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Zimbabwe : l’opposition révèle la tenue de pourparlers secrets avec le parti de Mugabe

vendredi 18 avril 2008

Une délégation de l’Union nationale pour le Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF), le parti de Robert Mugabe, a mené des pourparlers secrets avec l’opposition afin de former un gouvernement d’union nationale, après les élections du 29 mars, mais les négociations ont été rompues au bout de quelques jours, a révélé Morgan Tsvangirai, chef de file du principal parti de l’opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC). « Nous étions prêts à envisager la question d’un gouvernement élargi, incluant des représentants de la ZANU-PF », a déclaré M. Tsvangirai, dans un entretien accordé jeudi 17 avril, à Johannesburg, à la BBC. Ces négociations, a-t-il souligné, ont été menées à l’initiative de la ZANU-PF, laquelle assure de son côté que c’est le MDC qui l’a approchée.


L’une des conditions de l’accord, a poursuivi le leader du MDC, était que personne ne devait être destitué ou poursuivi en justice. Cette immunité devait également s’appliquer à Robert Mugabe mais, a-t-il ajouté, l’atmosphère des pourparlers avait par la suite brutalement changé. « Ceux qui étaient venus vers nous pour négocier et qui avaient organisé la réunion ne se sont pas présentés. (...) Je suis convaincu que les durs ont simplement affiché leur position par l’intermédiaire de l’armée », a commenté M. Tsvangirai, suggérant que Robert Mugabe était prêt à renoncer à la présidence, mais qu’il en a été dissuadé par de hauts responsables de son parti craignant des mesures de rétorsion.

« UNE COMMISSION DE JUSTICE ET VÉRITÉ »

Un peu plus tôt dans la journée, M. Tsvangirai a récusé le président sud-africain, Thabo Mbeki, comme médiateur dans la crise zimbabwéenne, et réclamé des tribunaux spéciaux pour juger les auteurs de violences politiques. Thabo Mbeki, mandaté comme médiateur par ses homologues d’Afrique australe, doit être « relevé de ses fonctions », a déclaré M. Tsvangirai lors d’une conférence de presse. Souvent mis en cause pour sa « diplomatie discrète » envers le Zimbabwe, le président sud-africain s’est toujours refusé à critiquer ouvertement Robert Mugabe, malgré le marasme économique et de graves violations des droits de l’homme. Samedi 12 avril, il a encore assuré qu’il n’y avait « pas de crise au Zimbabwe » malgré le climat très délétère dans ce pays depuis les élections générales du 29 mars.

« Actuellement, des gens sont assassinés, des maisons brûlées, des enfants molestés et des femmes violées », a dénoncé jeudi le leader du MDC. La veille, une association de médecins zimbabwéens avait dit avoir soigné 157 victimes de « violences politiques ou tortures » depuis le scrutin. Le MDC a pour sa part indiqué que deux de ses membres avaient été tués samedi par des partisans du régime et une cinquantaine arrêtés. Pour Morgan Tsvangirai, seul le risque de poursuites pourra décourager les auteurs de ces violences.« Les Nations unies doivent mettre sur pied un tribunal pénal international, comme elles l’ont fait pour la Sierra Leone, la RDC ou d’autres pays. » Dans son interview accordée à la BBC, il a également évoqué « une commission de justice et vérité » qu’il compte mettre en place s’il parvient au pouvoir.

ACCUSATIONS DE TRAHISON

De son côté, M. Mugabe a brandi jeudi, à la veille du 28e anniversaire de l’indépendance de l’ex-Rhodésie du Sud britannique, la menace d’une recolonisation du pays par le Royaume-Uni, accusant l’opposition de trahison et de complot avec Londres. « Nous ne devons pas (...) baisser la garde devant l’impérialisme britannique qui est en train de se tracer un chemin, subrepticement et clandestinement, dans notre société en essayant de nous diviser », a-t-il lancé. Le pouvoir dénonce régulièrement des ingérences de l’étranger, et particulièrement du Royaume-Uni, accusé de se servir du MDC pour renverser Mugabe et « recoloniser » le pays.« Il y a des conséquences inévitables lorsqu’on agit en traître », a averti le ministre de la justice, Patrick Chinamasa.

M. Tsvangirai, qui ne participera pas aux célébrations, a qualifié de « révoltantes » ces accusations, assurant que son parti avait pour objectif d’apporter « le changement démocratique » au Zimbabwe, et non de renverser à tout prix le régime de Mugabe.

source : le monde.fr

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