« A raser les ânes, on perd son savon et son temps » Si Abdoulaye Wade a pataugé pendant vingt six périlleuses années, au cours desquelles il a perdu tous ses cheveux avant d’accéder au pouvoir (par la voie démocratique), son fils Karim, lui, n’aura eu droit qu’à huit petites années pour être initié au bon fonctionnement d’un régime autocratique. Voldemort père et fils disposent d’incroyables talents qui leur ont permis de s’accaparer de la « pierre philosophale », pour ériger notre bien aimé République en monarchie. Nous ne sommes point obligés de leur faciliter la tâche. Si Abdou Diouf avait voix au chapitre, sur le choix de son successeur, Abdoulaye Wade serait, à coup sûr, la dernière personne pressentie. Et pourtant, ce n’est pas des Karim qui manquaient aux présidents Diouf et Senghor : ceux là au moins, avaient une idée de la « République », quoi qu’on puisse leur reprocher. A ce propos, Honoré de Balzac nous rappelle qu’ « il existe deux sortes d’hommes : ceux qui combattent leur père et ceux qui cherchent toute leur vie à le remplacer. »
Que dire du Sénégal, avec tout le tapage médiatique, toute cette pollution sonore et visuelle autour du fils du président dont le père n’arrête pas de lui tresser des lauriers ? Mais de quoi Wade père a peur, au point de vouloir coûte que coûte chercher à se faire remplacer par son fils ? Fait-il semblant d’ignorer que nous avons toujours été un peuple digne et souverain, à qui on ne dicte pas sa conduite ? Le pauvre Karim Wade ne s’imagine pas le délire dans lequel son père est en train de l’entraîner. Le prince de la République ferait mieux d’aller apprendre l’histoire de nos fiers guerriers dans les savanes ancestrales, ces héros qu’on peut tuer certes, mais qu’on ne déshonore jamais.
« Sans le mensonge, la vérité périrait de désespoir et d’ennui. » Ces mots d’Anatole France ont le mérite d’éclairer l’opinion sur le recours au mensonge et la volonté de Wade Voldemort qui, malgré qu’on ne l’ait jamais entendu « dire quoi que ce soit, dans un sens ou dans l’autre », essaie de forger à son prince un passé et des mérites inconnus des Sénégalais. Ses délires autocratiques et son obsession au pouvoir l’ont conduit à faire de son fils « bien né » un « phénomène virtuel » dont les « compétences » sont loin de convaincre nos compatriotes qui attendent toujours d’être édifiés sur les chantiers de l’Anoci. Le « phénomène » Karim Wade existerait plus dans les médias que dans la vie réelle. Evidemment, les tonneaux vides font du bruit, beaucoup trop de bruit. Ils nous tympanisent, dans une pollution sonore dont se seraient bien passés les déçus et naufragés du bateau ivre de l’alternance, ce navire qui chavire sous le poids des dérives de la « tempête » libérale et des pirates et contrebandiers du Sopi. Même aux âmes bien nées,
L’incompétence n’attend point, le nombre des années
Si le sénateur Kennedy a adressé des « félicitations » à Karim Wade en août dernier, c’est sûrement au sujet des « rumeurs » de dépassements budgétaires, de surfacturation excessive et de l’inachèvement des travaux dans les délais, malgré l’immensité des moyens de l’Etat mis à sa disposition et les reports multiples du sommet de l’OCI. Il faut être aussi intelligent que le fils du président, ou disposer d’un Q.I. supérieur à la normale pour réaliser un tel exploit. Ce garçon semble obsédé par l’argent du contribuable qu’il tente de contrôler à tout prix, sans que la République lui ait confié un seul mandat, si ce n’est la volonté manifeste du père d’immiscer son fils dans la gestion de l’Etat et des deniers publics. Quels que soient les procédés mis en place par le père pour hisser le fils au sommet de la gloire, la montagne semble accoucher d’une souris, d’une toute petite souris édentée et incapable de forer le moindre trou, fût-il dans un tunnel de près de cinq cents mètres, sans bandes d’arrêt d’urgence ni issues de secours…
« Le monde aura beau changer, les chats ne pondront pas. » Si Wade Voldemort Junior a les mains propres, il n’a qu’à « comparaître » illico-presto devant la justice ou l’assemblée nationale qui le réclame, afin de s’expliquer sur la gestion très controversée de la nébuleuse Anoci qu’il préside. Lorsque l’on gère près de quatre cents milliards du contribuable, le minimum de décence voudrait que l’on rende compte, au moins, avant d’entamer d’autres chantiers. Lorsqu’on aspire à diriger 12 millions de personnes, alors qu’on n’est même pas « fichu » de se porter tête de liste aux municipales pour jauger sa popularité au niveau de l’opinion, on se dissimule discrètement derrière des poids-lourds qui vous servent de béquilles.
