travailler avec des libéraux qui l’acceptent. A l’époque, la situation du pays l’exigeait. Nous devions faire face à une situation particulièrement difficile et il fallait fédérer les énergies.

Du temps où nous avons travaillé aussi avec Jamm J, c’était dans ce cadre là. Il fallait, dans un premier temps, faire tomber le régime libéral. C’était une coalition tactique. Du point de vue stratégique, cette coalition que l’on veut élaborer va être plus durable, parce que reposant sur un certain nombre de grands principes et de convictions. Je ne dis pas que ce choix est linéaire ; il se peut que des circonstances politiques ou d’autres nous amènent à avoir des alliances pour gérer des situations ponctuelles.

(…) Nous devons tirer des enseignements pour l’avenir et voir si aujourd’hui pour nous, hommes politiques, le meilleur choix est de bâtir des alliances fortes, stratégiques, reposant sur un ensemble de valeurs et de convictions, ou bien, si maintenant, la situation telle qu’elle est, exige que toutes les forces quelles qu’elles soient, s’allient pour faire face à l’adversaire : Abdoulaye Wade et sa base. On verra ce qui arrivera. C’est un peu ce qui a été fait contre nous, et qui nous a fait perdre les élections. On a vu ce qu’il en est advenu. Après, tout s’est défait et on se trouve dans une situation extrêmement grave et périlleuse.

Ma préférence, c’est qu’à partir de cette expérience, tirant les enseignements de la situation que nous avons vécue, qu’on ait des alliances qui reposent sur un certain nombre d’engagements, de valeurs, de convictions. Des alliances qui travaillent dans la durée, qui puissent même au-delà des partis, à défaut d’un parti, d’une alliance organique, aller vers une fédération, une confédération des partis de gauche ayant un certain nombre de conditions : d’abord, il faut que nous ayons ensemble des convictions, des valeurs, des engagements.

Ensuite, il faut que nous ayons un programme sur lequel il faut qu’on se mette d’accord, et que cela soit fait avec des gens qui ne sont pas en alliance ou en coalition avec le pouvoir. Si ces conditions sont réunies, on peut construire progressivement quelque chose de solide. Si on y arrive, c’est cela qui m’importe le plus. Les gens de ma génération ont travaillé à ce niveau-là avec ce que cela présente comme obstacles liés aux itinéraires personnels, aux histoires personnelles et celles de nos partis. Les générations qui vont venir n’auront pas les mêmes types de relations avec les autres qui sont dans les différents partis. Au fur et à mesure, les antécédents historiques, qui peuvent ou qui auraient pu faire obstacle à la mise en place d’un grand rassemblement de gauche, vont disparaître.

Nous sommes en train de réfléchir, au niveau du Parti socialiste et des autres partis du Front Siggil Sénégal, pour voir comment, par quels moyens, selon quelles modalités, selon quel calendrier, nous allons faire ensemble une grande force de gauche. Maintenant cette force-là, comment elle va être composée et configurée ? Si nous sommes capables d’aller le plus loin possible, d’avoir une structure organique, c’est tant mieux.

Si nous pouvons avoir une fédération ou une confédération, ou un type d’alliance reposant sur les critères que j’ai indiqués, c’est tant mieux. Nous sommes en train d’y réfléchir, mais à proprement parler il n’y a pas de projet. C’est le Front Siggil Sénégal que nous voulons transformer. Si on arrive à ce que tous les partis du Fss, ou sa majorité, soit d’accord, c’est tant mieux. Mais, le noyau se fera à partir des partis membres du Fss. Le Fss est une expérience, mais j’espère qu’elle va être une expérience électorale et au-delà. Je crois que ce qui nous sépare, s’il y en a, est moins important que ce qui nous rapproche. »

RELATION AVEC IDRISSA SECK ET LEADERSHIP DE L’OPPOSITION

« Il est évident que certains étaient réticents (à l’entrée de Idrissa Seck dans la coalition de l’opposition : Ndlr). C’est normal. Chaque fois que quelqu’un veut entrer dans une coalition, il y a des gens qui sont réticents. Moi, je ne l’étais pas. Je ne cache pas qu’avec Idrissa Seck, nous avons des relations personnelles qui n’ont rien à voir avec nos convictions politiques ; ça ne peut pas empêcher que s’il y a des choses qu’il fait et sur lesquelles je ne suis pas d’accord, que je le lui dise clairement. Mais, ce sont les relations personnelles, privées, qui n’ont rien à voir avec les relations et les engagements politiques.

