« Ce sera le premier contingent de jeunes filles. Dans un premier temps, nous voulons incorporer 300 filles (...) en trois fractions de 100 », à compter de janvier 2008, a ajouté le colonel Sar. L’opération de recrutement est prévue sur 45 jours à travers le pays. Elle a commencé jeudi à Podor, Matam (extrême nord) et Vélingara (sud), avec pour objectif de sélectionner au total 2.400 jeunes (18-23 ans) pour « la formation initiale du combattant », sur deux ans.
« Formation du combattant, car la finalité d’une armée, c’est l’engagement. On prépare la guerre en temps de paix », a expliqué le lieutenant-colonel Ma Boye, chef de la Division gestion et formation (DGF) des armées.
Pour Amsatou Sow Sidibé, présidente du Réseau africain des femmes travailleuses (Rafet), intégrer des femmes recrues est « une excellente chose », mais les futures soldates doivent « jouer le rôle noble ». Elles doivent être engagées « pour le maintien et la consolidation de la paix, la résolution des conflits. Parce qu’elles sont ou seront mères, elles ne doivent pas détruire des vies », a indiqué Mme Sidibé.
En attendant qu’elles puissent décider de leur carrière dans l’armée, « nos soeurs seront bien prises en compte », a assuré le dentiste commandant Pape Moussé Ndiaye, de la Direction de la santé des armées.
Tout a été préparé pour leur accueil, ont affirmé les officiers : les « textes réglementaires » ont été révisés, des « cadres d’emploi » définis pour les femmes, et les infrastructures réaménagées, notamment au centre d’instruction de Dakar-Bango (près de Saint-Louis, nord). Ce centre, jusqu’alors « bastion masculin » et « creuset d’une certaine forme de virilité (...) va s’adapter à une nouvelle réalité », avec les futures soldates, a souligné le commandant Ndiaye.
« Mais nous ne ferons pas de dichotomie dans la formation. Elles vont subir les mêmes leçons, les mêmes modules, les mêmes rigueurs » que les jeunes hommes, a assuré le lieutenant-colonel Boye de la DGF. « L’objectif, c’est d’atteindre la parité, mais il faut que nos soeurs gagnent leur place dans l’armée ».
Au-delà de la révision des textes et des infrastructures, l’arrivée des soldates implique aussi une autre adaptation pour leur hiérarchie : celle du langage courant. « On parlait d’hommes de troupes, mais par rapport à l’exigence de féminisation, j’utilise (désormais) le terme +militaire du rang+ », a avoué le lieutenant-colonel Ma Boye.
Le commandant Pape Moussé Ndiaye, lui, est déjà habitué à avoir des collègues femmes. Il a été formé à l’Ecole militaire de la santé (EMS) d’où sont sorties pour l’heure 25 Sénégalaises officiers, sans compter 36 autres toujours en formation pour devenir médecins militaires. Mais, a-t-il estimé, il faudra aussi « préparer psychologiquement l’encadrement, parce qu’il devra être en mesure de prendre en compte cette approche +genre+. »
