par Renée de Saissandre
Il pensait en avoir fini avec les listes noires. Las ! Le colonel Kadhafi vient de se refaire ficher, cette fois par l’internationale djihadiste comme « tyran mécréant renégat ». Il a dorénavant droit au même traitement que ses voisins et frères ennemis du Maghreb intégrés avant lui dans l’axe du mal version Al Qaïda. L’annonce en a été faite très officiellement le 3 novembre par Ayman Zawahri, le stratège de Ben Laden, dans un document audiovisuel mis en ligne sur des sites dijahistes clandestins. « Après de longues années », dénonce le numéro deux de l’organisation, Kadhafi « a soudain découvert que l’Amérique n’était pas un ennemi (…) et il a transformé la Libye en une nouvelle base pour les croisés » après leur avoir abandonné « ses armes et son matériel ». Une façon de renvoyer le Guide au piquet pour avoir renoncé en 2003 à développer son programme d’armes de destruction massive, reconnu sa responsabilité dans les attentats de Lockerbie en 1998 et du Ténéré ensuite, et offert sa collaboration dans la lutte internationale contre le terrorisme qui a suivi. Du coup, le voilà relégué au rang d’ « esclave » à la solde du mécréantisme judéo-croisé, comme avant lui « Ben Ali, Bouteflika et Mohammed VI ». Soit autant « d’ennemis à renverser » dont il faut urgemment « nettoyer nos terres » maghrébines, sans oublier ses occupants occidentaux, « les Etats-Unis, la France et l’Espagne », s’époumone encore l’adjoint d’Oussama Ben Laden.
Le front (on parle de guerre) s’élargissant, Zawahri est donc allé chercher de nouveaux camarades pour épauler le GSPC algérien - rebaptisé Al Qaida dans le Maghreb islamique (AQMI) en 2006 - dans l’accomplissement de la mission régionale anti-croisée dont il a été investi. Scoop : pour l’occasion, Al Qaida ressucite le Groupe Islamique Combattant Libyen (GICL) qui aurait même un nouveau leader en la personne d’Abou Laith Al-Libi, (sur)vivant en Afghanistan et chef de troupes. Né dans un Afghanistan sous occupation soviétique, le GICL rappelle de biens mauvais souvenirs au Colonel Khadafi qui pensait lui avoir définitivement réglé son compte. A l’époque, le GICL représentait en effet l’une des menaces internes les plus sérieuses contre le régime libyen. En 1995, les services de sécurité, inquiets de son activisme, avaient diligenté une campagne féroce contre ses militants. Laminé, le groupe, ou plutôt ce qu’il en restait, s’était replié en exil, notamment au Royaume Uni et en Afghanistan. Après l’ouverture de négociations avec Tripoli, ses dirigeants détenus en Libye avaient obtenu leur libération en échange de leur renoncement à la violence. Seul hic, les dissidents en exil, renforcés par les fronts afghans post 2001 et la guerre en Irak, ont eux refusé de marché dans la combine. Et reprennent maintenant du poil de la bête. En mai dernier, les services de sécurité algériens ont arrêté plusieurs Libyens liés à des membres d’Al Qaida au Maghreb. De là à ce que Kadhafi profite de la résurrection du GICL pour se faire passer pour victime et cible de la menace terroriste…
Source : Bakchich
