Le bâtonnier de l’Ordre des avocats et le président de la République n’ont pas la même perception du fonctionnement du service public de la justice. Le chef de l’Etat, qui intervenait hier lors de la rentrée solennelle des cours et tribunaux, s’est inscrit en faux contre les propos du bâtonnier Me Adama Guèye, dont la sortie sur la corruption de la magistrature a accablé tout le monde (voir ailleurs).
‘La magistrature sénégalaise est une magistrature vertueuse, gardienne de nos valeurs et soucieuse de rendre la justice’, lui a répliqué sèchement le président Wade, visiblement énervé par le réquisitoire sévère du bâtonnier. D’ailleurs, il le lui a signifié en des termes tout aussi fermes : ‘J’ai eu le sentiment dans ce procès que le procureur général était le bâtonnier et le bâtonnier étant le procureur, car tellement sa plaidoirie est sévère et accable tout’, déclare avec un brin d’agacement Me Wade. Le chef de l’Etat n’a pas manqué de faire la leçon à Me Mame Adama Guèye qui a été candidat à la présidentielle de 2007 contre lui. ‘Nous sommes ici dans une séance solennelle autour d’une problématique de droit et non dans un milieu politique.
Nous attendions d’autres propos que ceux que nous avons entendus’. Poursuivant sa diatribe contre le bâtonnier de l’Ordre des avocats, le chef de l’Etat d’ajouter : ‘En tout cas, je prends acte de vos propos et je regrette que vous vous soyez lancé dans un procès des magistrats, de vos confrères et du gouvernement en des termes irrespectueux, voire insultants’. S’adressant toujours au bâtonnier, Me Wade a dit ne pas comprendre ‘cette propension qu’ont certains Sénégalais à dénigrer leur pays. Votre discours entendu ailleurs dans les médias fait croire que le Sénégal est un pays qui n’est pas fiable’, note le chef de l’Etat.
‘Il y a des magistrats corrompus comme partout ailleurs, il y a des avocats corrompus comme partout ailleurs, mais le Sénégal est une exception. Il y a, dans toutes choses, des exceptions. Ici, ce n’est pas le lieu de parler des exceptions, on discute de principes. Les exceptions, il faut les laisser au bord de la route’, répond Me Wade pour qui le bâtonnier est passé par des ‘chemins de travers’. Et cela ne l’a pas visiblement plu.
‘Tous les magistrats et les avocats ne sont pas véreux. Je m’inscris en faux contre vos propos selon lesquels la magistrature est aux ordres de l’exécutif’, se défend encore Me Wade. Il a aussi rejeté catégoriquement la proposition du bâtonnier d’ouvrir le Conseil supérieur de la magistrature (Csm) au bâtonnier pour la bonne et simple raison que le parallélisme des formes n’est pas possible à ce niveau. ‘Vous me demandez d’ouvrir le Conseil supérieur de la magistrature au Barreau et à d’autres qui ne sont pas des magistrats.
Vous voulez que le Conseil supérieur de la magistrature accueille les paysans, les commerçants. Ce n’est pas possible. Le Conseil supérieur de la magistrature est en quelque sorte le conseil de l’ordre’, argue le chef de l’Etat. Avant de balayer d’un revers de main les propos de Me Mame Adama Guèye selon lesquels les Sénégalais ne font pas confiance à leur justice. ‘Les Sénégalais aiment et font confiance à leur justice. Car, pour un oui ou un non, vous entendez dire : Je vais au tribunal et vous voulez dire le contraire’, rétorque Me Wade.
ECHOS… ECHOS… ECHOS… : Me Wade offre son assistance aux jeunes avocats
Après avoir croisé le fer avec Me Mame Adama Guèye, le chef de l’Etat, qui n’a pas perdu de vue qu’il est avocat, a promis d’aider ses jeunes confrères. Ainsi, il a demandé au Garde des Sceaux d’étudier les modalités pour venir en aide aux jeunes avocats, pour éviter que ces derniers ‘désertent et aillent faire autre chose’. ‘Je vous demande de m’aider à aider ces jeunes avocats’, a-t-il demandé avec insistance à Me Amadou Sall.
LE CHEF DE L’ETAT A LA COUR SUPREME : ‘Je n’ai pas de château en Espagne’
Le président de la République a clôturé son discours, hier, en jurant la main sur le cœur qu’il n’a pas d’’immeubles en France’ et de ‘château en Espagne’, a-t-il certifié devant la grande famille judiciaire et les membres du gouvernement. Il a précisé que s’il a tenu à le dire à haute et intelligible voix, c’est pour éviter qu’on le mette dans le ‘même sac que les autres chefs d’Etat africains’. Aussi, le chef de l’Etat a-t-il rappelé qu’il y a dix ans, il avait fait une déclaration de patrimoine devant la Cour suprême dans laquelle il n’avait qu’un terrain nu, acquis par bail.
Rassemblés par M. SARR
Source : Walf
