Pouvez-vous faire un rapide survol de votre carrière musicale. De vos débuts à nos jours ?
Avant tout, je dirais que la chanson est un legs de mes ancêtres, étant griot de père et de mère. Mais, je n’avais jamais cru que je deviendrais chanteur un jour. Pour raconter une anecdote, je dois rappeler que, à l’époque je n’étais qu’un petit enfant, notre maison familiale sise à Niary Tally, était le point le point de rendez-vous de grandes sommités de la musique sénégalaise. Et, un de mes oncles qui était « cheikh » de la confrérie khadrya, en même temps batteur de « tabala », faisait que nombre de ces chanteurs fréquentaient notre maison. Entre autres, Modou Abdallah, Moustapha Mbaye, Pape Seck, Dagoor Mbaye, Moustik Mbaye et même Alla Seck que tous les Sénégalais connaissent.
Comme j’adorais la musique, alors que je n’étais encore qu’un petit enfant, je m’amusais à reprendre tout ce qu’ils chantaient. Ce qui d’ailleurs, aura participé à l’échec dans mes études. C’est après ce cap que je suis aller embrasser le métier de plombier, que j’ai d’ailleurs exercé neuf années durant. J’ai réussi dans ce créneau pour avoir obtenu un certificat de travail qui signifie beaucoup. Et, aujourd’hui, s’il n y avait plus la musique, je pourrais éventuellement ouvrir un petit atelier du genre, « ici plombier ». Cependant, il est important de souligner que j’ai réellement effectué mes débuts dans un groupe dénommé « Mboolo » de la Patte-d ’oie.
Un parcours assez riche qui vous a permis d’apprendre beaucoup de choses. Mais, après ce cap, vers qui vous êtes-vous tournés pour poursuivre votre carrière musicale ?
(Sans hésitation). Le groupe Lemzo Diamono. Et si je ne me trompe, c’était en 1996 que j’ai intégré ce groupe.
Avais-tu trouvé sur place la bande à Nder et autres ?
Non ! Nder était déjà parti. Il ne restait que Mada Bâ, Salam Diallo et Amath Samb. Au moment où le groupe revenait d’une tournée musicale, j’avais déjà, avec l’aide d’une connaissance qui aimait beaucoup ce que je faisais, terminé une maquette. C’est aussi à ce moment qu’il m’avertit que Lamine Faye était à la recherche d’un jeune talent. Ma réponse le surprendra, car je me rappelle lui avoir dit que je n’avais pas le talent requis pour être membre de ce grand groupe qu’est Lemzo Diamono. Mais, les personnes qui étaient autour de moi, réussiront à me convaincre d’aller dans le sens de juste essayer, pour voir ce qui en découlerait.
Et, après une audition, je réussis enfin à ma grande surprise, à intégrer le groupe qui était déjà en studio pour les besoins du tube « Simb », dans lequel j’ai assuré les chœurs. Mais, jusque-là, je n’y étais qu’en qualité de stagiaire. À la sortie de l’album qui sera suivi par des concerts, le groupe avait décidé de faire une tournée nationale. Malheureusement, Mamadou Maïga tomba malade, ce qui, inéluctablement, devait impacter sur les différents concerts du groupe.
Alors, que fut ton comportement à ce moment crucial où ce groupe venait de perdre dans le cadre de sa tournée, un chanteur aussi talentueux que Maïga, pour cause de maladie ?
Avec courage, j’ai automatiquement dit à Lamine Faye que j’étais en mesure de reprendre les morceaux de Maïga. Lamine et les autres membres du groupe me dirent que cela n’était pas possible. Affirmative, a été ma réponse. Aussi, c’est à Tambacounda qu’ils rendirent compte que cela était bel et bien possible. Quand bien même que les spectateurs qui n’avaient jamais vu Maïga le confondirent à ma modeste personne. Après cela, j’ai enregistré avec eux, « Darou rahmane », puis un diapason, et enfin « cocorico ». C’est à la suite de tout ceci que j’ai quitté ce groupe.
Nder qui part, idem pour Mada et les autres. Quel regard et observation jettes-tu sur tous ces faits ?
Au moment où ils quittaient, je n’avais pas encore intégré le groupe. Honnêtement, j’ignore les causes et les raisons pour lesquelles ils sont partis de Lemzo Diamono. Pour mon cas, je n’avais aucun problème avec quelqu’un qui pouvait m’inciter à prendre mes bagages. Et, avec lamine Faye, je tiens à préciser que nous n’avions pas des rapports difficiles.