« (…) On le fétichise un peu le problème de leadership de l’opposition alors qu’il n’a jamais existé. En 2000, il y avait une coalition à la tête de laquelle il y avait Abdoulaye Wade, à côté, Moustapha Niasse avait sa coalition ; à côté, Djibo se présentait. Donc, ceux qui s’opposaient à Diouf n’étaient pas unis, n’étaient pas ensemble. Le résultat que ça a donné, c’est 31-22%, ensuite 17, 8 %. Il n’est pas sûr que si, à l’époque, il y avait eu un candidat unique que les résultats auraient été les mêmes. Donc, venir nous dire aujourd’hui qu’il faut, pour que les gens soient dans une coalition, qu’il y ait quelqu’un qui dirige, nous ne sommes pas une armée, mais des hommes politiques. Les hommes politiques discutent et essaient de résoudre ensemble les problèmes, se mettre d’accord sur les questions. Voilà les réalités ; le reste, c’est des spéculations, avec lesquelles on ne peut pas avancer. »

LES DEPARTS DU PS

« J’ai été Premier secrétaire du parti de 1996 jusqu’à nos jours. Moustapha Niasse l’a quitté en 1999. Avant, il a été dans le gouvernement en même temps que j’étais Premier secrétaire, et on a travaillé ensemble dans de bonnes conditions. Qu’à un moment ou un autre, il ait estimé qu’il devait quitter le parti, pour former son parti, il en a parfaitement le droit. Il n’y a pas de contradiction historique, parce qu’il y a une simplification des choses qui consiste à dire que tous ceux qui ont quitté le parti à partir de 1996 l’ont fait, parce que j’en étais le Premier secrétaire.

Ce n’est pas tout à fait exact. Je le conçois parfaitement, et ça va continuer d’ailleurs, comme dans tous les partis ; c’est le mouvement politique qui est vivant. Les gens sont dans des partis, et à un moment ou à un autre, pour une raison ou pour une autre, ils choisissent de le quitter, de fonder leur propre parti et d’avancer dans leur propre aventure. Ce qui s’est passé. Il faut s’en souvenir, M. Djibo Kâ, lui, voulait créer un Courant, et je ne me suis jamais mêlé de cela. C’est le président de l’Assemblée nationale de l’époque qui a présidé une réunion au cours de laquelle on avait demandé que M. Djibo Kâ, qui voulait fonder son Courant, discute avec l’appareil du parti, notamment Daouda Sow et l’équipe qui l’entourait.

Avec Djibo, ils n’ont pas trouvé de terrain d’entente et Djibo est parti créer son parti. C’est ainsi que ça s’est passé. Moi, je pense que tant que les conflits que nous avons sont politiques, démocratiques, résolus par la discussion et le dialogue, dans le champ politique et démocratique, c’est le mouvement normal des partis. Mais dès que les choses prennent une tournure beaucoup plus personnelle, c’est à ce moment-là qu’il n’y a pas de solution. (…) Si on dit que tant que monsieur X est à la tête du Parti socialiste, moi je n’y militerai pas, c’est plutôt personnel !

Maintenant, c’est normal que quelqu’un soit ou ne soit pas d’accord avec la manière dont je gère le parti, avec mes idées, avec mon management. Il peut y être et y rester ! Il peut critiquer ce que je fais ; ce que j’accepte d’ailleurs, ça ne me gêne pas. Contrairement à ce que les gens pensent, nos structures, comme le Bureau politique ou le Comité central, sont totalement démocratiques. Les gens y discutent ; chacun amène son point de vue et, à un moment ou à un autre, on tranche le débat.

