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Zimbabwe : Les Zimbabwéens espèrent un changement sans y croire

vendredi 28 mars 2008

Six millions de Zimbabwéens se rendent aux urnes ce samedi : le vote pourrait être historique… s’il est libre. Le président Robert Mugabe, candidat à sa propore succession, prévient d’ores et déjà : « Tous ceux qui auraient dans l’idée de contester les résultats en organisant d’éventuelles manifestations en seront pour leurs frais ».


« Votez pour Simba, le rassembleur », proclame l’un des slogans de Simba Makoni. A 57 ans, l’ex-ministre des Finances, qui siégeait jusqu’en février à la direction du parti au pouvoir, est le premier à oser défier le président Robert Mugabe, 84 ans, en se présentant contre lui à l’élection présidentielle de ce samedi. En cas de victoire, Makoni promet un gouvernement d’union nationale :

« Il faut en finir avec la peur qui imprègne notre vie quotidienne et jeter les bases d’une guérison nationale ». Il espère rassembler à la fois les voix de l’opposition et des très nombreux mécontents au sein du parti au pouvoir.

Les Zimbabwéens sont divisés sur ses chances d’y parvenir. Dans l’opposition, on craint surtout que Makoni ne prive leur candidat Morgan Tsvangirai d’une victoire tant attendue. Le chef du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) avait échoué de peu au scrutin précédent de 2002. A l’époque, les pays européens avaient dénoncé la réélection de Mugabe comme frauduleuse.

Cette fois, la campagne s’est déroulée sans violences. Mais l’opposition affirme déjà détenir des preuves de manipulation du vote, comme la présence de nombreux électeurs « fantômes » sur les listes électorales : ainsi, dans une seule circonscription à Harare nord (un bastion du MDC), 8 000 électeurs résident dans un… terrain vague inhabité. L’opposition n’a toutefois pas pu vérifier les listes qui lui ont été fournies dans un format électronique inexploitable…

Une pluie de cadeaux

« Mugabe et ses comparses sont en train de saboter cette élection », a affirmé, ce jeudi, le secrétaire général du MDC, Tendai Biti. Il y a d’autres signes inquiétants : 9 millions de bulletins de vote ont été imprimés, alors qu’il n’y a que 5,9 millions d’électeurs, et 600 000 bulletins par voie postale ont été préparés pour les 30 000 diplomates et autres agents de l’Etat qui ont droit à ce traitement spécial.

Par ailleurs, le nombre de bureaux de vote a été réduit de 11 000 à 8 500, au détriment des villes acquises à l’opposition. Enfin, la police sera présente dans les bureaux de vote « officiellement pour aider les handicapés et les analphabètes » mais surtout, selon l’opposition, pour intimider les électeurs.

L’opposition dénonce aussi la longue liste des cadeaux distribués par le parti au pouvoir à la veille du scrutin (5 000 générateurs, 3 120 bovins, 680 motos, 500 tracteurs, 300 bus, 20 moissonneuses, etc..) pour un total de 25 millions de dollars. Le pouvoir en place a aussi monopolisé les médias, qui sont presque tous contrôlés par le gouvernement. « En 2002, il y avait encore un quotidien d’opposition.

Cette fois, ce fut très difficile de faire passer notre message », confie David Coltart, un candidat de l’opposition à l’élection au Sénat. Les journaux officiels ont d’ailleurs refusé de publier les encarts publicitaires de Makoni.

Le parti au pouvoir a aussi interdit aux journalistes – et observateurs – occidentaux de venir au Zimbabwe : seuls les Africains et les Chinois ont été admis, mais ils ne pourront pas assister au dépouillement des urnes. Certains prédisent déjà un scénario à la kényane. Mais pour Makoni, « le président Mugabe ne vaut pas la peine que l’on meure ou que l’on tue pour lui ».

source : rfi

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