La procuration électorale demeure le fort des faibles déjà convaincus de leur impopularité et de leur immaturité. Ces héros du dimanche sont en quête désespérée de légitimité et d’ascension sociale : voilà pourquoi ils font trop de bruit, comme cet arbre qui s’effondre, malgré le retour du fils banni. Ils constituent une menace pour la cohésion sociale, parce que prêts à tout pour accéder au sommet. Attention à la chute, elle risque d’être brutale, et certains risquent fort d’y laisser plus que leurs cheveux…
Quelque soient ses défauts, le père a quand même réussi à saper le moral inébranlable de bon nombre de nos compatriotes qui rêvaient de TGV, de rails à grand écartement, de tramways, ou d’un petit gagne-pain, ne serait-ce qu’à temps partiel. Ces rêves, comme bien d’autres, reposent en paix, dans le cimetière des promesses de l’alternance. « Les enfants, petits, rendent leurs parents stupides. Grands, ils les rendent fous. »
Si le père vient de nous avouer avoir fait de la « maçonnerie » il y a cinquante ans, que peut bien nous avouer le fils dans les cinquante années à venir ?
Les propos tenus par le président de la République devant Serigne Bara frôlent même le ridicule. Il n’y a pas pire sot que celui qui s’efforce de croire à ses propres mensonges. Un peu de modestie ne nuit pas, président, à propos des « mérites » de votre fils. Lorsqu’on est juge et partie, le verdict ne peut être assimilable qu’à un tissu de mensonges. Votre fils peut bénéficier de votre entière confiance, vous y avez droit, et d’ailleurs, c’est ce que tout père attend de son fils. Prince Karim peut fréquenter les princes et monarques du Golf autant qu’il le souhaite : cela ne lui donne pas le droit d’assimiler notre République à une cour, où les fils sont mêlés à la gestion de la chose publique. Ces pratiques monarchiques sont malsaines dans une République qui se respecte.
Tel père, tel fils
Si le père a perdu la confiance du peuple, le fils, lui, a mille chances de ne jamais obtenir cette confiance, tant qu’il n’aura pas éclairé l’opinion sur les chantiers de la corniche. Nous ne portons d’accusations sur personne. Toutefois, nous avons le droit d’exiger que toute la lumière soit faite sur cette affaire, fût-il pour sauver les apparences. Le fils de Charles Taylor condamné récemment, n’aurait jamais pensé comparaître devant un tribunal pour des crimes commis avec la complicité de son père, sorti de l’histoire, non par la petite porte mais par une bouche d’égout. « Le mensonge peut courir un an, la vérité le rattrape en un jour. » A analyser de près les manœuvres de nos deux « héros », il convient de se poser la question de savoir si Wade Voldemort et son fils jouissent de toutes leurs facultés mentales, au point de vouloir réécrire l’histoire du Sénégal qui ne date quand même pas des années 2000.
Des bavures policières, comme à Kédougou
Cheikh Tidiane Sy vient revaloriser de 50 pour cent, les salaires des policiers. Pour ceux qui savent lire entre les lignes, le ministre de l’intérieur et ancien conseiller du Maréchal Mobutu ne préparerait-il pas l’opinion, à des bavures policières-pardon-militaires dans les jours à venir, comme cela a été le cas à Kédougou, à la veille de Noël ? Nous ne sommes pas de mauvaise foi, mais les actes posés récemment par le régime en place ont fini de convaincre même les plus sceptiques, que des élections transparentes, libres et démocratiques ne les feront pas quitter le pouvoir. D’ailleurs, tout porte à croire qu’ils n’ont pas l’intention d’organiser des élections : il leur manque un prétexte crédible pour justifier le report éventuel des locales.
Tant qu’il leur restera « un souffle de vie », Wade Voldemort et sa cour s’accrocheront aux « tripes » du pouvoir qu’ils ne lâcheront pour rien au monde. Comme disait Souleymane Jules Diop, « l’ennemi de Wade, c’est le temps. » L’histoire politique du Sénégal retiendra les mésaventures d’un président élu démocratiquement, et qui, dans ses délires incontrôlés, voulait forcer son fils à la succession, sans se soucier des éventuels dommages collatéraux. La liberté et la souveraineté, comme beaucoup d’autres valeurs républicaines, sont très précieuses. Elles ont un prix : seulement, sommes-nous prêts à le payer, devant la détermination du père et du fils, devant l’ascension fulgurante de la monarchie rampante ?
Momar Mbaye mbayemomar@yahoo.fr
