La corniche ouest a été embellie à coup de milliards dans la perspective du troisième sommet de l’Organisation de la conférence islamique (Oci) qui s’est tenue en mars 2008 à Dakar. Si cette nouvelle route de deux fois deux voies fait le bonheur des automobilistes qui l’empruntent quotidiennement, c’est tout le contraire pour les élèves des lycées et collèges, les étudiants du département de Sciences naturelles de l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) et les enseignants de la même discipline.
En effet, ces derniers sont privés de lieux de sorties pédagogiques depuis la réalisation de ces travaux qui ont métamorphosé l’écosystème marin de cette zone. Ainsi, depuis l’année dernière, les élèves et les étudiants n’ont pas effectué de travaux pratiques dans cette zone à cause des contraintes d’accès, de la réduction de l’espace et surtout de la perte de nombreuses espèces.
Le chef du département de biologie végétale, le Dr Kandioura Noba, et le professeur d’écologie végétale Léonard Akpo que nous avons rencontrés expliquent le ‘coût terrible’ qu’ils paient avec leurs étudiants et élèves. ‘Nous avions l’habitude de faire nos sorties pédagogiques et géologiques aux environs de Dakar. La corniche était le seul espace marin qui nous restait. Ce qui fait que, depuis un certain temps, on n’arrive plus à assurer ces sorties pédagogiques à cause des travaux et des perturbations du milieu. Et cela amène des manques dans les enseignements.
C’est un coût terrible’, relève d’emblée le Dr Kandioura Noba, chef du département de biologie végétale de la Faculté des Sciences et techniques de l’Ucad. D’après lui, la corniche est aujourd’hui saccagée. Or il y a des espèces animales et végétales que l’on ne trouve qu’en bordure de mer. Il en est de même des zones humides comme les Niayes. ‘Les espèces s’adaptent en fonction des milieux. Avec l’occupation des Niayes et de la corniche, il y a des enseignements pratiques que l’on ne peut plus faire en biologie animale et végétale’, informe-t-il.
Un avis que confirme le professeur d’écologie végétale, Léonard Akpo. D’après lui, chaque cours a un aspect théorique et pratique. C’est pourquoi, les enseignements pratiques se tiennent en milieu naturel pour permettre aux apprenants de pouvoir identifier les espèces sur le terrain. ‘Mais, aujourd’hui, de la Corniche aux Mamelles, en passant par l’aéroport, on ne peut plus le faire à Dakar. Et les élèves ne vont pas acquérir certaines notions et espèces du milieu’, regrette-t-il. Pour pallier cette situation, les enseignants du département de biologie végétale font contre mauvaise fortune bon cœur. Le jardin botanique de la Faculté des Sciences et techniques est leur dernier recours pour les études et expériences pratiques.
CADRE DE VIE : Dakar, la seule ville sans espace vert
De l’avis du Dr Kandioura Noba et du Pr Léonard Akpo, enseignants au département de biologie végétale de la Faculté des Sciences et technique de l’Université Cheikh Anta Diop, si l’on n’y prend pas garde, il n’y aura plus de zones naturelles à Dakar. Ils s’étonnent qu’à Dakar, on n’ait plus d’espace vert. Et cela au détriment du cadre de vie. En effet, le parc national de Hann est le seul ‘poumon vert’ de la capitale. Sur les milliers de visiteurs par an du parc, plus de la moitié sont des scolaires qui n’ont que cet espace pour faire leur sortie. La forêt de Mbao aiguise, aujourd’hui, les appétits des promoteurs immobiliers. Des Zones d’aménagement concerté (Zac) et des coopératives d’habitats ont coupé les arbres pour y construire des maisons.
La zone des Niayes qui est une zone humide par excellence avec sa biodiversité, n’est pas épargnée n’ont plus, en dépit des risques d’inondations. Elle est en train de disparaître petit à petit. Les activités de maraîchage cèdent la place à la construction immobilière qui est plus rentable certes, mais avec des conséquences incalculables pour le cadre de vie. Souvent, on oublie que les inondations récurrentes à Dakar concernent les quartiers implantés sur des passages d’eau asséchés.
Cette ‘tyrannie du béton’ n’épargne même plus aucun espace inhabité de Dakar. Même les espaces qui servaient de terrain de football et/ou de stade sont aujourd’hui transformés en immeuble ou en phase de l’être. Ce qui, aux yeux de certains, dénote d’un manque de ‘conscience écologique’ de nos autorités. Le Domaine maritime public (Dpm) a été saucissonné et, en lieu et place, des hôtels et des villas luxueuses ont été construits en bordure de mer. Et cela dans un contexte de réchauffement climatique et de montée des eaux des océans et mer. ‘Ces comportements inconscients vont poser des problèmes sur la côte dans l’avenir’, préviennent-ils.
Source : Walf
