Accueil du site > Économie > SANGALKAM : Quand la nappe devient de plus en plus profonde

SANGALKAM : Quand la nappe devient de plus en plus profonde

lundi 21 décembre 2009

Le phénomène des changements climatiques est très perceptible dans la zone des Niayes. A Sangalkam, la nappe d’eau est quasi-inaccessible. Il faut creuser 15 à 20 mètres voire plus dans certaines zones pour avoir l’eau. Une situation qui impacte sur les rendements des paysans, dont la plupart se limitent désormais à la seule saison des pluies.


Le sempiternel gazouillis des oiseaux et les quelques individus qu’on croise dans les lieux présagent de la quiétude de cette zone. En cette mi-journée de lundi, les champs sont comme désertés par leurs occupants à Sangalkam, une Communauté rurale située à une dizaine de kilomètres de Rufisque. Dans les nombreuses pistes sablonneuses de cette vaste forêt, il arrive qu’on croise de temps à autre des jeunes paysans, enfourchant un âne ou encore une bête de somme quelconque pour prendre le chemin du village. Avec la fin de la saison des pluies et surtout des récoltes, les travaux champêtres tournent au ralenti. Signe de cette léthargie dans le travail des gens de la terre. Les feuilles d’arbre qui, naguère étaient touffues ici, ont littéralement changé de couleur. A perte de vue, la nature paraît métamorphosée en revêtant une couche jaunâtre. Un peu plus loin pourtant, un périmètre champêtre semble se détacher de cette harmonie de la nature. De jeunes gens s’activent à l’intérieur et quelques touffes de verdure sont visibles ça et là. Ici, contrairement aux autres, les gens ont pris l’option de cultiver toute l’année.

Après la récolte du maïs, de l’arachide et du niébé, Aly Sow et Abdoul Aziz Kâ s’apprêtent à en faire de même pour le manioc. Si les rendements ont été satisfaisants, cette année, les deux paysans ont été cependant confrontés à un manque criant d’eau. Sur les cinq forages qui existent, un seul fonctionne véritablement.

« L’unique forage qui marche profite aux périmètres de l’Institut sénégalais pour la recherche agricole (Isra) », précise Ahmed Tidiane Diagne, un jeune responsable du Comité de pilotage de la Goana à Sangalkam. Face à ce manque d’eau, les deux paysans se sont rabattus sur le champ d’à côté où, chaque jour, ils puisent pour arroser leurs plants. Mais les arrosages ne se passent pas comme le souhaite véritablement Abdoul Aziz.

« Il y a des heures propices pour arroser comme le matin de bonne heure, quand il fait frais. Mais quand on puise jusqu’à un certain niveau, on est obligé de s’arrêter pour ne pas assécher le puits », confie-t-il

Puits de plus en plus profonds

D’ailleurs, pour amoindrir leurs problèmes en eau, un puits est en train d’être creusé par Aly et Abdoul Aziz au milieu de leur périmètre de 6 hectares. Dix mètres déjà creusés, mais l’eau ne sort que très peu. « Si on est obligé d’aller jusqu’à 15 à 20 mètres pour atteindre la nappe, cela explique la rareté de l’eau à laquelle nous sommes confrontés », souligne Aly Sow. Le périmètre en tant que tel appartient à un médecin ophtalmologue qui a bénéficié de ce champ dans le cadre de la Goana. Deux ans durant, ce médecin, passionné d’agriculture, ne se limite plus à la seule saison des pluies. Comme le font d’ailleurs la plupart des bénéficiaires des terres de la Goana à Sangalkam. Mais voilà que l’obstacle majeur de l’eau vient constituer un frein.

En plus de retarder le travail de ces cultivateurs, ce manque d’eau constitue également un blocage à leur projet. Abdoul Aziz ne parvient toujours pas à faire le maraîchage, de peur d’être confronté au manque d’eau. Ces mêmes difficultés d’approvisionnement correct en eau touchent également Thiam Diagne du domaine Isra à Sangalkam. Lui qui comptait sur le forage de l’Isra pour développer son périmètre de 4 hectares a fini par revoir ses ambitions à la baisse. Depuis le mois d’août, la machine est tombée en panne, compromettant ainsi toutes ses espérances. En outre, la nappe est quasi-inaccessible dans la zone où se trouve son périmètre maraîcher. Il lui faut, en effet, creuser 30 à 40 mètres de profondeur pour voir l’eau. « Le maraîchage c’est de l’eau. Si j’avais assez d’eau, je pourrais travailler sur 6 à 10 hectares », regrette Thiam Diagne.

Assèchement

Le responsable de l’Isra à Sangalkam, M. Corréa, se souvient : « quand je venais ici en 1980, il y avait de l’eau à perte de vue, les gens pouvaient pêcher dans les cuvettes. Pour arroser, il suffisait de creuser un mètre seulement pour voir l’eau ». Pour avoir vécu cette période faste, M. Corréa relève d’ailleurs que des palmiers à huile étaient visibles partout dans la zone. A cause de la végétation abondante, les gens n’osaient guère s’aventurer dans certains endroits. De la Mission chinoise de Sangalkam au Lac Rose, une rivière traversait toute cette zone, avec de l’eau en permanence. Aujourd’hui, à cause des transformations de la nature - manque d’eau, cuvettes desséchées et absence de végétation - M. Corréa a sa propre lecture des réalités. Pour lui, la zone des Niayes a véritablement senti le phénomène des changements climatiques.

Reportage de Maguette NDONG

Source : Le Soleil

Répondre à cet article