Mais, pour autant étais-tu payé ?
Non ! On ne me donnait que le transport. Car, il faut signaler que tout début est difficile. Tout cela, malgré les difficultés, était pour moi un moyen de me tester. Mais, quand Lamine se rendit compte de mon rendement dans le groupe, il alla dans le sens de me payer normalement. Parce qu’il est très difficile de travailler dans ce groupe compte des exigences à bien faire, et très bien chanter. Beaucoup de chanteurs ont été déjà auditionné, sans jamais être pris par le patron du groupe. Et lorsque je décidais de mettre sur pied mon groupe, j’ai vu combien ce groupe m’a apporté en termes d’expérience.
Et comment décris-tu la personne de Lamine Faye qui a dirigé un groupe où tous les ténors ont quitté ? En un mot, partage-t-il ses connaissances dans l’art ?
Vraiment, et à vrai dire, voici un homme qui partage tout, surtout dans l’art. D’ailleurs, c’est lui qui a joué mon tout dernier album. Mais, lorsqu’on dirige une structure, il faut jouer avec la main ferme. Ceci, dans un cadre strictement professionnel. Au-delà, il reste et demeure un taquin hors pair. À cet effet, je vous apprends que c’est lui qui assurait l’animation au cours de nos voyages. En un mot, il sait rigoler, et sait faire rigoler. Mais, il a beaucoup de personnalité. Aucun retard n’était permis, et chacun s’attelait à respecter les heures de travail de la plus rigoureuse des manières.
Quand Pape Diouf a quitté le Lemzo Diamono, comment a-t-il fait pour mettre en place un groupe ?
Je suis retourné auprès de mon père. Car, au moment où j’étais encore dans ce groupe, je vivais chez ma grand-mère à Niarry Tally. C’est à la suite de cela que j’ai repris mon métier qu’est la plomberie. Pendant deux ans, j’ai fait des chantiers où j’étais payé moyennant mille francs par journée. Le dimanche, qui était mon jour de repos, me permettait d’aller travailler ma voix à la plage. Et, en tant qu’aîné de mon père, je ne pouvais pas m’asseoir et croiser les bras.
De jour en jour, en croyant dur comme fer que j’aurais encore la chance de chanter dans un groupe, c’est lors d’une simple promenade en ville que je fis la connaissance d’un nommé Laye Sow, qui gérait en son temps le restaurant « Fouquet’s » où des musiciens et chanteurs se produisaient chaque soir. Une répétition aura permis à mes fans de m’y retrouver pendant au moins une année.
Mes soirées m’ont permis de chanter les louanges de quelques clients que j’arrivais à repérer derrière les tables. Aussi, au-delà de mon transport que l’on me donnait, je me tapais encore quelques billets. Avant d’arriver à la maison, j’achetais chez le « maïga » un succulent petit-déjeuner, et beaucoup de pain pour ma famille. À la maison, je parvenais également à gérer la dépense quotidienne.
Dur ! Mais, pour autant est-il arrivé un seul moment Pape Diouf s’est senti un découragé ?
Jamais ! Je ne voulais rien et ne regardais rien d’autre, sinon ce que je faisais chaque soir dans ce restaurant de la place. Et, Bakane Seck qui est un ami m’invita à l’accompagner dans un nouvel album. Et là, ce fut le déclic total, car cela devait être enregistré dans le nouveau studio de Djimi Mbaye du Super Étoile.
Ce grand guitariste me demanda ce que je faisais. Je lui fis comprendre que j’étais encore à la recherche de producteur. Sans hésitation, il me proposa d’enregistrer dans son studio flambant neuf qu’il venait tout juste de mettre sur pied, et que l’on ne retrouvait qu’au Sénégal, en Afrique du sud et en Egypte. En compagnie de mon ami et frère Bakane Seck, Djimi Mbaye accepta de me produire, sans me demander ou me réclamer le moindre sou.
À cet instant précis, j’alertai mon père qui fit le déplacement, visita le studio, et pria beaucoup pour nous tous. Et, le travail débuta. Je signale qu’au-delà de Djimi Mbaye, Bakane a tout fait pour la réussite de cet album. C’est lui qui sortait les sous de sa poche pour payer les musiciens qui venaient jouer avec nous.
Source : LOffice