Les départs qui ont eu lieu avant 2000 n’ont rien à voir avec ceux qui ont eu lieu après ! Les départs de l’après-2000 sont personnels, parce que quand même, trois d’entre eux, (il s’agit de Robert Sagna, Mamadou Diop et Souty Touré : Ndlr), nous ont quittés ensemble après avoir créé un Courant. Après, ils sont eux-mêmes partis, et on les a retrouvés le lendemain chacun avec son propre parti.

Au fond, s’il s’agissait de problèmes politiques, idéologiques, sur lesquels nous n’étions pas d’accord et sur lesquels ils avaient le même point de vue, une fois sortis, ils seraient ensemble ! Mais une fois sortis, ils sont chacun de son côté et on les retrouve tous aux côtés d’Abdoulaye Wade, en plus ! Je ne peux pas dire de nom, c’est à vous de décrypter, je sais que vous êtes suffisamment observateurs de la scène politique pour tirer vos conclusions.

RECONDUCTION A LA TETE DU PS

« Le fait d’être démocratique ne s’apprécie pas sur le fait qu’il y a des heurts ou pas, un candidat ou plusieurs. Le plus important, c’est la procédure qui a été utilisée : il y a eu un appel à candidatures ; tous ceux qui veulent se présenter peuvent le faire dans un délai déterminé. Le délai est passé ; il y avait ma seule candidature. Mais on n’a pas dit que je suis élu à partir du moment où il n’y a qu’un seul candidat, mais qu’il faut que ma candidature soit présentée au niveau de la base du parti, de chaque coordination. Alors d’un collège électoral qui était environ de 2 500 délégués, on est arrivé à un collège électoral dix fois plus important, de plus de 20 000. Et les camarades ont voté pour moi. Certains se sont abstenus ; d’autres n’ont pas participé. Il n’y a pas plus démocratique. Nous sommes les seuls à le faire. Ils sont nombreux à parler de congrès, mais…

Notre parti est vraiment différent du Parti démocratique sénégalais. Même dans les années 1996, ils étaient nombreux peut-être à ne pas être d’accord avec ce que Diouf faisait, à en parler en aparté, mais personne n’osait faire ce qui se fait aujourd’hui : s’attaquer directement et physiquement, dans un gouvernement, dans une assemblée, aux institutions. Il n’y a pas le minimum de discipline indispensable. Il y avait des gens qui n’étaient pas d’accord, qui pensaient que j’étais un usurpateur. Je ne suis pas quelqu’un du sérail, c’est vrai : je n’ai pas grandi, je n’ai pas tété aux mamelles de notre parti. Et c’est peut-être ma chance d’ailleurs, car quand on grandit dans un parti, on en garde les plis, et peut-être un peu les écarts.

Je suis plus libre, plus indépendant, j’ai une certaine distance critique par rapport à ce qui se fait. Ce qu’on a appelé en 96 la Refondation, effectivement, nous avions pensé que le parti ne pouvait pas continuer à fonctionner comme depuis 1948. La situation n’était pas mûre ; même en 2000, ou 2007, il a fallu beaucoup de détermination et de persévérance pour arriver au résultat auquel on est parvenu aujourd’hui. C’est quand même impressionnant les générations qu’on a : Daouda Sow, un des membres fondateurs du parti, Jacques Baudin, un des premiers pratiquement à avoir dirigé le mouvement des élèves et étudiants socialistes. Vous avez ensuite la génération un peu plus âgée que moi, et puis ma génération autour de 60 ans, puis celle des quinquagénaires, les Khalifa Sall, les quadragénaires ou les trentenaires comme Wilane, Barthélémy Dias…

Et puis c’est tout ça qui cohabite dans cette maison du Parti socialiste. Vous y ajoutez les garçons qui sont de Vision et les universitaires. On a réalisé tout ça entre 2000 et maintenant, dans des conditions particulièrement difficiles. Et je l’avais dit déjà : nous, nous travaillons dans la durée. Je veux que chaque pas que je franchis soit solide, assuré. Alors si avec ma génération, nous arrivons aux responsabilités, que ce soit en 2007 ou en 2012, c’est parfait ; c’est ce que nous sommes en train de chercher à faire.

Si cela n’arrivait pas et que ce soit la génération qui suit, les Khalifa et autres, parce qu’ils sont plus jeunes d’une dizaine d’années, ce n’est pas mal. Si c’est celle de ceux qui ont autour de 40 ans, ou enfin les Barthélémy Dias qui ont la trentaine, mais c’est bien ! C’est le contraire du carriérisme, car les carriéristes raisonnent en termes de génération, de perspectives personnelles. Je suis en train de faire ce que je dois faire dans le parti, et j’essaye de bien le faire. Si j’arrive à des résultats qui nous amènent au pouvoir, c’est tant mieux ! »

ABDOU DIOUF, LE PS ET MOI

« Je redis aujourd’hui que lorsque cette question (l’argent au Ps : Ndlr) a été soulevée, une personne qui a été très intelligente, Aminata Mbengue Ndiaye, a pris un avion pour aller voir Abdou Diouf à Paris. Elle lui a dit : « Mais, cet argent laissé au Sénégal pose beaucoup de problèmes ; il y a beaucoup de bruits autour. » Abdou Diouf lui a dit : « Il n’en est rien. Moi, je n’ai pas laissé d’argent à Dakar. Et même, nous sommes allés au deuxième tour alors que je pensais gagner au premier.

Donc, au deuxième tour, nous avions même des problèmes pour financer. » Donc, c’est clair, c’est net : Abdou Diouf n’a pas laissé d’argent ; lui-même le dit. C’est des rumeurs qui n’ont aucun fondement. Ceux qui le disent fantasment sur des milliards enfouis je ne sais où. Cela ne me paraît pas sérieux de dire des choses comme celles-là. Ce sont des choses qui sont dites, répétées, amplifiées, et qui n’ont aucun fondement. Diouf ne s’est pas mêlé du fonctionnement du parti, ni de près ni de loin, depuis qu’il l’a quitté. Aujourd’hui mes relations avec Abdou Diouf sont excellentes.

Je lui dois beaucoup, sinon presque tout. Ma vocation, c’était un peu, après l’Ecole nationale d’administration et de magistrature, de finir ambassadeur, de préférence dans les pays de diplomatie multilatérale, aux Nations-Unies ou en Suisse. C’est le rêve de tout diplomate, de ce diplomate que j’étais. J’ai commencé d’ailleurs, lorsque j’étais aux Affaires étrangères, à travailler avec les ambassadeurs. Nous étions dans les années 76-77. Je suis resté aux Affaires étrangères pendant 4 ans, de 76 à 80. Dès que je suis arrivé, j’ai travaillé un peu à la division Afrique, au Secrétariat général du ministère des Affaires étrangères.

Là, j’ouvre une parenthèse, parce que c’est utile : il y avait un agent qui prenant en main les jeunes garçons qui sortaient de l’Enam, qui leur apprenait la rédaction administrative, la rédaction diplomatique, qui leur apprenait à traiter le courrier… Progressivement, des divisions, nous sommes allés au niveau des services, des cabinets, ensuite des secrétariats généraux et pendant de longues années, nous avons appris à travailler ainsi.

C’est cela qui nous a fait bien connaître et aimer l’Etat. C’est important, parce que ce qui arrive aujourd’hui -et c’est ça qui est terrible- vous avez des gens dont on ne sait pas d’où ils sortent et qu’on propulse à des fonctions… Les premières fonctions qu’ils ont occupées, c’est ministre dans un gouvernement ou directeur général dans une entreprise. Ce n’est pas acceptable. La formation, les grandes écoles, c’est bien, mais le plus important, c’est qu’on apprenne à travailler. C’est dans tous les métiers.

(…) Et lorsque je suis arrivé aux Affaires étrangères, le Président Senghor cherchait un Conseiller diplomatique. C’est comme ça que je suis passé et j’ai été choisi pour être Conseiller diplomatique du Président Senghor, en 1978, et je suis resté avec lui de 1978 à 1981. Là aussi, j’ai appris à travailler, à écrire, à m’améliorer, à me bonifier. Il disait la première fois qu’il m’a vu qu’il cherchait un internationaliste qui sache écrire, reprenant un peu le général De Gaulle à Pompidou qui cherchait un agrégé qui sache écrire.

Et je disais au Président : « Je ne sais pas écrire ; je viens apprendre justement à écrire. » Après Senghor part en 1981, me laissant entre les mains de Diouf. Et un jour, à l’aéroport -je m’en souviens encore- j’étais allé accompagner Senghor, lorsque je vois une silhouette s’avancer vers moi. Il y avait une impression de vide dans la salle ! Il venait vers moi pour me dire : « C’est vous Ousmane Tanor Dieng ? » Je lui réponds oui, Il me dit : « le Président Senghor m’a parlé de vous ; je crois qu’on va bien travailler ensemble. »

J’ai dit : « J’espère, Monsieur le Président. » Voilà comment les choses ont démarré. J’ai été son conseiller diplomatique là aussi, jusqu’en 88 : 7-8 ans. En ce moment-là, on refusait même de me donner le titre d’ambassadeur. Ce n’est pas imaginable aujourd’hui ! Pour les Présidents Senghor puis Diouf, ce n’était pas normal ; je n’en avais pas le grade, je suis là pour apprendre à travailler, faire mes preuves avant d’avoir ce titre-là. Diouf m’a observé, a travaillé avec moi pendant ces années-là.

Enfin à un moment donné, il m’a nommé directeur de cabinet. Comme je préparais les textes diplomatiques, j’ai commencé à préparer les discours politiques qu’il devait présenter. Alors, ainsi, il a commencé progressivement et très intelligemment à me pousser à être dans les habits de ce qu’il voulait que je sois : un homme politique. Donc, en réalité, à part Dieu, c’est à lui que je dois tout. Quelqu’un qui a fait tout ça pour vous et qui a fini par faire de moi un ministre d’Etat, du Service et des affaires présidentiels, il ne peut plus jamais faire dans sa vie quelque chose qui me fâche tellement…

Il n’en a pas fait d’ailleurs ! Moi, je suis un homme attaché à la loyauté, à la reconnaissance. Je suis reconnaissant à Abdou Diouf de ce qu’il a fait pour moi et, chaque fois que je le vois, je le lui manifeste. Chaque fois que je vais à Paris, nous discutons ensemble, nous continuons à travailler. Il m’a appelé, il n’y a pas longtemps, pour me féliciter de la manière dont le congrès s’est déroulé. Avec lui, j’ai des relations fraternelles d’admiration et d’estime. A chaque fois que les uns et les autres parlent de quoi que ce soit avec lui, Abdou Diouf m’en parle après. C’est très imprudent d’aller le voir, parce qu’après il m’informe de ce qui a été dit. »

ABSENCE DE MANIFS DE L’OPPOSITION

« La démocratie exige un minimum de vertu, un état d’esprit, une conscience, un comportement. Ce n’est pas simplement le respect de la légalité formelle. Si vous avez quelqu’un à la tête de l’Etat qui vous dit : « Tout ce que la loi me permet de faire, je le fais », mais vous arrivez à des situations terribles, quel que soit le cas. Celui qui a la responsabilité première dans cette situation, c’est évidemment Abdoulaye Wade. La meilleure démarche n’est pas de descendre dans la rue, brûler des pneus, casser des bus, rendre le pays ingouvernable, créer une situation de turbulences.

La démarche que nous sommes en train de mener me paraît être la meilleure, parce que nous ferons l’économie de ces turbulences, pour le même résultat. Ce qui arrive aujourd’hui, et qui est essentiel, c’est une prise de conscience des Sénégalais à tous les niveaux. Que chaque Sénégalais se dise à un moment donné qu’il y en a assez, qu’il est disponible, avec tous ceux qui pensent comme lui, à enclencher une dynamique pour changer les choses. Tant qu’on n’en sera pas arrivé là, ça continuera ainsi. » A suivre…

Source : Le Quotidien

Répondre à cet article